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mardi 13 décembre 2011

L'horizon, c'est derrière

C'est encore une fois avec plaisir et fierté que je piétine un grand fantasme français : "le Canada, terre de nature sauvage et d'espaces vierge". Tous les grands journaux vous l'auront annoncé, le Canada lâche le protocole de Kyoto.


Source photo : wikipedia.


Pour ceux qui ne le savaient pas, le Canada est maintenant une filiale du Texas. Et il est gouverné par un libéral (définition économique) revanchard, à la solde des pétrolières, et pas trop ému par les considérations culturelles ou environnementales. En fait, le chef de l'État redéfinit la notion de "conservateur", parce qu'au lieu de "conserver", c'est-à-dire "faire du surplace", il va jusqu'à reculer.

Pour mesurer le niveau d'efficacité de l'actuel gouvernement en matière de conduite à reculons, il suffit de constater ceci : même la Chine se permet de nous faire la morale. Wow... pour unir la Chine et Greepeace derrière une même revendication, faut vraiment être champion en matière de position détestable.

Bon, opportuniste que je suis, je vais rejoindre la tendance en proposant ces quelques projets :
  • Saisir une occasion d'affaire en soulageant le Japon de certaines matières.
  • Rétablir la peine de mort.
  • Offrir asile et immunité à tout dictateur déchu.
  • Autoriser le blanchiment d'argent sur le territoire de la Nouvelle-Écosse.
  • Taxer la pauvreté.
  • Privatiser la santé.
  • Interdire les théatres (ça avait bien marché, sous Cromwell).
  • Rétablissement du tribunal de l'Inquisition, mais sous une forme protestante.
  • Élimination des catholiques romains.
  • Promotion du féodalisme.
  • Diminution de l'espérance de vie, ce qui allégera la pression sur les caisses de retraite.
  • Recours à la justice de la rue (lapidation autorisée).
  • Retour de la monarchie absolue.
  • Ajout de vert sur le drapeau (en partie pour faire référence à l'Iran, mais surtout pour continuer à faire croire aux Français que le Canada est un pays propre).

Y'a pas que Poutine qui me fasse peur...


Source photo : wikipedia.


mardi 3 mai 2011

Le Bloc est mort, vive ma migraine !

(À mes lecteurs Français : désolé, cette fois-ci je parle aux Québécois. Mais vous pouvez lire si ça vous intéresse.)

Depuis lundi soir, le Bloc Québécois se retrouve avec seulement quatre sièges à Ottawa. Les médias parlent de débâcle pour cet absurde parti. Moi je parlerais plutôt de grande victoire pour les séparatistes. Le Bloc est peut-être mort au combat, mais il a accompli sa mission-suicide.

Cette mission, je vous en parlais dans un autre billet, il y a environ 18 mois. Relisez les quatre derniers paragraphes.

En 20 ans d'existence, le Bloc a réussi à cantonner dans l'opposition, donc loin du pouvoir, la deuxième province canadienne. Les résultats de l'élection de lundi sont de loin les plus catastrophiques que le Québec ait connus. Seulement 6 sièges au gouvernement, pour une province qui compte le quart de la population canadienne. Par comparaison, le Nouveau-Brunswick (2,5% de la population) a obtenu 8 sièges. Et la Saskatchewan (4% de la population) aura 13 sièges. Je parle ici de sièges à la majorité, là où les projets sont élaborés, où les décisions sont prises, et où sont attribués les budgets. Là où les voix comptent.

Si certains d'entre vous rêvaient de meilleurs jours au Québec, faudra attendre. Maintenant qu'il a sa majorité, le P.M. Harper n'aura plus besoin de chercher à séduire l'électorat québécois. Même qu'il risque de vouloir déplacer le pouvoir, l'influence, et l'argent à l'ouest du pays, là où il a sa base. À tout le moins vers Toronto. Le Québec a voulu se cantonner dans la marginalité ; il aura ce qu'il souhaitait.



Bravo au Bloc pour sa patience au long de sa lente et fastidieuse mission d'érosion. Sa naissance comme parti, en 1991, a contribué à achever le Parti Conservateur. Je parle du Parti Conservateur de l'époque, le parti pan-canadien où le Québec était fortement représenté. N'oubliez pas que la formation portée au pouvoir lundi est en réalité le Reform Party de Preston Manning, qui a simplement racheté la marque conservatrice après sa faillite, question de se draper d'un logo mieux accepté (après un brève transition sous l'appellation "Alliance Canadienne").

Le Bloc s'est ensuite attaqué au Parti Libéral, autre institution où le Québec avait une voix forte et pertinente. Comme tout parti après quelques mandats, les Libéraux ont été coulés en bonne partie par leurs propres scandales. Mais ils ont grandement été aidés dans leur affaiblissement par le Bloc. Les Libéraux avaient deux pilliers : le Québec et L'Ontario. Le Bloc en a scié un pendant 15 ans.

En gros, en 20 ans, le Bloc a dépouillé le Québec de ses accès au pouvoir canadien. Mais il n'a proposé aucune solution de rechange. Dans le vide créé par l'effondrement des deux grands partis traditionnels, le Parti Conservateur (version nouvelle mouture du Reform) s'est installé. Et Dieu sait que le Québec n'est pas aimé dans le PC de Harper.

Ce lundi, au lieu de redonner un peu de vigueur aux Libéraux, le Québec à préféré une amourette avec le NPD, une formation marginale qui n'a aucune base dans la province, et qui n'a aucune connaissance du pouvoir. Il n'était pas question de voter pour Harper, et la haine des Libéraux entretenue par le Bloc est encore vive.

Résultat final : le Québec est complètement à la marge pour les quatre prochaines années.



Isolement politique, privation de pouvoir, stagnation économique. Les ingrédients des fameuses "conditions gagnantes" sont réunis. Encore mieux si le pouvoir est aux mains d'un groupe qui reconnaît plus ou moins la particularité culturelle du Québec. Les séparatistes ont tout en main pour faire monter la grogne. Parce que les sécessions, les séparations, vous croyez qu'elles sont bâties sur un sentiment de bonheur collectif ? Quand on vous a parlé de conditions gagnantes, aurait-on oublié de vous dire que la plus gagnante sera votre frustration ?

Belle coïncidence, des élections provinciales au Québec devraient survenir d'ici 12 à 18 mois. Le gouvernement Charest aura fait son temps. Seule solution de remplacement : le Parti Québécois. Et Duceppe qui se cherche un nouveau boulot...

Quoi qu'il fasse, j'ai le sentiment que Harper risque de passer à l'histoire. Si, malgré le rejet à son endroit, il ne néglige pas le Québec, il pourrait devenir ce remède de cheval qui aura soigné la province de son ver solitaire séparatiste. Mal nécessaire. Et pendant ses quatre années de purgatoire (ou de purgatif), le Québec verra peut-être la naissance d'une nouvelle force de centre-gauche, une fusion des Libéraux et du NPD, où il serait plus raisonnablement représenté. Mais si Harper se montre revanchard, les séparatistes pourraient bientôt avoir leur orgasme collectif. Un orgasme pour lequel le Québec aura servi de poupée gonflable.

samedi 25 décembre 2010

Joyeux Noël

Comme le dit si bien Villeray : Joyeux Noël et bonne année, du bonheur et d'la santé.

Je vous ai laissés en plan en décembre. Le temps de préparer mon voyage au Canada (c'est-à-dire prendre 7 cuites avec les copains avant de partir), puis de faire mon voyage au Canada (c'est-à-dire prendre 7 cuites avec les copains avant le retour).


Source photo : wikipedia.


Ces derniers mois, je vous ai offert un regard gentil avec de jolies photos. Mais soyez patients, car 2011 marquera le retour de ce bon vieil impitoyable moi. Vous apprendrez notamment :
- Comment la révolution a accouché de Secret Story (Loft Story au Québec).
- Pourquoi les Français râlent toujours et en tout lieu et ont raison de le faire.
- Que les Baby-Boomers oublient de s'aimer eux-mêmes.
- Que la boîte de conserve en fer blanc (invention française) surpasse le IPhone.
- Et encore bien plus : tigres, singes, dames en collants sur un fil de fer.

D'ici là, rendez vous utiles en donnant amour à votre famille, vos amis, votre barman.

À bientôt, je vous embrasse tous, plus ou moins longuement selon ce que vous souhaitez.

samedi 24 juillet 2010

Géopolitique des animaux morts

Bon, mon titre est racoleur. Tout au plus, je vais mentionner deux ou trois pays, en vous rapportant quelques idées qui me traversent la tête. Mais je considère qu'il est de mon devoir éducatif de briser quelques clichés. Et mon titre racoleur vous a au moins amené jusqu'ici.

Géopolotique, parce que ce billet sans structure réelle parlera de hauts dirigeants et de big money. Également parce que l'idée du sujet m'a été titillée par un ami Français qui vit au Québec depuis une dizaine d'années.

Je vais commencer par une superficie, celle de l'Angleterre : 130395 km carrés. Ça ne vous dit rien, vous êtes nuls en topographie. Donc, disons un cinquième de la France. Dans votre tête, placez un voile sur tout le Sud-Est. Sur une zone qui couvre Lyon, Nice, Marseille, Montpellier, et Clermont-Ferrand.

Maintenant, regardez la vidéo (in english) :


Ça, c'est en Alberta, une des provinces canadiennes. Ce que ça dit, c'est qu'une zone aussi vaste que celle décrite plus haut a été complètement polluée par l'extraction de pétrole. L'exploitation des sables bitumineux rejette dans l'environnement pas moins de 12 millions de litres (soit 4 piscines olympiques) d'eau toxique par jour. Et y'a un peu de France dans tout ça, avec la présence d'une des fierté de l'Hexagone, la toujours sympathique Total.

Mais bon, c'est pas grave. C'est grand le Canada. Rien que l'Alberta est au moins aussi grande que la France. Alors y'a certainement moyen d'y cacher un petit mélanome pétrolier bénin, dans cette grand forêt où y'a personne. En fait, à l'horizontal, on ne remarque rien du tout. Y'a seulement les astronautes qui voient la zone, par temps clair.

Quand on fait le palmarès des impacts environnementaux par État, le Canada arrive toujours loin derrière les sataniques Américains, les machiavéliques Chinois, les perfides Russes, et les ignobles Indiens. Si je ne m'abuse, le Canada arrive même derrière les odieux Français. Mais quand on répartit les données per capita, ô surprise, le Canada arrive bon deuxième derrière les USA. Y'a pas qu'au hockey qu'on est bon... Selon certaines sources, l'exploitation des sables bitumineux serait responsable à elle seule du tiers de la pollution canadienne.

Question en passant : est-ce que la pollution de Total en Alberta doit être comptabilisée avec les données canadiennes ou françaises ? Gros débat.

Mais, l'avenir me donne confiance. Le Canada est actuellement dirigé par le Très Honorable Stephen Harper. Fils d'un comptable de chez Imperial Oil (Esso pour les intimes), il a commencé sa carrière dans la même société. Il est aussi titulaire d'une maîtrise en économie de l'Université de Calgary (Alberta), faculté où, je n'en doute point, sont offerts d'excellents séminaires traitant d'éthique industrielle.

Alors c'était ma petite mise-à-jour de votre fantasme de cabane au Canada. Il y en a de très jolies, si vous ne dédaignez pas l'occasionnelle marre à canards morts enduits de boue pétrolifère.


jeudi 10 juin 2010

Laisser le souverainiste parler



Dans un billet récent, je parlais de mon impression de stagnation à Montréal. N'en fallait pas plus pour stimuler un ami, que je prénommerai Michel. Parce que je veux reprendre ses propos ici, mais sans risquer de lui causer quelque tort là-bas. S'il veut se faire ennemis, il s'en fera lui même. Et c'est assez facile lorsqu'on chatouille certains tabous montréalo-centristes (à contresens du « centre du monde »).

Michel est un homme médiatique, il nage dans le culturel montréalais, et depuis longtemps. Nous ne partageons pas toujours les mêmes visions politiques. Mais sa correspondance m'a plu, parce qu'elle est dense et jouit d'un recul que je n'ai pas. Si pour ma part j'évoque des impressions, lui recense ce qui s'approche des faits. Je laisse son propos épistolaire vous parler :

J’ai été content de voir que tu reprenais ton bloque. Et surtout, avec un sujet qui moi, me passionne : la vertigineuse inertie de Montréal. C’est déjà préoccupant, mais s’y ajoute une couche de déni et de rationalisation à rendre fou. Toi qui ne nages pas dans le petit univers de la culture locale, j’admire ta perspicacité à repérer la fétichisation de la culture  – qui devrait nous servir encore un an ou deux.  
 
Voici deux ou trois réflexions si ça t’intéresse. (Finalement, c’est plus long que prévu, mais une fois parti, je suis intarissable.)

*************

À ce piétinement municipal, il me semble y avoir un élément dont on ne parle pas parce que tabou : le fait que nous ne soyons pas une ville de 3 millions, mais deux villes de 1.5 millions. Tu comprends l’idée ? Fais une somme des points de convergence de ces deux communautés linguistiques, et tu vas voir que ça fait pas une grosse synergie. Il y a quelque chose de symptômatique à voir un eunuque comme Gérald Tremblay élu deux fois comme candidat de compromis.
 
On dirait que dans le monde des affaires, la piastre ne suffit pas à rallier les 2 communautés. Ou peut-être justement, n’y a-t-il plus d’argent à Montréal ? Peut-être l’argent n’est-il pas, même ailleurs, le vrai moteur du développement ? Se peut-il même que l’argent montréalais travaille contre Montréal ? C’est quoi, le développement organique d’une ville au 21e siècle ? Ché pas, mais c’est sûrement pas de consacrer des millions à l’hypertrophie de la culture et du tourisme. 
 
Pourtant Montréal a longtemps prospéré avec sa double composition, non ?  Eh bien non ! Montréal prospérait tant qu’il n’y avait que les Anglos pour la runner. Pas parce qu’ils étaient Anglais-donc-compétents, mais parce qu’ils avaient, outre le capital, la cohésion sociale. Les Drapeau et cie vivaient au diapason de cette élite et profitaient de la richesse de la ville créée par elle.

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Ironiquement, les Francophones ont « pris leur place à Montréal » au fur et à mesure que l’élite financière anglophone quittait pour suivre naturellement le flot vers l’Ouest, Toronto. (Avec un peu d’aide des séparatistes-marxistes, d’accord.) Je le souligne, il y a eu la révolution Tranquille et tout, mais les francophones ont aussi joui de l’espace libéré par les Anglos. Dans ce contexte, l’Expo 67, full bilingue par ses grands artisans, a été le point d’équilibre idéal de collaboration.
 
L’Expo était aussi le chant du cygne de Montréal dont le déclin était inscrit dans les faits entre autres via la Voie Maritime. À moins de prendre les Olympiques déficitaires comme chant du cygne ? Choisissez votre symbole…
 
De plus en plus en contrôle, mais de seulement la partie symbolique de Montréal, les francophones se sont mis à privilégier la culture. Parfois avec raison : il y avait une vitalité dont il fallait profiter au max, à défaut d’avoir l’argent de Toronto. Et puisqu’on ne pouvait plus être grand-chose à l’échelle nationale, pourquoi ne pas se donner des prétentions internationales ?  Privé de la Bourse locale, Jean Doré s’est mis à parler de plaque tournante financière, etc.
 
Le résultats du 2e référendum, sidérants pour les Anglo-Montréalais, ont scellé la méfiance de ceux-ci. Eux qui avaient fait tant d’efforts bilingues depuis 20 ans, se sont renfrognés et leur méfiance des « Quebecwois » s’est accrue. Pas de quoi favoriser la collaboration pour les projets sont développés par the French. Le quartier des spectacles ne les excite donc pas beaucoup – avec raison hélas. La saga des fusion-défusions me paraît avoir consacré ces espaces de solitude.
   
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Nous voilà dans une situation assez désespérante, dont personne ne fait d’analyse sérieuse. On regarde Bilbao et on écoute Richard Florida à Toronto ! M’est avis qu’il y a des tabous qui vont nous enterrer. Et des gens réputés dynamiques qui ne contribuent rien. Marcel Côté de Secor suggérait à son petit sommet printannier que les francophones devraient mettre la pédale douce à leurs revendications linguistiques et travailler à la richesse de Montréal. OK, mais des gens d’affaires de Montréal qui ne réussissent pas à s’organiser et blâment le vilain PQ pour notre déconfiture, ça me paraît assez suspect. Un aveu en fait, comme quoi eux-mêmes, n’ont pas de solution à un problème STRUCTUREL.
 
D’oû doit venir la cohésion, l’élan, qui relanceraient Montréal ? Les médias sont un peu coupables de reprendre le discours de « wishful thinking » sans questionner, mais bon… Mais qui peut poser les questions, faire des propositions ?  Notre horizon se réduit tellement qu’on n’ose rien bousculer de peur que tout foute le camp. Ironiquement, même le PQ n’ose pas croire que son projet d’indépendance serait bien pour Montréal. Alors pourtant que l’urbaniste Jane Jacobs avait sérieusement suggéré dans son fameux (?) The Question of Separation que « la » solution pour Montréal était de devenir la métropole d’un petit pays séparé plutôt que d’être la 3e ville d’un grand pays. L’ironie : c’est pour sauver Montréal qu’elle voulait que tout le Québec se sépare !
 
Tout souverainiste que je sois, je ne tiens même pas que ce soit là « la » solution au problème de Montréal. Faudrait-il au contraire redevenir encore plus bilingue ? Parlons-en. Il y a trop de tabous dans la non-discussion en cours.


Source photo : wikipedia.


J'ai continué la dicussion avec Michel :

Sur facebook, à travers les amis montréalais, je vois passer un tas de petites iniatives intéressantes. Un petit groupe pour ci, une association pour ça, des blogueurs qui organisent une rencontre. Des photographes, des artistes sans le sou qui persistent, des clubbers, des pro-vélo, etc. Selon moi, ces gens sont le dernier poul de Montréal. Il font que cette ville respire et devient formidable dès qu'on va au delà du guide touristique. Il y a encore une énergie vitale. Mais ces initiatives sont celles de ghettos; elle ne sont pas vouées à dépasser le groupe des intéressés. Elles ne pourront jamais servir de phare. Y'a comme une structure ronflante, au dessus, qui les empêche de croître, qui bloque le renouveau.

Dare-dare, Michel relance, un tout p'tit peu ironique et amer (selon moi) :

Au sujet de ces petites initiatives que tu perçois, ce fragile coeur qui bat de Montréal, jamais portées par une vague de fond, toujours au bord de l’effondrement. Pourquoi ?
 
Eh bien, parce que Montréal (et le Québec ?) n’en a plus besoin : nous nous sommes développés un très bon petit système culturel et n’avons plus besoin de rien, merci. Nous contrôlons l’input. Nous avons nos Audiogram, nos gros festivals, nos théâtres qu’on aime tant depuis si longtemps. Ils sont fiables et sérieux. Toutes les initiatives imprévues qui sortent de nulle part, elles sont... trop petites pour se colleter aux industries culturelles subventionnées et commanditées que nous avons travaillé fort à monter, mais qui semblent devoir rester relativement fermées pour subsister. (Je reste dans le showbiz, mais ça s’applique ailleurs, je crois.)  
 
C’est pas seulement la faute des affreux boomers au sommet qui ont décidé de ne pas partager la tarte. Notre dispositif est vraiment fragile parce qu’il a copié avec succès le modèle lourd et coûteux de la culture de masse mondiale, alors que nous ne sommes que sept millions pour le « consommer ».
 
Paradoxalement, notre beau développement culturel depuis 1970, nous a légué des institutions (et peut-être une mentalité) qui étouffent la croissance organique de phénomènes encore non-identifiés, donc finalement de la créativité.   
 
Ne cherchez pas l’équivalent 2010 de l’Osstid’show. Si un show semblable existe, il trouvera à peine son public premier, des jeunes branchés et enthousiastes, hélas toujours plus individualistes. Il sera à peine réverbéré dans les médias « jeunes » inexistants. (VOIR est criminellement responsable de pépérisme à l’égard de la culture.)
 
On en est donc rendus à voir des entreprises multimillionaires comme le Jazz et Juste pour rire, créer de toutes pièces des « petits événements » fous aux airs spontanés ! Comme un festival Fringe, alors que Montréal en avait déjà un, surtout anglo, indépendant, qui survivait avec la vente de bière, comme dans une vraie sous-culture.  Ben là, mononcle Gilbert a décidé de faire de Montréal un nouvel Édimbourg, au mépris de tout ce qui gigote dans une ville qui n’est jamais assez internationale pour lui.
 
Le plus beau, c’est que ces poids lourds (GSI, Festival de Québec, etc) réussissent à faire croire qu’ils incarnent la culture québécoise, si précieuse et tout. Ce ne sont plus de simples entrepeneurs, si leurs projets ne fonctionnent pas comme ils veulent, c’est la culture qui prend le bord ! Beau chantage, non ? Pistes bien brouillées, non ?

« J’ai ici un petit événement sympa et tout plein créatif, qui pourrait devenir un nouveau Juste pour Rire, dans 10 ans. » Que veux-tu qu’un ministre de la culture, un maire de Montréal, un brasseur-subventionneur, répondent à ça dans le contexte actuel ?


C'était des idées, pour alimenter les vôtres. Elles ont nourri les miennes. Vous avez le droit d'être d'accord, pas d'accord, ce que vous voulez. Exprimez-vous si le coeur vous en dit. C'est déjà mieux qu'attendre.


jeudi 3 juin 2010

Qu'est-ce qui se passe à Montréal ?



Je suis parti il y a deux ans. Mais à travers le hublot de ma Cyberpresse quotidienne, Montréal me semble bien stagnante. Je la trouvais déjà un peu endormie avant mon départ. Depuis un moment.

Commençons par le début, sinon vous allez me crucifier. Montréal reste pour moi la plus belle ville du monde. L'endroit où on vit le mieux. Cosmopolite, pleine d'espaces verts, pas trop grosse, pas trop petite, jeune dans sa tête, colorée, avec une culture métissée, semi-américaine, semi-française, qui permet de conjuguer business efficace et beau cadre de vie. La rotation des saisons y est magique. Il y a des choses à faire, des choses à voir. Montréal est sexy.

Mais depuis quelques années, j'ai l'impression d'un bruit de fond. En fait, c'est un silence. Une sorte de vide. Comme si la ville manquait d'essence : elle roule encore, mais c'est seulement l'entropie, le temps de diffuser l'énergie emmagasinée.

J'ai l'impression que la ville a cessé de se renouveler. Et qu'elle s'use par petits bouts. Les gros projets plantent. Y'a des pans d'industrie qui prennent la route de Toronto. Y'a le Grand Prix en toujours en sursis, les festivals qui vieillissent (et qui se ramollissent). Je ne veux pas me lancer dans une énumération; ce n'est pas là où je veux aller aujourd'hui. Seulement, on dirait qu'il y a juste assez de "peinture" socio-culturo-financière pour couvrir l'échéancier montréalais : les événements se suivent sans se chevaucher, rien ne déborde. Si un truc disparaît, rien ne se précipite pour combler le trou. En gros, la ville n'a aucun des problèmes liés à la croissance.

J'ai aussi l'impression d'une ville qui se referme tranquillement sur sa petite popote. Moins curieuse, moins aventurière, préoccupée par ses petits politiciens, ses nids de poule, et les polémiques de Guy A.

Source photo : wikipedia.


Un feeling de fin de party, vers 4h a.m. Moins de monde sur la piste de danse, barman qui commence à bailler. Time to go home.

Mais ce n'est pas ça qui m'inquiète.

Cette semaine, une étude du Conseil canadien de l'apprentissage présente un palmarès des villes et de leur consommation culturelle. Surprise générale : Montréal, qui table beaucoup sur son côté "culturel", y est classée 17e sur 18. L'avant-dernière position ! Derrière Cap-Breton ! Derrière Moncton ! Derrière Québec, Winnipeg, Saskatoon !

Ce qui m'inquiète, c'est la réaction à cette étude : la défensive. Voir, par exemple, Nathalie Petrowski ou le maire Tremblay. On a critiqué l'étude. On l'a trouvée biaisée. On a "remis les pendules à l'heure" : Montréal est unique, Montréal a cette saveur que d'autres n'auront jamais, bla-bla-bla.

Moi je ne sais pas. Je n'ai pas lu l'étude. Mais depuis des années à Montréal, on roule sur certains clichés.
- On s'ennuie à Toronto.
- La nuit est longue à Winnipeg.
- Saskatoon est une ville de rednecks.

C'est peut-être encore vrai. Je me souviens de mon passage à Saskatoon et Winnipeg, et c'était morne en tabouère. Mais c'était il y a 15 ans ! Ces villes ont peut-être changé (alors qu'il ne se passait rien de nouveau chez-nous). Pendant qu'on répétait le même cliché, peut-être que ces villes sont devenues excitantes. C'est pas long. Dix ans suffisent. Amusez-vous à comparer le Montréal de 1960 à celui de 1970. En 1960, y'avait même pas la Place Ville-Marie au centre-ville. Et regardez d'où partait Bilbao avant de bâtir son Guggenheim, il y a seulement 13 ans.

Chose certaine, et ça plus personne n'en doute, on ne s'ennuie plus à Toronto. La métropole du Canada n'est plus une triste escale business pour banquiers. Je voyage pas mal depuis que je suis à Paris. Dans les aéroports, je jette toujours un oeil aux vols en partance pour l'Amérique. Toronto revient plus souvent que Montréal. Et dans ces publicités de sociétés qui essaient de communiquer une "présence internationale" à leurs clients européens, à travers les stock-images de New-York, Londres, Hong-Kong, je vois plus souvent passer la Tour du CN que le Stade Olympique. Ça me paraît un indicateur intéressant.

Alors selon une étude, on n'est plus aussi "hot" qu'on voudrait le croire. Et quelle est notre réaction ? On pourfend l'étude : "Ils ne connaissent rien, ils se sont trompés, ce sont des idiots, on ne change rien, on est les meilleurs."

Mais c'est pas la première étude qui nous rentre dans le lard, depuis quelques années. Alors au lieu de protester, de nier en bloc, on devrait peut-être recommencer à regarder autour. Si Saskatoon est maintenant "plus culturelle" que Montréal, pourquoi ne pas aller voir comment ils en sont arrivés là ? On trouverait peut-être de quoi se renouveler un peu plus.

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Et pour ceux qui me traiteront de Parisien snob, sachez je vois ici ce qui attend peut-être Montréal. Paris me donne souvent l'impression d'une vieille primadonna sclérosée, convaincue d'être le centre du monde, même si sa dernière idée neuve date de 1947. Quand on arrête de se mettre au défi, on s'encrasse dans ses habitudes. La différence entre Paris et Montréal, c'est que la première peut s'asseoir un peu plus longtemps sur ses lauriers avant de tomber définitivement en deuxième ligue. Luxe que Montréal n'a pas.

En tout cas, il y a peut-être beaucoup de sang neuf à Montréal. Mais depuis quelques années, il a de la difficulté à se trouver une veine.

(Ben oui, je sais, la dernière métaphore est ultra-poche. Mais au moins j'ai essayé de faire du nouveau avec "sang neuf". C'est au moins ça. Faut essayer. Parfois ça donne des choses intéressantes. Comme "Qui n'a rien ne risque rien". Ça met un peu de poésie dans la Crise, mettons...

Bon, je la ferme.)


samedi 30 janvier 2010

Le plus que buffet



Je ne me choisis pas ma nostalgie. Elle me tombe dessus, à l’occasion, sans raison valable : « Surprise! Aujourd’hui tu vas avoir envie d’un sundae Dairy Queen! »

Je n’allais presque jamais au Dairy Queen. Leur glace ressemble à celle de MacDo. Mais le Dairy Queen du coin est un des ancrages du quotidien. On passe devant tous les jours. Une fois par année on y bouffe un cornet pour marquer l’arrivée de l’été. Une sorte de rituel.

Je ne veux pas m’éterniser sur cet exemple. Il y a bien plus extraordinaire que le Dairy Queen à Montréal. Mais ce qui est étrange de la nostalgie, c’est qu’elle frappe sans discrimination dans la mémoire. Elle remonte le merveilleux, mais aussi le plus banal. Alors cette semaine, comme ça alors que je me fais du thé, me prend l’envie soudaine de revoir de mauvaises publicités.

C’est un truc qui n’existe pas vraiment en France. Enfin, je n’en vois pas souvent à la télé. Ce sont des pubs à petit budget, pour des petits commerces, des garages, ou des chaînes d’ameublement. Elles sont mal tournées, avec des gens pas sexy (souvent le personnel du commerce), sur un fond de musique débile. C’est toujours rigolo d’entendre une choriste s’égosiller de tout son cœur, sur un air enjoué, pour nous dire : « le buffet chinois Tom Yam offre plus de 150 mets asiatiques et son fameux bar à nouilles ».

Voici quelques exemples. Après ça, allez donc m’expliquer comment fonctionne la nostalgie.























samedi 23 janvier 2010

Les hymnes à l’héroïsme



Je viens d’aller voir Gainsbourg, vie héroïque. Cette fable distrayante revient sur le scandale qu’avait provoqué le compositeur avec sa Marseillaise reggae. Ça m’a donné envie de regarder d’un peu plus près la rengaine patriotique.

Allons enfants de la Patrie,
Le jour de gloire est arrivé!

Tout le monde connaît le début. Pas grand-chose à ajouter. Appel à tous, patrie, gloire, c’est classique.

Contre nous de la tyrannie
L'étendard sanglant est levé.

À partir d’ici, ça devient complètement tordu. Syntaxiquement, je parle. Exprimé naturellement, je présume que ce vers irait plutôt comme suit : « L’étendard sanglant de la tyrannie est levé contre nous ». Si je n’ai que présomption à propos de la signification, c’est qu’on a trop brassé les cartes. Peut être aussi que c’est « Contre la tyrannie l’étendard est levé de nous sanglant ».

Entendez-vous dans les campagnes
Mugir ces féroces soldats?

J’ai collé ces deux vers pour vous aider à comprendre ce qui se dit. Mais en réalité, dans la chanson, il se passe quelque chose de bien étrange : cette phrase est sciée en deux musicalement. Le premier vers met fin au phrasé musical de l’étendard sanglant. Après, pour mugir, on bascule presque dans une autre chanson. Le fa, qui était dièse depuis le début, devient bécarre. Et le si devient bémol. Je ne suis pas musicologue, mais c’est comme si on changeait de tonalité, d’un coup. Et on le fait en plein milieu d’une phrase.

Mugir ces féroces soldats
Ils viennent jusque dans vos bras
Égorger vos fils, vos compagnes!

Ce bout, c’est pour moi le tunnel de la Marseillaise. Dans le reste de la chanson, la mélodie fait des arpèges, bondit à coup de tierces, et se ballade sur toute la portée. Mais dans ces quelques mesures, elle se met à hésiter, à tergiverser entre le fa et le do. J’aime particulièrement l’utilisation du mot mugir pour décrire les féroces soldats. Le mugissement, c’est le cri du bovin. La France attaquée par une horde de vaches laitières déchaînées et assoiffées de sang… Très crédible.

Aux armes, citoyens
Formez vos bataillons
Marchons, marchons!
Qu'un sang impur
Abreuve nos sillons!

Quand arrive enfin le fameux « Aux armes » bien claironné, c’est comme si la France entière se réveillait. Comme si elle gueulait : « Putain, mais qu’est-ce que vous foutez depuis six mesures! Réveillez-vous! C’est pas un chant mortuaire! Y’a de féroces soldats mugissants qui nous attendent dans le champ, avec leur étendard sanglant de la tyrannie. Faut faire quelque chose, bon Dieu d’merde! » Et ça se termine à la Tarantino, avec du sang impur qui gicle sur les sillons. Wow! Les Français ont vraiment le sens du spectacle! Tu leur donne une rase campagne, et ils te font Attack of the Zombie Cows from Hell II.


Bon, et le Canada maintenant…

Source photo : wikipedia.



Ô Canada! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux!

Ça commence vraiment bien dans la fausse représentation. Quels aïeux? Le pays existe depuis seulement 13 ans lorsque l’hymne est composé en 1880. Et cette terre, elle a été prise de force à des Indiens même pas indiens. Et pour les fleurons glorieux, on repassera : les pages de l’histoire canadienne sont un éloge à la tranquillité.

Car ton bras sait porter l'épée,
Il sait porter la croix!

Et ça continue. En 1880, le bras du Canada n’a pas porté beaucoup d’épées. Et j’aime bien l’association épée – croix. Ça envoie un beau message bien médiéval. Mon dieu catholique m’envoie te péter la gueule. Aujourd’hui, l’immigrant musulman doit un peu grincer des dents lorsqu’on lui demande de chanter ces vers au moment de l’attribution de sa citoyenneté canadienne.

Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.

Non mais c’est presque de la drague! On croirait entendre un Français qui parle de son cheminement de carrière : « Ouais, tu vois, à ma boîte j’suis managère en chef de l’approvisionnement en papier pour tout le secteur ouatère-cabinette. C’est pas mal de responsabilités et beaucoup de taf’; c’est pas tous les mecs qui peuvent faire ça. »

Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits.

La finale ne m’a jamais vraiment convaincu. Je sais pas, mais de la valeur trempée de foi, ça me paraît un peu trop vaporeux pour protéger quoi que ce soit. Si t’enduit une auto de valeur trempée de foi, je crois pas que ça va l’empêcher de rouiller après trois hivers.

Chose intéressante, et beaucoup plus représentative du pays, l’hymne existe aussi en version anglaise, because 2 official languages. Et là c’est complètement autre chose. Alors que la version française est une flatterie à l’endroit d’un Canada à ce point personnifié qu’on ose le tutoyer, les Anglos parlent pour leur part de patriotisme et d’action directe, utilisant le nous comme sujet. Grosse mutation pendant la traduction! Et une beau symbole des cette incompréhension qui persiste entre les deux peuples fondateurs. Voici la version anglaise, avec ma traduction littérale. Remarquez l’éloignement. Et cette fois, pour la protection, on fait appel à Dieu. Selon moi, c’est plus convaincant que de la valeur trempée de foi.

O Canada! Our home and native land!
(Ô Canada! Notre Patrie et terre natale!)
True patriot love in all thy sons command.
(Tu commandes à tous tes fils un amour patriotique véritable.)
With glowing hearts we see thee rise,
(Nos coeurs rougeoyant, nous voyons ton essor.)
The True North strong and free!
(Le Vrai Nord, fort et libre!)
From far and wide,
(De toutes tes terres…)
O Canada, we stand on guard for thee.
(Ô Canada, nous montons la garde / restons alertes pour toi .)
God keep our land glorious and free!
(Dieu garde notre pays glorieux et libre!)
O Canada, we stand on guard for thee. (bis)
(Ô Canada, nous montons la garde / restons alertes pour toi .)

Y'a ce bout à propos du Vrai Nord, fort et libre. C'est quoi le Vrai Nord? Ça commence où? Peut-être que le Nord, le vrai, c'est cet endroit nécessairement libre parce que personne n'ose l'envahir, de peur de se retrouver avec deux glaçons à la place des couilles. On prévoit -14 à Montréal cette semaine. Et février n'est même pas encore là.


Bon, tout ça m’a donné l’envie de regarder un bon match de hockey…


jeudi 14 janvier 2010

Attache ta tuque



« Attache ta tuque avec d’la broche » est une expression québécoise qui pourrait être traduite en hexagonal par un truc comme « Agrafe-toi le képi sur le cabochon ». Ça veut dire qu’il faut tenir son chapeau, parce que ça va brasser. La dernière fois, je vous ai livré à nu mon côté moumoune en musique québécoise. Cette fois, c’est le tour du rock’n’roll. Et vous allez trouver que Johnny, avec sa deux-roues (une de chaque côté de la chaise), il commence à se faire vieux.


We Are Wolves

Je commence avec les plus cinglés, et probablement mes préférés. We Are Wolves me rappelle The Stooges croisé avec les Beastie Boys, en version synthé débile. Ça se danse magnifiquement bien si on se fait aller les bras comme un orang-outang. Voici L.L. Romeo, Coconut Night, et Fight & Kiss.








Robert Charlebois

Bon, il se fait vieux le Robert. Mais faut pas oublier tout ce qu’il a laissé derrière lui. Tout écartillé, en 1969, c’était du rock au bord de la scène, à fond la caisse, et pas adulte du tout. Écoutez-le bien gueuler « qu’on fesse dedans! » et vous saurez d’où vient la référence sur ce blog. En prime, l’espèce de court-métrage commence par un beau solo de batterie, comme dans le bon vieux temps. (Désolé pour la piètre qualité de l’image)




Arcade Fire

Dans les Anglos qui se donnent à fond, y’a Arcade Fire. Ils ont été repérés par Bowie et U2. D’ailleurs, ils ont volé le show en première partie de la bande à Bono, à Montréal il y a quelques années. Voici le hit Wake Up, et Laika.






Daniel Boucher

Je modère un peu avec Daniel Boucher. Un peu plus rock classique (guitare + Hammond B3), Daniel donne quand même un gros show, en bel argot québécois. Voici Boules à mites et ses références aux années glorieuses du hockey.




Vincent Vallières

J’aime bien Vincent Vallières avec son folk-rock sans complication. Une belle découverte qui a été acheminée jusqu’à mes oreilles par MissK. Écoutez Café Lézard.




Dédé Fortin et les Colocs

J’aimais pas trop les Colocs jusqu’à Dehors Novembre, leur troisième galette. Sous un reggae un peu garage, ils nous ont livré un album rempli de détresse et d’humanité. Tassez-vous d’là est le monologue d’une personne à la recherche un ami qu’il a abandonné au pire moment. Les sous-titres anglais vous aideront peut-être. Dédé est disparu en 2000, emporté par son mal de vivre. Une grande perte.




Wolf Parade

Je sais pas trop si c’est une coïncidence, mais un autre groupe avec « loup » dans son nom. Mais c’est mon genre de rock un peu cassé. Modern World.




Jean Leloup

Celui-là, on ne peut passer à côté. À lui seul, il a sorti la musique québécoise de son coma des années 80. En 1990, Jean Leloup a tout changé. Clown ou artiste, personne ne sait vraiment. Un peu des deux. C’est ce qu’il faut, je crois. La vie est laide (montez le volume), La vallée des réputations, et Le monde est à pleurer (avec son segment d’ouverture qui donne une idée du personnage).








Ariane Moffatt

Et pour atterrir en douceur, cette rengaine d’Ariane Moffatt. Bon, Ariane n’est pas vraiment rock. Mais elle est sympa. Le clip est rigolo et donnera aux Parisiens l’envie de partir un peu vers le nord de l’Amérique.




PS – pour ceux qui trouvent que je termine trop gentiment ce segment rock, allez voir Mononc’ Serge dans son « hommage » aux Beatles : Sous-marin brun. (À vos risques et périls)




dimanche 10 janvier 2010

Musique moumoune



Suite au décès de Lhassa De Sela m’est venue l’idée de présenter à mes lecteurs français quelques voix québécoises. J’ai fouillé parmi ceux que j’aime. J’ai mis ceux pour qui j’ai trouvé un peu de contenu sur le web. Ça vous changera de Garou, Céline Dion, et Lynda Lemay.

Je commence avec la facette « moumoune » de ma personnalité. Ça veut dire « fleur bleue ». Eh oui, faut savoir s’assumer dans la vie… Je vous ferez un billet plus rock la prochaine fois. En attendant, bonne écoute.


Patrick Watson


(source photo)

J’attaque fort dans le moumoune avec ce pianiste échevelé, un peu mal-léché, un peu Coldplay, mais qui fait craquer les dames, surtout avec son hit The Great Escape.


Dumas


(source photo)

Steve Dumas fait du rock relax, souvent ambient. Voici J’erre. La qualité de l’image n’est pas au top, mais c’est tout ce que j’ai trouvé.


Le clan Wainwright

Y’a du talent dans la famille. À commencer par maman Kate et tante Anna qui trimbalent leur folk partout en Amérique depuis les années 60. Dans Petite Annonce, vous entendrez leur charmant accent anglo-québécois.


La vedette de la famille, c’est Rufus Wainwright. Assez exubérant, Rufus me fait penser à Elton John à ses débuts. Écoutez-le ici dans 14th Street, ou dans sa version de Across the Universe des Beatles.



(source photo)

Ma préférée ces jours-ci, c’est la sœur de Rufus, Martha. La voici dans Far Away. (Pas de vidéo, malheureusement)


Daniel Bélanger


(source photo)

Impossible d’éviter Daniel Bélanger lorsqu’on parle de musique québécoise. Écoutez ici La fin de l’homme, ou bien Rêver mieux.


Avant le vol


(source photo)

Sur son dernier album, Charlotte Gainsbourg reprend un classique de Jean-Pierre Ferland, Le chat du café des artistes. Avant que la France ne revendique la paternité de l’œuvre, la voici dans une version remix parue il y a quelques années (la vidéo démarre vers la 30e seconde). Portishead avant le temps…



(source photo)

Un autre petit truc sympa qui marche bien en France, c’est Cœur de pirate. C’est joli, c’est naïf, c’est sympa. Écoutez la québécoise vous faire Comme des enfants.


Taïma


(source photo)

Pour ceux qui ont envie de l’aventure, voici une pièce du duo Taïma, Inutuulunga. C’est en langue inuktitut (les fameux eskimos). La chanteuse Élisapie Isaac fait maintenant carrière solo. C’est tout sauf froid.


Bon, c’était une partie de mon côté moumoune.La prochaine fois, je serai un peu plus rock. Mais comme on dit, les femmes et les enfants d’abord.


lundi 4 janvier 2010

Montréal meurt un peu




(source photo)


J’ai été bouleversé d’apprendre ce matin le décès de la chanteuse Lhasa De Sela. Après plusieurs mois de combat contre un cancer du sein, elle nous a été littéralement volée. Elle n’avait que 37 ans.

Lhasa chantait avec la voix de l’âme, une voix chaude et suave comme le bois poli. Loin de l’industrie des star-académiciennes, qui louvoient des vocalises hystériques aux artifices sirupeux, Lhasa chantait comme on souffle sur des braises. On l’entendait s’écouter pour poser délicatement les notes, la bonne note, un peu comme le faisait Miles Davis sur sa trompette. Elle avait compris que le silence, c’est aussi de la musique.

Née au nord des États-Unis, d’un père mexicain et d’une mère américaine, elle a connu une enfance de nomadisme. Avec ses parents ainsi que ses neuf frères et sœurs, elle a sillonné le continent à bord de l’autobus qui lui servait de maison. Elle s’est posée à Montréal au tournant de la vingtaine. Lentement elle s’est bâti une carrière dans trois langues : espagnol, français et anglais.

Je ne sais pas trop pourquoi, mais Lhasa me faisait penser à Montréal. Ce mélange des cultures. Où plutôt cette acceptation décomplexée de l’imprécision culturelle. Ce droit à tout, même si on vient de nulle part (ou de partout). J’ai l’impression que si elle a adopté Montréal, c’est parce que cette ville lui ressemblait un peu. Je ne cherche pas à « revendiquer » Lhasa. Je dis seulement qu’elle me faisait rêver d’un endroit où tout est permis, car il n’y a plus de dictats culturels. Chose certaine, elle faisait partie de mon décor imaginaire, des choses dont je suis fier, des saveurs qui me ramènent à la maison. J’ai si souvent écouté ses albums en boucle, sur les hypnotiques 750 kilomètres de route 138 qui séparent Baie-Comeau de Montréal. La nuit, enveloppé par les étoiles, la ligne droite et le flou des épinettes noires, Lhasa me ramenait jusqu’au port.

Je vous laisse sur ces belles choses trouvées ici et là sur Youtube. Écoutez, vous aimerez. Merci Lhasa De Sela.

Pa’llegar a tu lado, de son deuxième album, ici en spectacle.

Con toda palabra, de son deuxième album (The Living Road).

Rising, de son troisième album, éponyme.

La marée haute, sur The Living Road.

La confession, aussi sur The Living Road.

De cara a la pared, ainsi que La Celestina, de La llorona, son premier disque (ici en version live).

Who By Fire, lors d’un hommage à Leonard Cohen.

Et ceci, avec Patrick Watson il y a quelques mois.


dimanche 27 décembre 2009

Petit accès de chauvinisme


Source photo : wikipedia.


Au Championnat mondial de hockey junior, le Canada a rossé la Lettonie par le score de 16 à zéro.

La Lettonie n'a réussi que 10 lancers vers le but canadien. Donc, si le Canada avait été privé de gardien de but, nous aurions quand même gagné par le score de 16 à 10.

La Lettonie est au onzième rang mondial.
La France est au dix-huitième rang mondial...
Aucun espoir pour l'Hexagone.
Désolé.
Sur une surface glacée, on vous passe sur le corps.
Vous n'aurez même pas le temps de comprendre ce qui vous arrive.

vendredi 25 décembre 2009

Joyeux Noël

Je n'ai pas beaucoup le temps de vous écrire aujourd'hui. Je vis mon Noël en famille, ce qui implique suralimentation maternelle, excès liquides, faire le clown pour les nièces, etc. En somme, la fête.



Je vous souhaite tout de même un beau Noël, ou une belle fête si vous êtes d'une autre confession, ou à tout le moins un bon congé férié.

Je vous remercie, chacun, de votre passage ici.

Embrassez une personne que vous aimez. Si vous êtes trop loin, téléphonez. Et si ce n'est pas possible, dites à cette personne que vous l'aimez. À voix haute, en regardant le ciel. Osez. Ça vous fera du bien.

Joyeux Noël!

mardi 22 décembre 2009

Petits visages de Noël



La petite Victoria, dernière arrivée dans
la famille. Seulement six semaines et déjà
plus de cheveux que moi :





Mon copain pour picoler pendant le
temps des Fêtes :





Élizabeth, la plus pétulante de mes
petites nièces :





La foule des santons :





Catherine, ma nièce plus introspective :





Et un autre copain pour picoler... Joyeux Noël!




Montréal polychrome



C'est l'hiver à Montréal et la neige couvre tout. On risque
bientôt de se retrouver sous une immensité blanche
et déprimante.




Heureusement, la ville n'est pas sous le joug du baron
Haussmann, et les Montréalais peuvent résister par
la couleur.




Parfois, l'entente entre voisins n'est pas idéale, mais au
moins on arrive à casser la morne blancheur des syncopes
originales.




Tout contraste est bon, aussi criard soit-il.
Il faut abattre l'hiver.




Les goûts ne se discutent pas. L'important, c'est la vie.




Avec un peu de nonchalance, et l'aide des graffitistes, on
arrive à de jolis résultats.




Faut seulement avoir un mur, et la grandeur d'âme de
le céder à plus talentueux que soi.




Quand la peinture ne suffit pas, on appelle
l'ébéniste.




Parfois, y'a un message. Et probablement même une subvention...




Sinon y'aura toujours la brique rouge, qui aide un peu.
(Notez comment on trimbale les petits sur les trottoirs
enneigés : en traîneau.)




Bon, ça c'est Chez Jose. Un petit portugais. Excellente
omelette à la morue. Une petite pub du coeur.




J'habitais ici, coin Duluth et Hotel-de-Ville. Ce manga me
manque beaucoup.




Encore sur Duluth, en plein Plateau Mont-Royal. "Best
neighbourhood in Canada" selon plusieurs sondages.




Jaune soleil, jaune tibet. Achetez l'album "Jaune"
de Jean-Pierre Ferland. L'original est meilleur
que la version de Charlotte Gainsbourg.




Autre graffiti bassement commercial : celui de la rôtisserie
Coco-Rico. Des Portugais qui font le meilleur sandwich
au poulet en ville. Pain frais, piment de Cayenne, poulet
bien grillé, et un peu de mayo pour les francos. Bon, OK,
Romados fait aussi délicieux quelques rues plus haut.




À Montréal, il y a des arbres devant les maisons. On en
profite quand vient le temps des Fêtes.




Et puis souvent l'hiver est sympa. Il nous montre
un ciel bleu.




lundi 21 décembre 2009

Montréal monochrome



Parfois à Montréal, le ciel est gris et on a
la gueule de ce bonhomme de neige...




On est bien, au chaud, avec un latte géant,
et le journal de "mourial", avec en page
frontispice ce bon vieux Jacques Demers,
ancien coach du Canadien, et maintenant sénateur.




Dehors, c'est plutôt froid...




Les bicyclettes, surprises par l'arrivée subite de l'hiver,
servent de perchoir aux pigeons congelés.




Mais on prend son courage à trois mains, on s'habille,
et on sort sur Saint-Laurent.




On longe les façades. On m'a déjà dit qu'à Montréal, si
les escaliers sont à l'extérieur, c'est pour éviter d'avoir à
chauffer inutilement une pièce supplémentaire.




Bon, c'est pas Haussmann, mais c'est tout de même joli.




Petit détour par Duluth, avec ses sapins blancs.




Puis le parc Jeanne-Mance. Les enfants, jouant à
Vauban, se sont fait un fort pour une guerre de balles de
neige dans la gueule.




Des hauteurs, la ville semble comateuse.




On remonte jusqu'au Mont Royal. En principe, certains
chemins sont fermés. Mais tout le monde s'en fout.




La forêt dans la ville, c'est un cadeau. Avec ses petites
rigoles qui résistent encore au froid, et les arbres.
Comme si le bois de Vincennes était en plein coeur de
Paris.




Escalier fermé, mon cul. On y passe si souvent qu'il est
déneigé.




C'est seulement décembre et le coeur de la montage est
encore tiède. L'eau ruisselle jusqu'à la surface.




Un petit vieux qui fait du ski. Sous les arbres, la lumière
est déjà plus faible.




À travers les branches, on devine la ville.




Et on monte, tranquillement, jusqu'au chalet.




Du haut on voit bien la ville bleue-acier. C'est paisible.
Il n'y a que le craquement de la neige sous les pieds.




Puis on redescend, parce qu'en bas il y a la bière,
le smoked-meat et le café.




Jusqu'au centre-ville. Ça prend seulement 10 minutes,
si on est prêt à quelques raccourcis dans la neige.