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mardi 9 octobre 2012

Attentat au petit pain piégé

J'avais pas envie de vous parler de ça. Je me suis retenu plusieurs fois. Mais aujourd'hui je suis dégouté. Alors je pose la question : c'est quoi cette mode, en politique française, de verser dans l'islamophobie éhontée ?

Avec Marine, c'est pas nouveau. Encore ce week-end, elle lançait que "l'islam de France n'existe pas".

Mais là c'est Jean-François Copé qui s'y met à fond. Fin septembre, il chauffait la salle avec son idée de "racisme anti-Blanc". Voilà qu'il enchaîne avec une anecdote délirante de gamin qui se fait voler son pain au chocolat pendant le ramadan :

"Il est des quartiers où je peux comprendre l'exaspération de certains de nos compatriotes, père ou mère de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s'est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu'on ne mange pas pendant le ramadan (...)"

Copé faisait référence au texte de son récent bouquin, "Pour une droite décomplexée", dans lequel il rapporte une supposée histoire de hold-up de pâtisserie à la sortie d'un collège, pour cause de ramadan.

Est-il nécessaire de rappeler que ces deux dernières années, le ramadan coïncidait avec les vacances d'été ? Ça rend peu probable le rapt d'un pain au chocolat dans une cour d'école, du moins dans l'actualité récente.

Source photo : wikipedia.


En 2007, un député UMP a été condamné par un tribunal pour des propos homophobes. Avec raison. Et en France, quiconque verse dans l'antisémitisme fera face à la loi. Avec raison. Mais dans ce pays qui se réclame de l'égalité, une islamophobie flagrante et assumée reste encore impunie.

C'est toujours le même tour de passe-passe. Le politicien opportuniste se justifie, a posteriori, d'avoir pointé uniquement l'islamisme radical. Ne soyons pas dupes : son jet de pisse rhétorique est toujours assez diffus pour éclabousser toute la communauté musulmane. Qu'est-ce qu'on attend pour saisir les tribunaux ?

Je suis écoeuré de cette injustice. Et le pire, comme me le rappelait une amie, c'est que sans condamnation, nous irons vers une banalisation de ce type de discours. Chose certaine, tout ça me rend cynique envers la France et ses institutions. Quand je vois "Liberté, égalité, fratenité" sur un édifice public, j'ai envie de cracher par terre. Copé et Le Pen, par leur impunité, me font un moment douter de toute la structure socio-étatique. Et ça, c'est ma réaction de petit cadre quarantenaire, blanc.

Maintenant, imaginez la réaction d'un gamin de 19 ans, musulman, né en France.

Ce week-end, quelqu'un a déclaré que le pire ennemi de l'islam, ce sont les islamistes radicaux. Je ne suis pas d'accord. Le pire ennemi de l'islam, ce sont les radicaux tout court. Politiciens inclus. Surtout ceux qui nous vomissent leur xénophobie. Ils se présentent en champions de l'ordre social et de la sécurité ; mais ils entretiennent la haine et la division. En surface, ils disent dénoncer le communautarisme ; mais en filigrane, ils l'alimentent. Leur attitude dichotomique, voire schizophrénique, est similaire à celle de tout intégrisme armé. Leurs mots sont des bombes incendiaires.


P.S.:
Heureusement, la majorité des Français que je fréquente, connaissances et amis, sont loin de cette mentalité saurienne. La France actuelle est à l'heure de la Cinquième République. Mais elle traîne à ses chevilles quelques boulets des plus mauvais jours de la Troisième.

mardi 13 mars 2012

Petits morveux

Selon une étude conduite à l'Université de Leeds, et rapportée par Atlantico, 87% des femmes émettraient des bruits de satisfaction pour "booster l'amour propre de leur partenaire" et 66% pour "accélérer" la conclusion de leur petite affaire.

Merci mesdames. C'est très attentionné de votre part. Mais c'est contre-productif. Parce que bon nombre d'hommes sont, eux aussi, attentionnés. Si ma copine se montre particulièrement enthousiaste un soir donné, le premier truc qui me passe par la tête est ceci : "Pour une fois qu'elle prend son pied, je vais me retenir afin qu'elle en ait pour son argent."

Alors peut-être faudrait-il privilégier un protocole moins théâtral, du genre : "Allez, zou ! Tu me fais ça en trois petits coups !" Ça donnerait à tout le monde le temps de finir son chapitre de Guerre et Paix, ou d'écrire des pitreries sur un blog.


Source photo : wikipedia.


En plus, faire l'amour, c'est risqué. Les résultats indésirables de cet acte sont manifestes, et ce jusqu'au sommet de l'État français, en la personne de Louis Sarkozy, fils du président actuel. Ces temps-ci, le charmant gamin s'amuse à lancer des tomates et des billes au visage des policiers assignés à la sécurité de papa. Bon, c'est vrai qu'on doit se préparer à tout avec les chenapans d'âge préscolaire. Mais Louis a quand même 15 ans. Il serait peut-être temps pour lui de lâcher les billes. Ou du moins, de commencer à jouer avec celles qui bientôt l'aideront à obtenir ses 13% de roucoulements véritables.

Notez que la gauche n'est pas moins bien servie en matière de fils-à-papa ingrat. Le candidat socialiste François Hollande est à demi-mots désavoué par son propre fils, Thomas Hollande. Selon Atlantico, ce dernier aurait déclaré au quotidien le Parisien que le chef du Parti Socialiste "n’a pas encore réussi à établir un pont avec les quartiers populaires, contrairement à 2007 avec Ségolène Royal". Il affirme aussi ne pas noter la "même ferveur qu'il y a 5 ans", quand c'était maman Ségo qui se présentait. Pour ceux qui ne le savent pas encore, Thomas est le fruit d'un accouplement entre le ténor et la diva du PS. Bravo Thomas, tu as bien appris ton Oedipe. Mais aurais-tu oublié de réviser ton Médée ?

mardi 7 février 2012

Battement d'aile

Ironiquement, l'Histoire est souvent écrite par des inconnus sans histoire. Des inconnus qui le resteront. Ils prennent leur train le matin pour aller au boulot; ils font BBQ le week-end avec les copains; chaque mois ils mettent un peu de fric de côté pour la retraite. Ils portent des chemises à manches courtes et des cravates démodées.

Des inconnus comme ces trois ou quatre mecs d'une société d'informatique qui, probablement pour des raisons d'optimisation, font un choix contre-intuitif dans le design de leur interface-utilisateur. Et quelques années plus tard éclate un conflit qui fera des centaines de milliers de morts. Une guerre qui précipitera le déclin économique d'une grande puissance, et qui affectera durablement la géopolitique mondiale.

C'est pas de la science fiction. C'est un battement d'aile...


Source photo : wikipedia.


Si vous êtes un Occidental, quand vous lisez, vos yeux suivent un chemin en forme de "Z" : lecture horizontale de gauche à droite, et retour à gauche pour débuter la prochaine ligne.




C'est un réflexe acquis. Vous anticipez qu'un "corps d'information autonome" (une phrase, un slogan, un paragraphe) commencera nécessairement à gauche. Donc vous revenez vers la gauche. C'est particulièrement évident avec les listes. Notez comment vos yeux tracent des "Z" pendant la lecture.


Tomates à l'huile
Concombres au yaourt
Oignons caramélisés
Patates en purée
Raisins verts
...


Les listes sont parfois longues. Il peut devenir avantageux de les placer en colonnes. Dans ce cas, vos yeux feront des "Z" jusqu'au bas d'une première colonne, puis remonteront en haut pour entamer la lecture de la seconde colonne. Rappelez-vous la disposition d'un journal, et votre manière de le lire. En majorité, les gens n'aiment pas faire des allers-retours d'une colonne à l'autre. Ils aiment mieux terminer une colonne avant d'en commencer une autre.


Source photo : wikipedia.


Certaines listes sont particulièrement importantes. Par exemple, la liste des candidats sur un bulletin de vote. Dans l'exemple suivant, imaginez que vous vouliez voter pour Pierre Cocteau, candidat de la Gauche Populaire. Il est relativement facile de trouver la case dans laquelle apposer votre croix. Et aucune chance de confondre la case de votre candidat avec celle de Phil Morris, de Citoyens Unis.


Roger Moquin
Union des citoyens
Phil Morris
Citoyens Unis
Pierre Cocteau
Gauche Populaire
Jean Joule
Forces Centristes
Marie Marion
Centre Uni
Pascal Muret
Union des Forces
Lucie Larot
Groupe du Nord
Marthe Martin
Communistes Libéraux
Simon Sam
Projet Renouveau


Imaginons maintenant que le bulletin de vote soit conçu comme dans l'exemple suivant :


Roger Moquin
Union des citoyens
Pierre Cocteau
Gauche Populaire
Marie Marion
Centre Uni
Lucie Larot
Groupe du Nord
Simon Sam
Projet Renouveau
 
Phil Morris
Citoyens Unis
Jean Joule
Forces Centristes
Pascal Muret
Union des Forces
Marthe Martin
Communistes Libéraux
 


Pierre Cocteau est deuxième dans la liste, il serait naturel de cocher la deuxième case. Mais la colonne de droite est légèrement décalée vers le bas. Votre oeil doute un peu. Faut-il faire des allers-retours entre les deux colonnes pour trouver la bonne case ? L'alignement des cases semble le confirmer. C'est donc la troisième case, et non pas la deuxième, qui paraît la mieux alignée avec le nom de Pierre Cocteau. Mais la troisième case est peut-être celle de Marie Marion, troisième dans la liste "naturelle". Vous hésitez...

Ce bulletin de vote, si présenté tel quel, risque d'entraîner bon nombre d'erreurs dans la votation. Je dirais jusqu'à 25% d'erreurs. On peut ajouter divers guides visuels, des flèches, des couleurs, etc. Mais peu importe. Avec une disposition qui s'oppose au flux normal de la lecture, la moyenne d'erreurs restera élevée. Autant abandonner l'idée, et choisir une disposition plus "naturelle", non ?


Grand Mars changeant (Apatura iris)

Voici un des bulletins de vote les plus marquants de l'histoire contemporaine. Notez l'ironie : on l'avait nommé "Butterfly Ballot", car ses deux pages se déployaient comme les ailes d'un papillon. Il a servi en Floride, en novembre 2000. Notez les noms et leur position. En haut à gauche, en première position, le républicain George W. Bush. Juste en dessous, en seconde position, le démocrate Al Gore, principal opposant de Bush.

Source photo : wikipedia.


Attendez, Al Gore est-il bien en deuxième position ? Ou bien est-ce Pat Buchanan, un candidat marginal, à droite ?

Au centre, il y a la bande de votation. Il vous faut un moment, mais vous comprennez : si vous souhaitez voter pour Al Gore (deuxième dans la colonne), vous devez choisir la troisième case, soit celle désignée par la flèche numéro 5. C'est clair, non ? Si vous cochez la deuxième case, vous aurez voté pour Buchanan.

En 2000, avec ses 25 grands électeurs, c'est la Floride qui a scellé l'issue de la course à la Maison Blanche. Dans cet État de 20 millions d'habitants, le vote a été particulièrement serré, et a dû faire l'objet de plusieurs recomptages judiciaires. À un certain point, seules 327 voix séparaient Bush et Gore.

Il est intéressant de noter que dans le comté de Palm Beach, une zone à tradition démocrate, le candidat de droite Pat Buchanan a recueilli environ 3400 voix, soit dix fois plus que sa moyenne nationale. Le même phénomène a été observé dans bon nombre de comtés. Tous sont d'avis qu'il s'agit d'erreurs. Des voix qui devaient aller à Al Gore, mais qui ont fini dans l'urne de Buchanan à cause d'un bulletin mal conçu. Les seuls à proposer une autre explication ont été les Républicains de Bush, qui en toute bonne foi ont déclaré que le comté de Palm Beach était "un des bastions de Buchanan". Commentaire du principal intéressé, Buchanan : "Balivernes !"


Je côtoie tous les jours des génies qui me réinventent la roue. Qui s'enfoncent dans les culs-de-sac de l'évolution. Le brouillard du narcissisme. On se croit assez grand pour changer le monde, mais trop petit pour causer une catastrophe ? On n'est qu'un papillon ; quel mal pourrait-on causer ?


P.S. - Les données relatives au vote Bush vs Gore en Floride proviennent de Proofiness, How You're Being Fooled by the Numbers, de Charles Seife.

lundi 6 février 2012

Since 1972

Une des plus jolie PME de France, c'est le Front National des Le Pen. J'en suis persuadé, le père et la fille n'ont jamais sérieusement envisagé de gouverner l'Hexagone. Ils ont simplement décidé d'exploiter un petit filon de cette zone impopulaire, quelque part dans le flanc droit du spectre politique.

Spéculons un peu. Ce que Jean-Marie a réalisé, au début des années 70, c'est qu'aucun politicien ne souhaitait vraiment servir l'amateur de droitisme. Trop risqué pour l'image, et pas assez payant. Ce qui reste vrai pour quelqu'un qui envisage le pouvoir. Mais pour un autre qui veut juste faire du business, il y a fruit à cueillir. Une belle zone pépère, sans compétition. Un peu comme les cigarettiers, avec ces 20% de fumeurs indéfroquables, une clientèle fidèle. Et même pas besoin de promo coûteuse pour se maintenir une sainteté médiatique.

S'il devait accéder au pouvoir, le Front National s'appuierait sur qui pour former un cabinet ? Dans l'équipe, il n'y a que les chefs qui sont médiatisés. Elle fait les discours, lui s'occupe des maisons de retraite. On garde les opérations au minimum. Parce que le FN est une PME dont la business est d'être un parti officiel, avec les avantages que ça comporte en collecte de deniers publics.


Membres du FN collectant de l'argent
dans un drapeau tricolore géant
au défilé du parti en l'honneur de Jeanne d'Arc.
(Source : wikipedia)


Le FN s'efforce d'être juste assez gros pour compter, pour être considéré dans d'éventuelles négociations. Mais pas assez gros pour gouverner. D'ailleurs, lorsque sa cote monte un peu trop, Marine ou son papa ont tôt fait de se saborder un peu. Ici, madame recontre la peu fréquentable extrême-droite autrichienne. Et là c'est Jean-Marie qui désavoue sa fille.

À propos du financement, c'est vraiment le mode PME : petite collecte ici, petit emprunt là-bas, usage des tribunaux pour éviter certains paiements, et une utilisation des mécanismes nationaux d'aide aux partis officiels. Comme dans toute boîte, y'a eu des années de vache maigre. Mais 2012 s'annonce vraiment bien. Et peu importe, avec les papiers correctement notariés, les Le Pen seront tranquilles si le parti fait un jour faillite. Personne ne viendra toucher aux indemnités d'eurodéputé de Jean-Marie, ni aux salaires déjà versés.

Une majorité de gens diront que les Le Pen ont de vraies convictions. Moi, disons que je réserve mon jugement. Mais on peut dire que l'aventure du FN, depuis 40 ans, aura au moins donné à Marine et Jean-Marie un métier intéressant, et une jolie situation.

Source photo : wikipedia.


mercredi 1 février 2012

Family business

Pour le complexe militaro-industriel, et les politiciens qui couchent avec, la guerre est un superbe banquet. Ça ressemble à moi en vacances : "Allez on se lâche, ça n'arrive pas souvent et c'est pour la noble cause !"

Encore une histoire d'argent disparu pendant le conflit en Irak. Ce n'est pas du tout la première. Prenez le temps de descendre l'arbre généalogique des Bush, en commençant par l'arrière grand-père Samuel. Les allers-retours entre politique et business de l'armement y sont quelque peu perturbants, surtout qu'ils s'étendent sur quatre générations.

Ce qui m'énerve, ce n'est pas tellement que la guerre soit sale. Qu'elle serve à gaver les vautours. Qu'on invoque des motifs fallacieux pour satisfaire des ambitions géostratégiques. Qu'on doive affecter des fonds occultes à la corruption. À des opérations plus ou moins transparentes. Et que tout cela, pour des raisons évidentes de stratégie, soit entouré de secret. Qu'est-ce que vous pensiez ? Que la conquête d'un territoire par la force se faisait avec fair-play, et de manière cordiale ?

Source photo : wikipedia.


Ce qui m'énerve, c'est quand un politicien se sert de la guerre pour arroser ses potes avec des liasses de fric. Et qu'il invoque ensuite le secret-défense pour se faire une retraite tranquille. Corrompre un fonctionnaire ennemi, faire abattre un chef de l'autre camp, c'est la guerre. Mais donner à des sociétés privées amies des contrats faramineux pour fournir en services une armée jusqu'alors autosuffisante, ça m'énerve.

Une des prinicipale plainte des chefs militaires pendant le conflit irakien, c'est qu'on leur a imposé de faire affaires avec des sociétés privées pour s'approvisionner. Ce même si l'armée américaine sait fonctionner en mode autonome, et surtout gérer son approvisionnement à un coût trois fois moindre.

Un politicien qui profite d'un conflit pour arroser ses amis fait la guerre contre son propre pays. À mes yeux, c'est le type de cynisme qui prend son bain avec la trahison. Pendant la guerre en Irak, des G.I. cravatés ont pillé l'Amérique. Aucun d'eux n'a été tué ou blessé. Ils n'ont même pas été inquiétés.

Transport de soldats blessés, sur wikipedia.



Vive le froid

Les journalistes adorent le froid. Ça leur permet d'hiberner. Le froid, comme Noël ou tous les autres machins attendus, permettent de sortir du placard de vieux articles déjà publiés 27 fois. Par exemple, ce machin qui nous recommande de faire attention aux chauffages défecteux. On aurait pu l'écrire en 2009. Et on pourra le republier l'hiver prochain. C'est beaucoup moins compliqué que de se questionner sur la vampirisation des fonds de l'État.

mercredi 25 janvier 2012

Politique fiction

Contrairement aux couilles molles qui n'osent pas se prononcer, je lance mes prédictions pour la présidence française.

Scénario le plus probable :

Le Parti Socialiste se montrera un peu plus combatif, et fera peur avec "Le Pen au deuxième tour". Il tassera Mélenchon et arrivera à fédérer le vote de gauche. Mais le PS n'a pas réussi à se dégager un avance assez confortable, même si Sarkozy n'a toujours pas officiellement lancé sa campagne. L'écart entre l'UMP et le PS devrait se reserrer quand l'UMP commencera à lancer ses premiers vrais boulets. À l'interne, le PS sera incapable de présenter un front uni, comme d'habitude. (D'ailleurs, la campagne ne fait que commencer, mais Hollande a déjà dû réagir aux critiques de son propre porte-parole !) Au deuxième tour, c'est Hollande vs Sarkozy, ce dernier récupère les voix de Le Pen, et c'est rebelote.


J'ai aussi envisagé quelques scénarios suprises...

Surprise numéro 1 (envisageable) :

Telle n'est pas son habitude, mais le PS réussit à maintenir un front uni et trouve un vrai élan de campagne. De son côté, le temps de Sarkozy est monopolisé par les dossiers de la Zone Euro. Le Président tente de se porter en "sauveur de l'économie", mais le rôle ne séduit pas. Au deuxième tour, c'est le PS contre une UMP affaiblie. Les deux partis se partagent les voix du Front National : les vieux xénophobes votent pour Sarko, et les ouvriers reviennent à gauche, encouragés par les syndicats et un Mélenchon qui s'est rallié. Dans la dernière semaine, crise de confiance à l'UMP, ce qui empiète sur son score. Le PS maintient son avance et Hollande l'emporte.


Suprise numéro 2 (peu probable) :

Le PS cède gravement à sa manie des déchirements publics, et la gauche se morcelle. Le Pen et Sarkozy volent au second tour. Nicolas rides again.


Suprise numéro 3 (très peu probable) :

L'UMP continue son étrange campagne de l'absence. J'ai sous-estimé la rancoeur des Français à l'endroit de Sarkozy, et quelques mauvais sondages sèment la panique au sein du parti, ce qui fait gueuler les fortes têtes. Débâcle marketing pour l'UMP. Situation surréaliste avec Hollande et Le Pen au deuxième tour, avec évidemment Hollande comme gagnant.


Organigramme des institutions de la Cinquième République : wikipedia.


DERNIÈRE HEURE :

J'ai écrit ce billet la semaine dernière, avant la messe socialiste au Bourget. Depuis, les choses ont changé. Hollande a fait un tabac avec son discours du week-end, suscitant un regain de confiance dans le PS. De son côté, certaines rumeurs de couloir indiquent que l'actuel Président place maintenant la défaite dans le domaine des possibilités.

Au vu de ces dernières infos, je downgrade Sarkozy de "Scénario le plus probable" à "Suprise numéro 1". En contrepartie, Hollande est promu à la meilleure cote.

Mais le chef du PS reste sous observation. Sa campagne sera longue, et il est difficile de garder la foule enthousiaste pendant 3 mois. Donc il y a toujours un potentiel de revirement.


(Eh oui, je devrais envoyer mon CV à une agence de notation.)

jeudi 19 janvier 2012

I am a communist

Bon, ben à ma grande surprise, je suis communiste...

Dans une centaine de jours, la France se choisira un Président. Certains espèrent qu'il s'agira d'un nouveau Président. Tout ça pour dire que les campagnes sont lancées, et une horde d'ambitieux crient "moi ! moi ! moi !"

Je ne suis pas Français, alors je n'ai pas le droit de voter. Mais jusqu'à date, celui qui m'a le plus intéressé s'appelle Jean-Luc Mélenchon. On le trouve un peu brouillon, un peu gueulard. Certains diront qu'il manque cruellement de diplomatie. Et un peu démagogue, mais quel politicien ne l'est pas ? Peu importe, j'ai trouvé rafraîchissant de voir un politique foncer sans hésiter dans des dossiers économiques, sans crainte des chiffres, sans simplification. Il m'a paru informé. Et surtout convaincu.


Source photo : wikipedia.


Je suis comme tout le monde : j'en ai marre des politiciens qui ménagent la chèvre et le chou, à coup de phrases creuses, de formules timorées, et de poésie. Je ne veux pas de populisme. Je veux du technique. Du compliqué. De vrais projets, détaillés, avec tout ce que ça a de rébarbatif.

Bon, Mélenchon est très à gauche et à même traîné du côté des communistes... On s'entend que le "communisme" français n'a rien à voir avec version connotée péjorative en Amérique. C'est pas Staline et les goulags. C'est plutôt une sorte de socialisme concentré, moins diffus. Mélenchon souhaite notamment serrer la vis aux marchés financiers. Mais pas question de les étouffer. Juste les empêcher de déconner. Ça fait du bien, face à des banques qui pour le moment affichent bien peu de contrition, malgré le krach et la crise.

(En passant, si vous voulez comprendre pourquoi j'en ai marre de la finance actuelle, allez lire cet article sur les procès-verbaux de la Réserve fédérale américaine. Les documents ont été rendus publics récemment. En 2006, ces experts se moquaient de la bulle immobilière et n'y voyaient pas grande menace. Ce sont les mêmes copains qui aujourd'hui décotent la France, font pression sur la zone Euro, et forcent les dirigeants à enterrer tout autre dossier que l'économie !)

Mais revenons à nos moutons...

Du côté de la gauche traditionnelle, le poétique Parti Socialiste, on semble encore vouloir faire rêver. Mais sans trop de combativité. François Hollande se présente comme "le candidat de l'espérance lucide"...

Mais qu'est-ce que ça veut dire, ce baratin ? Qu'est-ce que j'en ai à faire de "l'espérance lucide" ? Pourquoi pas "la jouissance placide" ? Ou "l'avenir sapide" ? Trouvez pas que ça fait seventies, ce genre d'approche ? Quarante ans de discours flower power. Au début, c'est agréable. Mais là, ça commence à goûter comme la choucroute de la veille.


Source photo : wikipedia.


Faut dire que contrairement au Parti Socialiste, Mélenchon a peu de chance de faire le deuxième tour. Alors il peut se permettre de foncer dans le tas, sans ménager personne. S'il veut conserver son option sur le pouvoir, Hollande n'a pas assez de marge pour commencer à se faire des ennemis.

À droite, Marine Le Pen emploie aussi la tactique de la parole ferme, avec un certain succès. La droite, avec ses discours de peur et son projet qui sent la xénophobie, ça ne m'intéresse pas vraiment. Mais y'en a beaucoup à qui ça plaît d'entendre cet autre "poing sur la table".


Source photo : wikipedia.


En fait, la campagne la plus étrange, c'est celle du Président, Monsieur Sarkozy. C'est une technique inédite, celle du "fantôme". À 100 jours des élections, on nous annonce que le Chef devrait nous parler vers la fin du mois. Il n'a pas encore présenté officiellement sa candidature. Il se tient loin des débats. Lui qui en temps normal monopolise l'antenne au point de nous rendre nauséeux, le voilà quasi absent des bulletins de nouvelles. Au mieux, on nous le montre en déplacement, dans les reportages qui touchent à l'économie : images de Sarko qui monte dans l'avion, qui descend d'une limousine, qui arpente une usine, qui serre la main de Merkel... De temps en temps, une petite citation allusive, un peu vague, du genre "l'heure n'est pas à la partisanerie primaire".

Je ne connais pas encore cette technique de "la présence par l'absence". Ça doit être une nouvelle mode en Public Relations. Arcane de marketing. On verra bien ce que ça donnera... Faut dire qu'il y a un certain effet : les autres candidats sont là, à manger des petits-fours sans pouvoir entamer le gigot. Mais pour le moment, je n'arrive pas à voir si ce vide joue en faveur du Président.

Reste la dizaine d'autres petits candidats, qui grapillent 1 ou 2 pour cent des voix. Dans le lot, je choisirais De Villepin. Pour sa belle nostalgie, et son bon goût décoratif. En plus, un vote pour De Villepin, c'est un truc rare. Comme disent les Français, c'est un vote "collector".


Source photo : wikipedia.


lundi 19 décembre 2011

L'avenir n'est pas beau

Un leader charismatique reçoit le pouvoir de bon gré ; on pense à Obama. Mais les leaders laids doivent régner par la peur. À l'annonce de la mort de Kim Jong-Il, on peut se questionner sur l'avenir de la Corée du Nord.



Un manière de le faire est de lancer une recherche sur Kim Jong-Un dans Google Photo. Les résultats laissent à penser que le fils héritier n'a rien d'un playboy. (Voir l'extrait d'une capture d'écran ci-haut.) Et cet article de La Presse rapporte les propos de ses anciens camarades de classe. Le jeune homme a été décrit comme "timide", "peu à l'aise avec les filles", mais "féroce et compétent" sur un terrain de basket.

Timide. Peu à l'aise avec les filles. Féroce... Si je joue aux associations d'idées, les mots qui me viennent sont, dans l'ordre : "paranoïa", "frustration", "terreur". Ce n'est pas le genre de mots qu'on entend lorsqu'on parle de leadership souple et consensuel.

Mais bon, je suis nul en analyse politique, en psychologie, ou même en économie. Quand je prédis un truc, le contraire arrive. Alors c'est peut-être bon signe.

mardi 13 décembre 2011

L'horizon, c'est derrière

C'est encore une fois avec plaisir et fierté que je piétine un grand fantasme français : "le Canada, terre de nature sauvage et d'espaces vierge". Tous les grands journaux vous l'auront annoncé, le Canada lâche le protocole de Kyoto.


Source photo : wikipedia.


Pour ceux qui ne le savaient pas, le Canada est maintenant une filiale du Texas. Et il est gouverné par un libéral (définition économique) revanchard, à la solde des pétrolières, et pas trop ému par les considérations culturelles ou environnementales. En fait, le chef de l'État redéfinit la notion de "conservateur", parce qu'au lieu de "conserver", c'est-à-dire "faire du surplace", il va jusqu'à reculer.

Pour mesurer le niveau d'efficacité de l'actuel gouvernement en matière de conduite à reculons, il suffit de constater ceci : même la Chine se permet de nous faire la morale. Wow... pour unir la Chine et Greepeace derrière une même revendication, faut vraiment être champion en matière de position détestable.

Bon, opportuniste que je suis, je vais rejoindre la tendance en proposant ces quelques projets :
  • Saisir une occasion d'affaire en soulageant le Japon de certaines matières.
  • Rétablir la peine de mort.
  • Offrir asile et immunité à tout dictateur déchu.
  • Autoriser le blanchiment d'argent sur le territoire de la Nouvelle-Écosse.
  • Taxer la pauvreté.
  • Privatiser la santé.
  • Interdire les théatres (ça avait bien marché, sous Cromwell).
  • Rétablissement du tribunal de l'Inquisition, mais sous une forme protestante.
  • Élimination des catholiques romains.
  • Promotion du féodalisme.
  • Diminution de l'espérance de vie, ce qui allégera la pression sur les caisses de retraite.
  • Recours à la justice de la rue (lapidation autorisée).
  • Retour de la monarchie absolue.
  • Ajout de vert sur le drapeau (en partie pour faire référence à l'Iran, mais surtout pour continuer à faire croire aux Français que le Canada est un pays propre).

Y'a pas que Poutine qui me fasse peur...


Source photo : wikipedia.


mercredi 7 décembre 2011

S&P tuera Sarkozy ?

Selon ce que rapportent quelques médias, Nicolas Sarkozy aurait déclaré "Si on perd le triple A, je suis mort". Ça ne va pas bien pour le Président, parce que les S&P et Moody's de ce monde continuent à faire pression sur la France et l'Europe.

Tout ceci me laisse perplexe. J'aimerais bien croire en l'objectivité des agences de notation. Mais quelque chose me dit qu'elles ne sont que le bras droit d'un autre truc. Leurs annonces sur le triple AAA de la France sont tellement fréquentes, tellement orchestrées. Elles tombent toujours à un moment "opportun". Un groupe de financiers spéculateurs ? L'arme d'une guerre des changes ? Un des rouages servant à contrôler la force de l'Euro ?

Source photo : wikipedia.

Conspiration à part, moi je ne souhaite pas que le Président se fasse seppuku pour une histoire de chiffres et de lettres. Qu'on l'aime ou non, Monsieur Sarkozy gouverne un État. C'est un boulot qui demande du courage, des convictions, de la vision, de la combativité, du flair, et un paquet d'autres talents rares. Ce rôle est réservé aux champions de la discipline politique. Et comme tout les champions, les chefs d'États sont à mes yeux des êtres fascinants, intéressants, et chargés d'expérience. Je ne me lasse jamais de Giscard, lorsqu'il passe à la télé. Alors je souhaite santé et longue vie à monsieur Sarkozy. Même si S&P devait quelque peu bousculer son plan de carrière.


Faire le ménage en France

À chaque élection, un tas de politiciens promettent de plus ou moins "faire le ménage". Mais bien peu d'entre eux livrent la marchandise. Alors toute ma gratitude va au maire de Paris, monsieur Bertrand Delanoë, qui en appuyant le projet Autolib' contribue à l'assainissement de la voie publique. Dès son premier jour, le service a expulsé de la circulation un de ces sales piétons qui ne regardent pas où ils vont et qui traversent quand c'est pas leur tour. C'est un pas dans la bonne direction.


Allemagne maudite

Alors que l'Allemagne fait de son mieux pour garder l'euro en vie, on commence à casser du sucre sur son dos. C'est classique, le salaire de la charité est l'injure. Le problème avec la charité, c'est que le bon geste a la fâcheuse habitude de ramener le désoeuvré à sa condition. Et personne n'aime à se rappeler qu'il patauge dans le caca.

L'Allemagne, dévastée deux fois en 100 ans, reste encore aujourd'hui la locomotive du continent. Il y a quelque chose d'admirable dans cette capacité du peuple allemand à retrousser ses manches. Berlin devrait lâcher l'affaire et laisser les flemmards à leur sort.


Additifs dans le lait

Tiens, le Japon offre une nouvelle boisson à base de lait et au bon goût de radioactivité. Fallait s'y attendre. Ce qui m'inquiète, c'est que c'est un produit Meiji. On ne parle pas d'une petite entreprise locale. On parle de Meiji Holdings, un géant de l'alimentaire qui fait du fromage, des glaces, des pizzas, des boissons sportives, etc. Et le lait en poudre, c'est pas comme les salsifis; y'en a partout dans l'industrie. Les sauces, les préparations pour pâtes, les bonbons... En plus, les Japonais sont de très grand fans de café au lait en cannette, et de boissons à base de lait comme le Calpis. Souhaitons que ce problème trouve sa solution.

lundi 5 décembre 2011

Le barbu et le néonazi

À l'approche d'élections en France, on nous sort les boutades sur "l'étranger". On nous fait peur avec une "montée de l'extrême-droite". On s'inquiète d'une tendance possible vers l'islam radical au Maghreb. En gros, on nous ressort les épouvantails habituels.

À force d'être répétées, les légendes sont souvent promues au rang de faits avérés dans la conscience populaire. Je vous conseille la lecture du texte Choisir ses peurs, de Mario Roy, éditorialiste au quotidien montréalais La Presse. Ça éclaire.

Ces chiffres en tête, on peut ensuite écouter les divers messages politiques relayés par les grands médias français. On le verra rapidement, certains politiciens basent leur campagne sur des bobards. Ceci dénote deux possibilités : ou bien ces politiciens sont mal informés, ou bien ils estiment le peuple assez idiot pour tout gober. Probablement un peu des deux.

Y'a-t-il assez de sièges à l'Assemblée Nationale pour y tolérer les ignares, ou ceux qui méprisent le peuple ?


Et un moustachu, en plus

L'Italie ne va pas trop bien, mais les marchés ont été rassurés par la formation d'un nouveau gouvernement et l'adoption de mesures d'austérité. Moi aussi, j'aimerais bien "positiver", affirmer que les nouveaux chefs seront moins brouillons que les anciens. Mais un petit doute s'est installé dans mon coeur, surtout depuis qu'un Canadien a été nommé secrétaire d'État à l'Agriculture... par erreur. À tout le moins, Francesco Braga a une bouille sympathique.

Graphique qui représente la répartition des sièges
à la Chambre des députés italienne.
Source photo : wikipedia.


vendredi 2 décembre 2011

Mon remède à la crise

Le Figaro nous apprend qu'un fonctionnaire trop honnête risque la prison à vie parce qu'il a refusé de trafiquer les données sur la dette de la Grèce. En somme, on l'accuse d'avoir précipité la crise en présentant les données réelles, au lieu d'une fiction plus optimiste.

Plus je regarde les nouvelles, plus j'ai l'impression que le monde économique se comporte comme un fumeur de crack en proie à un délire schizoïde...

Si la Grèce a maquillé ses chiffres, il est possible que d'autres État l'aient fait aussi. Et des banques. Et des grosses sociétés... Qui est propre, et qui est sale ? Qu'est-ce qui est réel ? Ça ressemble au dopage dans le sport ; les chiffres du chrono ne servent plus à rien. Il ne permettent plus de déterminer qui est le meilleur athlète. Il y a toujours un doute. Déjà que certaines banques prêteuses sont incapables de mesurer leur avoir et leurs dettes avec précision, imaginez pour un État.

Dans ce contexte, on peut se demander, la crise existe-t-elle ? Si, du fait de données maquillées, nous n'avons plus de contact avec la réalité, comment affirmer avec certitude que c'est la crise ? Il semble courant de trafiquer les courbes sur lesquelles s'appuieront d'autre courbes, elles aussi trafiquées, tout ça pour rosir le portrait. Pourquoi ne pas appliquer ces techniques comptables à toute la crise ?

On n'a qu'à dire qu'il n'y a pas de crise, et puis c'est réglé...

Bon, en attendant qu'on me donne mon prix Nobel d'économie, voici un petit tour d'horizon :


Y'a pas que le saucisson

Les gourmets seront heureux d'apprendre que deux tiers des foies gras d'oie français, ce délice si cher aux défenseurs du terroir, provienent en fait de la Hongrie. Bon, avant de monter aux barricades, faut se rappeler que y'a beaucoup moins de centrales nucléaires en Hongrie qu'en France. Donc sur le long terme, c'est peut-être mieux comme ça...

Source photo : wikipedia.


Fatigué du fromage

Je suis blasé du fromage. J'ai essayé les bactéries les plus étranges, les plus vivaces, de la flore fromagère française. J'aurais une petite envie d'exotisme. Ça tombe bien, car la Chine vient d'autoriser les pâtes à faible dose de staphylocoques dorés. Mais seulement de faibles doses ! Il faut quand même prendre son temps pour habituer les gens. Car comme nous le détaille wikipedia, un staphylocoque doré, ça peut être assez coriace quand on n'est pas habitué.


À la bonne franquette

Sérieusement, si vous avez le goût du risque, la Chine est une destination merveilleuse. Des avions de ligne (occidentaux) réparés à la sauvette, aux critères d'embauche douteux, en passant par la créativité de l'industrie alimentaire, l'Empire du milieu promet une vie pleine de rebondissements.


Et en dessert

Pour ceux qui ont eu la patience de me suivre jusqu'ici, je recommande absolument la lecture de ce splendide papier du Nouvel Obs. On nous explique pourquoi les démagogues sont invincibles. Et donc, pourquoi nous sommes condamnés à être gouvernés par eux. Vous savez, ceux qui nous disaient : "gêner la croissance serait catastrophique". Et qui maintenant nous disent : "toutes les données le confirment, nous sommes au bord de l'abîme".


jeudi 20 octobre 2011

Ce mec me fait peur

(Photo : wikipedia)


Vladimir Poutine. Ce mec me fait peur. Récemment, au cours d'une plongée sur un site de recherche archéologique, le Rambo slave a "découvert" deux amphores vieilles de 1500 ans. Finalement, cette petite nouvelle nous apprend que tout ça n'était qu'une mise en scène destinée à promouvoir l'image du premier ministre / futur-re-président / monarque russe .

La Russie figure parmi les puissances mondiales. Elle siège au Conseil de sécrurité de l'Onu. Elle fait le pont entre l'Asie et l'Occident. Elle est dotée d'un arsenal nucléaire gigantesque. Sa position stratégique fait d'elle un des piliers de l'ordre (ou du désordre mondial).

Si j'était chef de la Russie, il me semble que j'aurais d'autres préoccupations que la promotion de ma mégalomanie. En plus, Poutine me fait peur, car ses choix marketing sont des démonstrations de virilité primaire, des trucs de cow-boys et d'indiens, des machins G.I. Joe.

J'espère qu'il ne s'agit pas de ses vrais fantasmes. Pendant les tournages de son autopromotion, j'espère qu'il confie à son entourage : "Je gouverne une bande de tarés à qui il faut parler comme à des gamins de 9 ans. J'en ai un peu marre de ces galipettes." Ça serait cynique, mais ça me rassurerait.

mardi 18 octobre 2011

I love Iran



Plutôt cynique, cette nouvelle à propos de l'actrice iranienne Marzieh Vafamehr. Elle été condamnée à 90 coups de fouets et une année de prison. Ça, c'est si elle survit aux coups de fouet. La raison de cette condamnation : elle a joué dans un film abordant les difficultés faites aux artistes en Iran.

On appelle ça une preuve par l'absurde...

Il est important ici de faire la différence entre "Iran" et "régime rétrograde et violent dirigé par des fondamentalistes religieux complètement cinglés". L'un peut exister sans l'autre.

La liberté d'expression, la liberté de critiquer, sont des droits précieux à mes yeux. Des droits que je défendrais jusque par les armes, si j'y étais poussé. Les iraniens ont perdu ces droits en 1979. Veillons à ce qu'ils ne s'érodent pas dans nos sociétés. Aidons les Iraniens, chacun à sa manière.

J'aurais bien aimé visiter l'Iran, un jour. Il paraît que c'est très beau. Une histoire riche, qui remonte à l'Antiquité. Une tradition culinaire qui fait la jointure entre l'Asie et le Moyen-Orient. En écrivant ceci, faut croire que j'ai mis mon projet de voyage à risque.

mardi 4 octobre 2011

Tour d'horizon

Petit tour d'horizon des tendances de l'humanité (c'est-à-dire l'Occident) et des nouvelles importantes, soit celles qui feront l'histoire.

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Le titre prestigieux d'ennemi public numéro 1 de l'univers a par le passé été détenu successivement par les communistes, les arabes, et la grippe aviaire. Depuis quelques années, ce sont les fumeurs qui trônent en haut du palmarès. Mais ils ont de nouveaux compétiteurs : les gros. Le Danemark vient de taxer le gras dans l'alimentation. Du côté de la France, de nouvelles règles limitent l'utilisation du sel et du ketchup dans les cantines scolaires.

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Nouvelle intéressante qui nous provient...
Clic, clic, scroll, clic...
Le Figaro.. euh... donc je disais, que le cerveau... Excusez-moi, une petite minute...
Merde, pourquoi il m'écrit, lui...
Ouais, donc les smartphones et le cerveau...
Ah, trop cool ce lien vers "bourrelets-de-star.com"...
Bon, alors c'est pas bon... Les smartphones... Les smartphones et le cerveau. C'est pas bon. Capiche ?

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Bonne nouvelle, les femmes font moins faillite que les hommes. Autrement dit, les femmes font preuve de retenue quand il s'agit de leur propre fric. J'en déduis qu'elles sont sujettes au mimétisme : quand elles ont en main le fric d'un mec, elles imitent le mec et achètent un maximum de conneries futiles. Si les femmes étaient intelligentes, elles apprendraient aux mecs à faire des économies, au lieu de les encourager dans la consommation imbécile.

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Ceux d'entre vous qui souhaitent être observés peuvent aller du côté du Canada. On y travaille à un nouveau projet de loi sur la criminalité qui cache dans ses subtilités de magnifiques outils d'espionnage du citoyen. Ce projet de loi sera adopté sans opposition, car le gouvernement Harper a bien pris soin de feinter les médias avec une ridicule polémique : le droit inaliénable de dresser un drapeau canadien devant sa maison. C'est pas des blagues, et ça marche !

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Si ce type de surveillance vous semble trop discrète, vous pouvez donner votre corps à la science. Des scientifiques libidineux et fatigués de perdre leur temps avec des choses moins importantes, comme le cancer, ont choisi d'étudier les rouages du plaisir féminin. C'est vrai que s'il y avait plus de plaisir féminin, y'aurait peut-être moins de cancer... Quoique, d'un autre côté, la recherche du plaisir féminin mène souvent l'homme à claquer tout son fric (voir plus haut). Peu importe ce qu'on en pense, cette avancée scientifique apporte espoir à des milliers de mâles français.

Source photo : wikipedia.


mardi 3 mai 2011

Le Bloc est mort, vive ma migraine !

(À mes lecteurs Français : désolé, cette fois-ci je parle aux Québécois. Mais vous pouvez lire si ça vous intéresse.)

Depuis lundi soir, le Bloc Québécois se retrouve avec seulement quatre sièges à Ottawa. Les médias parlent de débâcle pour cet absurde parti. Moi je parlerais plutôt de grande victoire pour les séparatistes. Le Bloc est peut-être mort au combat, mais il a accompli sa mission-suicide.

Cette mission, je vous en parlais dans un autre billet, il y a environ 18 mois. Relisez les quatre derniers paragraphes.

En 20 ans d'existence, le Bloc a réussi à cantonner dans l'opposition, donc loin du pouvoir, la deuxième province canadienne. Les résultats de l'élection de lundi sont de loin les plus catastrophiques que le Québec ait connus. Seulement 6 sièges au gouvernement, pour une province qui compte le quart de la population canadienne. Par comparaison, le Nouveau-Brunswick (2,5% de la population) a obtenu 8 sièges. Et la Saskatchewan (4% de la population) aura 13 sièges. Je parle ici de sièges à la majorité, là où les projets sont élaborés, où les décisions sont prises, et où sont attribués les budgets. Là où les voix comptent.

Si certains d'entre vous rêvaient de meilleurs jours au Québec, faudra attendre. Maintenant qu'il a sa majorité, le P.M. Harper n'aura plus besoin de chercher à séduire l'électorat québécois. Même qu'il risque de vouloir déplacer le pouvoir, l'influence, et l'argent à l'ouest du pays, là où il a sa base. À tout le moins vers Toronto. Le Québec a voulu se cantonner dans la marginalité ; il aura ce qu'il souhaitait.



Bravo au Bloc pour sa patience au long de sa lente et fastidieuse mission d'érosion. Sa naissance comme parti, en 1991, a contribué à achever le Parti Conservateur. Je parle du Parti Conservateur de l'époque, le parti pan-canadien où le Québec était fortement représenté. N'oubliez pas que la formation portée au pouvoir lundi est en réalité le Reform Party de Preston Manning, qui a simplement racheté la marque conservatrice après sa faillite, question de se draper d'un logo mieux accepté (après un brève transition sous l'appellation "Alliance Canadienne").

Le Bloc s'est ensuite attaqué au Parti Libéral, autre institution où le Québec avait une voix forte et pertinente. Comme tout parti après quelques mandats, les Libéraux ont été coulés en bonne partie par leurs propres scandales. Mais ils ont grandement été aidés dans leur affaiblissement par le Bloc. Les Libéraux avaient deux pilliers : le Québec et L'Ontario. Le Bloc en a scié un pendant 15 ans.

En gros, en 20 ans, le Bloc a dépouillé le Québec de ses accès au pouvoir canadien. Mais il n'a proposé aucune solution de rechange. Dans le vide créé par l'effondrement des deux grands partis traditionnels, le Parti Conservateur (version nouvelle mouture du Reform) s'est installé. Et Dieu sait que le Québec n'est pas aimé dans le PC de Harper.

Ce lundi, au lieu de redonner un peu de vigueur aux Libéraux, le Québec à préféré une amourette avec le NPD, une formation marginale qui n'a aucune base dans la province, et qui n'a aucune connaissance du pouvoir. Il n'était pas question de voter pour Harper, et la haine des Libéraux entretenue par le Bloc est encore vive.

Résultat final : le Québec est complètement à la marge pour les quatre prochaines années.



Isolement politique, privation de pouvoir, stagnation économique. Les ingrédients des fameuses "conditions gagnantes" sont réunis. Encore mieux si le pouvoir est aux mains d'un groupe qui reconnaît plus ou moins la particularité culturelle du Québec. Les séparatistes ont tout en main pour faire monter la grogne. Parce que les sécessions, les séparations, vous croyez qu'elles sont bâties sur un sentiment de bonheur collectif ? Quand on vous a parlé de conditions gagnantes, aurait-on oublié de vous dire que la plus gagnante sera votre frustration ?

Belle coïncidence, des élections provinciales au Québec devraient survenir d'ici 12 à 18 mois. Le gouvernement Charest aura fait son temps. Seule solution de remplacement : le Parti Québécois. Et Duceppe qui se cherche un nouveau boulot...

Quoi qu'il fasse, j'ai le sentiment que Harper risque de passer à l'histoire. Si, malgré le rejet à son endroit, il ne néglige pas le Québec, il pourrait devenir ce remède de cheval qui aura soigné la province de son ver solitaire séparatiste. Mal nécessaire. Et pendant ses quatre années de purgatoire (ou de purgatif), le Québec verra peut-être la naissance d'une nouvelle force de centre-gauche, une fusion des Libéraux et du NPD, où il serait plus raisonnablement représenté. Mais si Harper se montre revanchard, les séparatistes pourraient bientôt avoir leur orgasme collectif. Un orgasme pour lequel le Québec aura servi de poupée gonflable.

dimanche 1 mai 2011

Galaxie politique

Il y a quelques mois, dans un billet intitulé Avec des amis comme ça, je comparais les partis politiques canadiens et français. J'avais utilisé cette image :

[...] si le parti politique canadien est une sorte de noyau atomique à forte gravité, son homologue français devra plutôt être vu comme un amas moléculaire à l'équilibre fragile, constamment soumis à la tentation opportuniste.

Joie dans mon coeur, l'Express a publié récemment une cartographie des partis français. Le magazine parle plutôt de "nébuleuse". Mais bon, qu'elle soit micro ou macro, la métaphore tient la route. Constatez-le par vous-mêmes :


Capture d'écran de l'Atlas de l'Express

Je vous invite à aller voir ce fascinant outil. Vous y trouverez des groupements aux noms savoureux, comme :
  • le Parti communiste réunionnais
  • Dessinons l'avenir avec Alain Girard
  • Savoie pour tous
  • Front de libération de Polynésie
  • L'union des non inscrits (il y a aussi Le groupe des non inscrits... mais je crois que les deux formations ne se parlent pas.)
  • L'association des objecteurs de croissance

Après, on se demandera pourquoi il est impossible d'obtenir un consensus sur quoi que ce soit en France...

mercredi 5 janvier 2011

Avec des amis comme ça

Pour qui s'intéresse à la politique, c'est-à-dire « la science relative à la gouverne d'un État » (ou la science de se faire des couilles en or en invoquant la raison d'État), la France offre un spectacle fascinant.

En Amérique, nous sommes habitués à un style britannique : les partis tentent de présenter un front uni. Certes, chaque formation possède ses ambitieux qui se livrent des batailles sanguinaires. Mais tout cela reste généralement bien caché derrière les sourires crispés et les discours lénifiants de bon aloi. Tout au plus verra-t-on, à l'occasion, un regard assassin, ou un peu d'ironie bien accidentelle.

Mais la France est une démocratie à la proportionnelle. Elle est gouvernée par une coalition d'organisations mouvantes et malhabilement soudées derrière un sigle : UMP, PS, etc. Il devient donc intéressant pour l'ambitieux de fonder son petit truc avec un nom vaseux, disons la COCU (Coalition Organisée de la Charente Unie), et d'attendre la meilleure offre d'un des ténors.

Donc, si le parti politique canadien est une sorte de noyau atomique à forte gravité, son homologue français devra plutôt être vu comme un amas moléculaire à l'équilibre fragile, constamment soumis à la tentation opportuniste.

La politique française prend ainsi des allures de Feydeau où se succèdent claquements de portes, mariages de raison, et dénonciations dans la presse. Tout politicien français se trimballe au moins dix couteaux : cinq dans la poche et cinq dans le dos.


Source photo : wikipedia.


Par souci de clarté et d'honnêteté, mais surtout pour notre plus grand plaisir, trahisons et assassinats politiques se déroulent en public. Peu importe qu'il s'agisse d'un héritage de la révolution (coupe-coupe-coupe), ou du respect d'une vieille tradition romaine (du pain et des jeux), le bon peuple français peut compter sur une dose quasi hebdomadaire de déchirements et de rebuffades.

Petit échantillon d'avant Noël :


(Parlant de Ségo, cet article du Monde qui résume sa dernière année politique. Tout simplement délicieux, à lire absolument.)

Un des éléments les plus savoureux de la politique française, c'est sa langue de bois d'une élégance et d'un raffinement sans pareil. Le monde est petit, et le politicien qui veut durer le sait bien. Dans la guerre au positionnement, les amis sont les ennemis de demain, mais aussi les frères d'après-demain. Il faut donc maîtriser l'art subtil de fermer une porte tout en la laissant entrouverte.

Ici, chaque déclaration politique recèle de trésors dignes de figurer à l'anthologie de la phrase creuse. On reniera un « pacte » pour parler plutôt « d'une alliance fraternelle ». On dira qu'une « autre France est possible ». On se présentera comme un « allié loyal mais indépendant ». On évoquera les « valeurs d'un humanisme social et libéral ». Et quand on a du talent, on saura, tel un barman des mots, concocter pour le premier micro qui passe une délectable et pétillante déclaration passe-partout : « La gravité de la crise sociale, morale, économique, le recul de l’impartialité de l’Etat et de la séparation des pouvoirs, l’explosion des déficits, la montée de la misère, le recul de toutes les sécurités, tout cela exige des réformes difficiles et donc une majorité large capable de réaliser un programme crédible, porteur de confiance, de justice et d’espérance. » (Quel talent ! Qu'on la prononce à Tokyo, en Bolivie, ou lors du Congrès des comptables agréés du Missouri, cette phrase garde toute sa pertinence, peu importe le moment de l'année. Et on pourra la réutiliser au moins jusqu'en 2047 !)

Le seul petit problème, dans tout ça, c'est les médias. Ah, les méchants médias, ces paresseux : au lieu de se consacrer au vrai travail des politiciens français, ils ne font que s'attarder sur les guerres intestines. Constamment, ils supputent les manoeuvres de tous et chacun, comme dans ce genre de papier. Il suffit de regarder la page politique du Monde : la majorité des textes, au lieu de s'orienter sur l'action concrète, s'occupent plutôt de faire résonner les malhonnêtes rumeurs de tactiques carriéristes. La colère de l'un, la fidélité de l'autre, la stratégie d'un troisième. Ce sont les médias qui font de la politique française une sorte de concours de beauté. Un étatique Secret Story (Loft Story au Québec). S'ils se consacraient aux réalisations tangibles des politiciens français, le bon peuple pourrait enfin dormir tranquille. Comateusement tranquille.

jeudi 10 juin 2010

Laisser le souverainiste parler



Dans un billet récent, je parlais de mon impression de stagnation à Montréal. N'en fallait pas plus pour stimuler un ami, que je prénommerai Michel. Parce que je veux reprendre ses propos ici, mais sans risquer de lui causer quelque tort là-bas. S'il veut se faire ennemis, il s'en fera lui même. Et c'est assez facile lorsqu'on chatouille certains tabous montréalo-centristes (à contresens du « centre du monde »).

Michel est un homme médiatique, il nage dans le culturel montréalais, et depuis longtemps. Nous ne partageons pas toujours les mêmes visions politiques. Mais sa correspondance m'a plu, parce qu'elle est dense et jouit d'un recul que je n'ai pas. Si pour ma part j'évoque des impressions, lui recense ce qui s'approche des faits. Je laisse son propos épistolaire vous parler :

J’ai été content de voir que tu reprenais ton bloque. Et surtout, avec un sujet qui moi, me passionne : la vertigineuse inertie de Montréal. C’est déjà préoccupant, mais s’y ajoute une couche de déni et de rationalisation à rendre fou. Toi qui ne nages pas dans le petit univers de la culture locale, j’admire ta perspicacité à repérer la fétichisation de la culture  – qui devrait nous servir encore un an ou deux.  
 
Voici deux ou trois réflexions si ça t’intéresse. (Finalement, c’est plus long que prévu, mais une fois parti, je suis intarissable.)

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À ce piétinement municipal, il me semble y avoir un élément dont on ne parle pas parce que tabou : le fait que nous ne soyons pas une ville de 3 millions, mais deux villes de 1.5 millions. Tu comprends l’idée ? Fais une somme des points de convergence de ces deux communautés linguistiques, et tu vas voir que ça fait pas une grosse synergie. Il y a quelque chose de symptômatique à voir un eunuque comme Gérald Tremblay élu deux fois comme candidat de compromis.
 
On dirait que dans le monde des affaires, la piastre ne suffit pas à rallier les 2 communautés. Ou peut-être justement, n’y a-t-il plus d’argent à Montréal ? Peut-être l’argent n’est-il pas, même ailleurs, le vrai moteur du développement ? Se peut-il même que l’argent montréalais travaille contre Montréal ? C’est quoi, le développement organique d’une ville au 21e siècle ? Ché pas, mais c’est sûrement pas de consacrer des millions à l’hypertrophie de la culture et du tourisme. 
 
Pourtant Montréal a longtemps prospéré avec sa double composition, non ?  Eh bien non ! Montréal prospérait tant qu’il n’y avait que les Anglos pour la runner. Pas parce qu’ils étaient Anglais-donc-compétents, mais parce qu’ils avaient, outre le capital, la cohésion sociale. Les Drapeau et cie vivaient au diapason de cette élite et profitaient de la richesse de la ville créée par elle.

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Ironiquement, les Francophones ont « pris leur place à Montréal » au fur et à mesure que l’élite financière anglophone quittait pour suivre naturellement le flot vers l’Ouest, Toronto. (Avec un peu d’aide des séparatistes-marxistes, d’accord.) Je le souligne, il y a eu la révolution Tranquille et tout, mais les francophones ont aussi joui de l’espace libéré par les Anglos. Dans ce contexte, l’Expo 67, full bilingue par ses grands artisans, a été le point d’équilibre idéal de collaboration.
 
L’Expo était aussi le chant du cygne de Montréal dont le déclin était inscrit dans les faits entre autres via la Voie Maritime. À moins de prendre les Olympiques déficitaires comme chant du cygne ? Choisissez votre symbole…
 
De plus en plus en contrôle, mais de seulement la partie symbolique de Montréal, les francophones se sont mis à privilégier la culture. Parfois avec raison : il y avait une vitalité dont il fallait profiter au max, à défaut d’avoir l’argent de Toronto. Et puisqu’on ne pouvait plus être grand-chose à l’échelle nationale, pourquoi ne pas se donner des prétentions internationales ?  Privé de la Bourse locale, Jean Doré s’est mis à parler de plaque tournante financière, etc.
 
Le résultats du 2e référendum, sidérants pour les Anglo-Montréalais, ont scellé la méfiance de ceux-ci. Eux qui avaient fait tant d’efforts bilingues depuis 20 ans, se sont renfrognés et leur méfiance des « Quebecwois » s’est accrue. Pas de quoi favoriser la collaboration pour les projets sont développés par the French. Le quartier des spectacles ne les excite donc pas beaucoup – avec raison hélas. La saga des fusion-défusions me paraît avoir consacré ces espaces de solitude.
   
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Nous voilà dans une situation assez désespérante, dont personne ne fait d’analyse sérieuse. On regarde Bilbao et on écoute Richard Florida à Toronto ! M’est avis qu’il y a des tabous qui vont nous enterrer. Et des gens réputés dynamiques qui ne contribuent rien. Marcel Côté de Secor suggérait à son petit sommet printannier que les francophones devraient mettre la pédale douce à leurs revendications linguistiques et travailler à la richesse de Montréal. OK, mais des gens d’affaires de Montréal qui ne réussissent pas à s’organiser et blâment le vilain PQ pour notre déconfiture, ça me paraît assez suspect. Un aveu en fait, comme quoi eux-mêmes, n’ont pas de solution à un problème STRUCTUREL.
 
D’oû doit venir la cohésion, l’élan, qui relanceraient Montréal ? Les médias sont un peu coupables de reprendre le discours de « wishful thinking » sans questionner, mais bon… Mais qui peut poser les questions, faire des propositions ?  Notre horizon se réduit tellement qu’on n’ose rien bousculer de peur que tout foute le camp. Ironiquement, même le PQ n’ose pas croire que son projet d’indépendance serait bien pour Montréal. Alors pourtant que l’urbaniste Jane Jacobs avait sérieusement suggéré dans son fameux (?) The Question of Separation que « la » solution pour Montréal était de devenir la métropole d’un petit pays séparé plutôt que d’être la 3e ville d’un grand pays. L’ironie : c’est pour sauver Montréal qu’elle voulait que tout le Québec se sépare !
 
Tout souverainiste que je sois, je ne tiens même pas que ce soit là « la » solution au problème de Montréal. Faudrait-il au contraire redevenir encore plus bilingue ? Parlons-en. Il y a trop de tabous dans la non-discussion en cours.


Source photo : wikipedia.


J'ai continué la dicussion avec Michel :

Sur facebook, à travers les amis montréalais, je vois passer un tas de petites iniatives intéressantes. Un petit groupe pour ci, une association pour ça, des blogueurs qui organisent une rencontre. Des photographes, des artistes sans le sou qui persistent, des clubbers, des pro-vélo, etc. Selon moi, ces gens sont le dernier poul de Montréal. Il font que cette ville respire et devient formidable dès qu'on va au delà du guide touristique. Il y a encore une énergie vitale. Mais ces initiatives sont celles de ghettos; elle ne sont pas vouées à dépasser le groupe des intéressés. Elles ne pourront jamais servir de phare. Y'a comme une structure ronflante, au dessus, qui les empêche de croître, qui bloque le renouveau.

Dare-dare, Michel relance, un tout p'tit peu ironique et amer (selon moi) :

Au sujet de ces petites initiatives que tu perçois, ce fragile coeur qui bat de Montréal, jamais portées par une vague de fond, toujours au bord de l’effondrement. Pourquoi ?
 
Eh bien, parce que Montréal (et le Québec ?) n’en a plus besoin : nous nous sommes développés un très bon petit système culturel et n’avons plus besoin de rien, merci. Nous contrôlons l’input. Nous avons nos Audiogram, nos gros festivals, nos théâtres qu’on aime tant depuis si longtemps. Ils sont fiables et sérieux. Toutes les initiatives imprévues qui sortent de nulle part, elles sont... trop petites pour se colleter aux industries culturelles subventionnées et commanditées que nous avons travaillé fort à monter, mais qui semblent devoir rester relativement fermées pour subsister. (Je reste dans le showbiz, mais ça s’applique ailleurs, je crois.)  
 
C’est pas seulement la faute des affreux boomers au sommet qui ont décidé de ne pas partager la tarte. Notre dispositif est vraiment fragile parce qu’il a copié avec succès le modèle lourd et coûteux de la culture de masse mondiale, alors que nous ne sommes que sept millions pour le « consommer ».
 
Paradoxalement, notre beau développement culturel depuis 1970, nous a légué des institutions (et peut-être une mentalité) qui étouffent la croissance organique de phénomènes encore non-identifiés, donc finalement de la créativité.   
 
Ne cherchez pas l’équivalent 2010 de l’Osstid’show. Si un show semblable existe, il trouvera à peine son public premier, des jeunes branchés et enthousiastes, hélas toujours plus individualistes. Il sera à peine réverbéré dans les médias « jeunes » inexistants. (VOIR est criminellement responsable de pépérisme à l’égard de la culture.)
 
On en est donc rendus à voir des entreprises multimillionaires comme le Jazz et Juste pour rire, créer de toutes pièces des « petits événements » fous aux airs spontanés ! Comme un festival Fringe, alors que Montréal en avait déjà un, surtout anglo, indépendant, qui survivait avec la vente de bière, comme dans une vraie sous-culture.  Ben là, mononcle Gilbert a décidé de faire de Montréal un nouvel Édimbourg, au mépris de tout ce qui gigote dans une ville qui n’est jamais assez internationale pour lui.
 
Le plus beau, c’est que ces poids lourds (GSI, Festival de Québec, etc) réussissent à faire croire qu’ils incarnent la culture québécoise, si précieuse et tout. Ce ne sont plus de simples entrepeneurs, si leurs projets ne fonctionnent pas comme ils veulent, c’est la culture qui prend le bord ! Beau chantage, non ? Pistes bien brouillées, non ?

« J’ai ici un petit événement sympa et tout plein créatif, qui pourrait devenir un nouveau Juste pour Rire, dans 10 ans. » Que veux-tu qu’un ministre de la culture, un maire de Montréal, un brasseur-subventionneur, répondent à ça dans le contexte actuel ?


C'était des idées, pour alimenter les vôtres. Elles ont nourri les miennes. Vous avez le droit d'être d'accord, pas d'accord, ce que vous voulez. Exprimez-vous si le coeur vous en dit. C'est déjà mieux qu'attendre.