dimanche 25 octobre 2009
Les obsèques du martyr québécois, acte 3 : enflure à l’octobre
Un autre des grands drames québécois, qu’on nous rejoue en boucle depuis 40 ans, c’est la fameuse Crise d’octobre 1970. Pour mes amis français, je résume un peu. Au cours des années soixante, bon nombre d’organisations prônent l’indépendance de Québec, dont le FLQ. Fondé vers 1963, le Front de libération du Québec est un « groupe terroriste » qui favorise la lutte armée. Il est majoritairement actif dans la région de Montréal. En octobre 1970, le groupe kidnappe un diplomate britannique et un ministre québécois. En réponse à ces actes, et à la demande des autorités provinciale et municipale, Ottawa met en place la « Loi sur les mesures de guerre ». L’armée débarque à Montréal. Suspension des libertés civiles, détentions sans mandat, interrogatoires, c’est l’état policier, choc total dans les esprits.
Année après année, on entretient la légende. On nous montre les mêmes images en noir et blanc des quelques militaires déployés à Montréal. Les voitures de police. Les chevaux de la Gendarmerie royale du Canada. Des politiciens qui improvisent des conférences de presse, ou qui se déplacent rapidement, l’œil inquiet, pile de papier sous le bras. On nous parle des quelque 450 personnes arrêtées sans mandat, mises en détention et interrogées. Les supposés felquistes menottés. On nous rejoue « Les Ordres », le film de Michel Brault. On commémore. Comme les histoires de pêche, sous l’effet de la répétition, les témoignages deviennent une suite d’anecdotes grossies couchées sur une trame de plus en plus floue. Si on ne s’en tient qu’aux médias, l’affaire semble aussi grave que l’occupation de la France par les Nazis.
Je n’en peux plus de cette grosse enflure qu’est la Crise d’octobre.
Le FLQ
De 1950 à 1970, la mode est au combat et à la contestation. Profitant de l’affaiblissement des puissances européennes, bon nombre de colonies accèdent à leur indépendance. On a triomphé du totalitarisme, c’est la montée de la gauche, les communistes ont la cote (à ce moment, on ne sait rien des goulags). Castro prend Cuba et défie les États-Unis. En Occident, une nouvelle génération atteint l’âge adulte; elle est munie de nouveaux idéaux et d’un poids démographique impressionnant. Les codes moraux sont réévalués. Lutte des Noirs aux USA. Manifs anti-guerre. Montée du féminisme. Exacerbation des sentiments nationalistes un peu partout, comme en Corse, en Sardaigne, en Catalogne. Front de libération de la Palestine. ETA. Brigades Rouges. Front de libération de la Bretagne. Mai 68. Révolution culturelle chinoise. Woodstock.
Cette période de bouillonnement est propice à ce que j’appelle « les têtes à merde » : des petits énervés qui veulent combattre, peu importe le combat, et qui vont un peu partout à la recherche d’escarmouches. Dans cette liste, je place le singe domestique de Fidel Castro, le très photogénique Che Guevara, toujours à la recherche « d’expéditions révolutionnaires », et assez imbécile pour se lancer dans la conquête de la Bolivie avec seulement 60 soldats (mais ça c’est un autre sujet).
C’est dans ce contexte que naît le FLQ, copie conforme d’au moins 349 autres « Front de libération de quelque chose ». Il est fondé par deux gamins de 20 ans, l’âge de la belle naïveté, et par un mec un peu plus vieux, trentenaire depuis un moment, Georges Schoeters. Vous vous dites probablement que ça ne sonne pas très québécois comme nom, Schoeters. La page wikipedia consacrée au personnage est édifiante. Il est BELGE. En 1958, il voyage en Algérie. Puis c’est Cuba. Il aboutit finalement au Québec, où il trouve un terreau propice à ses ambitions. La révolution, peu importe pour qui et pourquoi. Le genre de personnage que j’imagine bien dire : « Le nationalisme quoi? Kébé-quoi? Ok, ça me va. »
C’est quoi le FLQ? C’est regroupement de petites têtes brûlées au début de la vingtaine. Ils financent leurs activités à coup de hold-up. Quelques bombes artisanales. Cinq victimes, dont certaines accidentellement. Des amateurs. Des révolutionnaires du week-end. Des rats d’université exaltés par quelques lectures, comme d’autres s’excitent devant un « poème » de Jim Morrison. Le problème, c’est qu’en Octobre 1970, avec le kidnapping de deux hommes d’État, le FLQ prend une bouchée beaucoup trop grosse. Et elle lui sera fatale. Autre preuve de son insignifiance.
La Crise
S’il y a eu Crise d’octobre, ce n’est pas tant l’œuvre du FLQ. Selon moi, l’amateurisme n’était pas que chez les révolutionnaires. En envoyant l’armée et en suspendant les libertés civiles, Ottawa a commis une bourde d’une énormité démesurée (et j’insiste sur le pléonasme).
Encore une fois, une remise en contexte est nécessaire. Je la ferai en vous parlant de mon oncle Lucien Lessard. Député à l’Assemblée nationale du Québec de 1970 à 1982, ministre au sein du cabinet de René Lévesque à partir de 1976. Bien qu’énergique et combatif, Lucien est un petit bout d’homme. Il est probablement plus court sur pattes que Sarko, et certainement plus maigre. Je me souviens de sa maison à Baie-Comeau. Une maison normale de personne moyenne, style bungalow américain. Pas de clôture, pas de guérite. N’importe qui pouvait aller cogner à sa porte et Lucien ouvrait, dans ses habits du moment. Ou tante Adrienne quand Lucien n’y était pas. Pas de majordome, pas de domestique. Pendant un moment, je me souviens que Lucien a eu un chauffeur, qui faisait probablement aussi office de garde du corps d’appoint. Je crois que c’était pendant la période trouble d’une fusion municipale forcée, au cours de laquelle Lucien avait reçu des menaces directes sur sa vie et celle de ses enfants. Mais à part ce moment, il conduisait lui-même sa jeep Cherokee beige.
Tout ça pour dire que kidnapper un ministre au Canada n’exige pas l’intervention des troupes d’élite du MI-5. Quand le FLQ a enlevé le ministre Pierre Laporte, ça c’est fait le plus simplement du monde, devant sa résidence de la banlieue montréalaise. Laporte a probablement marché vers ses agresseurs, la main tendue.
Les politiciens canadiens sont accessibles et vont vers les gens. Ils serrent les mains. Ils discutent avec les électeurs. D’où je viens, le politicien est un mec qui va au travail le matin, comme tout le monde. Son métier, c’est de diriger le pays. Mais ça ne le coupe pas du peuple. Vous verrez occasionnellement le député faire ses courses au supermarché du coin. Vous pouvez l’aborder. Il vous dira au moins bonjour.
Même après l’enlèvement de Laporte, nos ministres et hommes d’État sont restés accessibles. Ce n’est pas dans la culture canadienne d’entourer ses dirigeants de gorilles. Le Canada, c’est un pays relax. Bon, le Premier Ministre du Canada est mieux surveillé, surtout depuis qu’un désaxé armé d’un couteau s’est introduit dans la résidence officielle, la nuit du 5 novembre 1995. Heureusement, Aline Chrétien, la Première Dame, veillait au grain. Réveillée par le bruit, elle a verrouillé la porte de la Première Chambre à coucher, pour ensuite alerter son mari. Une statuette inuit à la main (ces trucs pèsent une tonne), le Premier Ministre était fin prêt à assurer sa légitime défense lorsque le service de sécurité, probablement averti par un voisin insomniaque, est enfin intervenu.
Donc, en Octobre 1970, un groupuscule de révolutionnaires imberbes et sans réelle expérience kidnappe deux hommes d’État comme on prend un litre de lait au supermarché. La grande erreur survient après : Ottawa panique et envoie la cavalerie. Armée, descentes policières, arrestations de sympathisants. La pire chose à faire lorsqu’on traite avec des terroristes amateurs un peu stressés, c’est de leur mettre la pression. À peine quelques heures après la mise en place de la Loi sur les mesures de guerre, le ministre Pierre Laporte est retrouvé mort dans le coffre d’une voiture.
Cette spirale tragique illustre le profond amateurisme des deux partis. Certains membres du FLQ disent que Laporte s’est blessé mortellement en tentant une évasion. Même si rien ne prouve cette affirmation, cette « défense » témoigne des moyens pitoyables de l’organisation felquiste. Chose certaine, après la mort de Laporte, le FLQ a perdu tout appui sérieux dans la population, suscitant dégoût et haine. On peut parler d’un sabordage. Sentant qu’il a poussé le bouchon trop loin, le FLQ se dégonfle. L’autre otage est libéré. La plupart des dirigeants se rendent ou sont rapidement écroués.
Je suis d’avis que la manœuvre d’Ottawa, par son ampleur, a été une grande erreur stratégique. Le fait de suspendre les libertés civiles, ne serait-ce que momentanément, a laissé une trace indélébile, une cicatrice. Cette agression digne d’une république bananière a fouetté la ferveur nationaliste. Et elle a fourni aux indépendantistes un magnifique casus belli. Si vous ne savez pas ce que c’est, demandez à Bernard Landry. Lui qui aime tant les citations latine, il vous expliquera.
On dit de Pierre Trudeau, Premier Ministre canadien du moment, qu’il a fait de l’unité canadienne la cause de sa carrière. Je dirais qu’en ayant recours à la Loi de mesure de guerre, il a fourni un exemple probant d’auto-sabotage. Cette grosse gaffe, autant excès d’arrogance qu’aveu d’impuissance, a durablement affaibli ses capacités de porter le fédéralisme canadien.
Et le drame dans tout ça?
Si les politiques ont gravement erré, je crois quand même qu’il faut arrêter de délirer avec la Crise d’octobre. Quelques nuitées en prisons injustifiées pour 457 indépendantistes. On dit qu’ils ont par la suite été indemnisés. Pour les felquistes proprement dits, les peines n’ont quand même pas été ignobles. Les ravisseurs du diplomate James Cross se sont négocié un exil à Cuba. Diverses peines de prison allant de quelques mois à 2 ans ont été distribuées. Et pour les quatre membres de la cellule Chénier, coupable du meurtre de Pierre Laporte? Malgré des condamnations à perpétuité pour deux d’entre eux, ils étaient tous sortis de prison dès 1982.
On est loin de Nelson Mandela (27 années en prison). Loin de Drancy, loin du Vélodrome d’Hiver, loin du Bloody Sunday, loin de Guantanamo, loin du Plan Condor, loin des purges du NKVD. Et pour les fans d’histoire, cette petite question : avant la Crise d’octobre, dites-moi à quand remontait la dernière application de la Loi sur les mesures de guerre? La réponse est ici. Pas moins de 23 000 personnes, dont 75% détenaient la citoyenneté canadienne.
On ne peut pas mesurer l’injustice. Mais parfois il est poli de mesurer son « outrage ».
mardi 20 octobre 2009
Merci Mesdames
Mon blog est une excellente source de vitamine Grognon, oligo-élément essentiel au bon développement de votre nerf du rouspétage, organe vital d’une saine démocratie. Mais toute alimentation cérébrale doit aussi compter sur un régime équilibré. Je vous recommande donc de vous abreuver aux propos de trois femmes magnifiques.
Même si elle partage mon quotidien parisien, Miss K à Paris vous offrira un autre regard sur la ville lumière. Ce qu’elle sait faire, quand elle se laisse aller, c’est de transformer le monotone en éclat de rire. Je ne veux pas trop vendre le scoop, mais elle devrait partager prochainement avec vous une séance-photo absolument délirante. Miss K, c’est la vitamine Joie. C’est la belle émotion, pure et bio, puisée à la source en direct du cœur. Merci Karine d’avoir fait d’un de mes dimanches tristounets une véritable partie de plaisir, avec ta spontanéité et ta douce délinquance.
Une autre belle dame, c’est Marie-Julie de Taxi-brousse. Bien plus qu’une globetrotteuse, Mariju (pour les intimes) est aussi une curieuse qui déborde d’enthousiasme pour tout, tout, et tout. Elle écrit, elle publie, elle voyage, elle fait la maman, elle bouge tout le temps, et elle ne dort pas assez. Une sorte de luciole sur le 200 watts, quoi. Son blog est une mine d’or d’infos pratiques. Elle est une de mes vitamines Énergie.
Pour la vitamine Philosophie, allez chez mon amie « Noèse Cogite ». Dans la vie, Noèse est une sorte de croisement entre un feu-follet et un docteur des âmes. Dans ses écrits, elle révèle son regard d’une grande humanité. Un regard qui se pose pour faire le point sur les nuances. Mi-prose, mi-poésie, elle offre à nu le fil de sa pensée.
Tant qu’à faire, j’aimerais aussi dire merci à ma maman, que je n’appelle pas assez souvent. Et merci à vous les autres femmes, qui trouvez toujours moyen de me charmer. Rappelez-vous bien que, lorsqu’un homme vous observe, il voit d’abord le soleil sur l’Atlantique, la cime des Andes, ou la majesté d’une plaine andalouse. Laissez-lui sa béatitude.
dimanche 18 octobre 2009
Soirées parisiennes
Note : la vie d’expat est un constant aller-retour, presque schizophrénique, entre l’exaltation et la déprime.
Parfois Paris me fait l’effet d’une vieille dame riche parée de ses bijoux. Elle a le chic, le pedigree, la fortune. Mais elle est d’une autre époque. Elle est finie. Elle vit de ses rentes, elle n’a plus grand-chose à donner sinon son passé. En plus, elle a mauvais caractère.
En l’honneur des soirées parisiennes, les soirées d’avant-guerre, si souvent célébrées dans les mémoires et au cinoche, j’ai composé ce poème lyrico-épique. Je n'ai pas mis de points à la fin des phrases, mais je ne sais plus ce qui est branché cette saison en littérature.
Soirée parisienne
Je rentre, il est 19h40
Je rentre à 19h40 parce que les horaires de travail son mal foutus
Je bois un verre d’eau
J’ai faim mais pas envie de cuisiner
Je suis fatigué
Je bouffe un des bouts de la baguette
Je te laisse l’autre
J’allume la télé
La télé est moche en France. Des séries policières américaines. Ou six Français autour d'une table qui parlent tous en même temps sans écouter les autres. On dirait un poulailler. Cocorico. Faudrait leur donner de la moulée. Parfois y'a du foot, avec des gens qui se lancent par terre en se tenant la cheville. Et des reportages sur l'Amérique par des journalistes qui y sont restés deux semaines. Moi je suis en France depuis 15 mois et j'y comprends pas grand chose.
Je ferme la télé
Je me dis que même si on coupe le bout de quelque chose, l’endroit où on a coupé devient nécessairement un nouveau bout
Alors je bouffe l’autre bout de la baguette
Ça te fait deux bouts de mie
Je me trouve rigolo
Ensuite j’ai des regrets
Je me dis que tu seras fatiguée quand tu rentreras
Alors je sors acheter une autre baguette avec deux bouts tout neufs
La boulangère fait la gueule
Elle perpétue la tradition du service à la parisienne
La boulangère fait la gueule pour bien montrer que, même si son métier l’amène à servir des personnes, elle n’est pas domestique
C’est bien important
C’est à cause de la Révolution
Je lui donne mon argent pour sa marchandise
Je lui donne mon sourire parce qu’on vit ensemble sur terre
La boulangère me trouve étrange
C’est normal : je suis un étranger
Parfois, au lieu de l’obligatoire « au revoir », je dis des choses étranges comme « à la prochaine », ou même « bonne soirée ». Et quand je fais ça, la boulangère hésite un peu. Les gens n’aiment pas beaucoup quand on les place en situation d’hésitation
Je rentre chez moi
Je mets un truc dans le micro-onde
Je prends mes courriels. À Paris ils disent « mes mèls », de l'anglais « mails », mais avec un mauvais accent
Tu rentres
Heureusement il y a du vin
Pas longtemps après, il est 22h00
Je me dis que je ne pourrai pas faire tout ce que j’aurais aimé faire
Ce week-end je veux dormir
Source photo : wikipedia.
dimanche 11 octobre 2009
Who’s your daddy
(Je prends une petite pause dans ma thématique « Les obsèques du martyr québécois », question de bien documenter le prochain épisode…)
Ce texte du journal Libération nous parle de la nomination de Jean Sarkozy à l’Epad, l’organisme qui gère le quartier de la Défense (où je travaille). Le site accueille 150 000 salariés, dans 1500 entreprises, dont 15 figurent parmi les plus grandes au monde. Belle promotion pour un kid de 23 ans. Moi, ça me laisse perplexe. À 23 ans, je n’étais qu’un p’tit con à peine diplômé. Mais bon, certaines personnes doivent être plus douées que la moyenne. Mozart composait ses premiers menuets à 6 ans. Jean Sarkozy a peut-être un don inné pour la chose politique. Reste que la section « polémiques » de la page Wikipédia consacrée au fils du Président est quand même rigolote dans sa manière de suggérer que les avantages du jeune homme ne sont pas qu’innés.
Candidement, je dois admettre que je suis quelque peu surpris. Disons que mon sourcillement est à ce point marqué que j’en ai une crampe au front. Occuper un tel poste à 23 ans? Je sais que la France encourage beaucoup la jeunesse. Certains de mes « patrons » sont très jeunes. Chez-nous, on les trouverait trop « greens » (dans le sens de « pas mûrs »). Mais en France, on valorise beaucoup « l’éducation », le diplôme, ou même le pedigree.
Source photo : wikipedia.
Je n’irais pas jusqu’à dire que le relations françaises sont basées sur l’influence (comme dans l’expression « trafic d’influence »), mais peut-être qu’ici, le fait d’avoir des relations puissantes est un atout professionnel jugé supérieur à celui de posséder une longue expérience. Ainsi, la nomination de Jean Sarkozy a ceci de positif pour l’Epad que le jeune homme est littéralement connecté sur ze top-pouvoir.
Et si je militais pour la protection du mulot à poil ras des Andes. Et que soudainement, et ce malgré une méconnaissance totale du petit rongeur, Jean Sarkozy était nommé président du CAMPRA (Coalition des amis du mulot à poil ras des Andes), je crois bien que j’en serais heureux. Une telle nomination porterait ma cause au devant de la scène, tout en lui donnant accès aux coulisses du pouvoir. Ça serait certainement plus efficace comme présidence qu’un mandat assuré par le directeur de la revue « France-Mulot » (un hypothétique trimestriel de 8 pages photocopiées), n’est-ce pas? Alors qui à l’Epad peut se plaindre de la nomination du fils du Président.
Pour avancer dans ma réflexion, je vais vous parler d’un autre dossier : l’enquête interne du Fonds monétaire international (FMI) à l’endroit de son directeur général, Dominique Strauss-Kahn. En 2008, on suspecte un éventuel abus de pouvoir du politicien français en faveur de sa maîtresse, Piroska Nagy, ancienne responsable du département Afrique du Fonds. On relève aussi une histoire de pressions dans l’embauche d’une stagiaire. La tempête médiatique est alimentée par des articles du Wall Street Journal. (source ici)
À la cantine, avec les collègues, les commentaires à propos de cette histoire sont révélateurs. Mes collègues français croient que derrière ces accusations de favoritisme se cache une tentative de coup politique à l’endroit de monsieur Strauss-Kahn, tentative qui serait d’origine américaine.
Peut-être… Ce ne serait pas la première fois qu’on utiliserait le scandale pour dégommer un politicien. Américaine? Peut-être aussi… Le missile utilisé est une allégation de « pistonnage », de quoi grandement exciter une opinion américaine allergique à ce genre de manœuvre. Évidemment, le pistonnage existe aussi chez-nous, mais il est exécuté avec beaucoup plus de subtilité, car l’acte est très mal toléré. Nombreux sont les politiciens qui ont perdu leur poste pour avoir mis le CV d’une belle-sœur au sommet de la pile, même pour un poste sans importance. On n’a qu’à citer le premier mandat du Premier ministre canadien Brian Mulroney, au cours duquel pas moins de six ministres ont été congédiés ou ont dû démissionner, et ce pour des raisons quelques peu « futiles » quand on les compare à ce qui est toléré ici en France. Nos politiciens multiplient donc les « couches isolantes » entre eux-mêmes et les bénéficiaires du pistonnage. Exemple? Un ministre fera pression sur des fonctionnaires afin qu’un gros appel d’offre gouvernemental soit modifié. Ces modifications auront pour effet de favoriser la candidature d’une certaine entreprise. On apprendra plus tard que cette entreprise aura retenu les services d’un cabinet d’avocats au sein duquel exerce, tiens donc, le beau-fils du ministre.
Mais revenons à Dominique Strauss-Kahn, et à mes collègues. Qu’ont-ils à dire à propos de la nature des accusations portées par le Wall Street Journal? Bof… C’est du petit pistonnage. Il faut s’y attendre. C’est frustrant, mais plutôt normal. Une sorte de prérogative tacite du pouvoir.
Je trouve un écho de leur tolérance dans la réaction des médias suite à la nomination de Jean Sarkozy à l’Epad. On est très loin du scandale qui forcerait enquêtes ou démissions. L’opposition ne gueule pas vraiment plus fort que d’habitude. Ce sont les protestations de rigueur. On sent que d’ici deux ou trois jours, on aura passé à autre chose.
Dans un cadre où il est beaucoup moins stigmatisé socialement (et je ne dis pas qu’il doit l’être), le pistonnage se révèle tout à coup comme un puissant outil d’avancement professionnel. Il est donc important, dans un tel cadre, de soigner ses relations. Tout ça m’aide un peu à mieux comprendre pourquoi mes collègues passent tant de temps à discuter près de la machine à café.
Dernier point : Jean Sarkozy a-t-il vraiment été pistonné? C’est-à-dire, est-ce que papa Nicolas a vraiment eu besoin de placer un appel téléphonique pour convaincre quelqu’un? Il est permis d’en douter. Si un beau matin, par nécessité ou par simple envie de se distraire, le pouvoir (ou son fils) cognait à votre porte, que feriez-vous?
Franchement, que feriez-vous? Épargnez-moi vos crises d’intégrité et de moralité. Votre réponse ne m’intéresse pas. Répondez-y intérieurement, pour vous-mêmes.
(P.S. voir les commentaires pour mise à jour)
mardi 29 septembre 2009
Les obsèques du martyr québécois, acte 2 : la Révolte des Patriotes
La Révolte des Patriotes (1837) est dépeinte comme une grande tragédie québécoise par les souverainistes. À chaque année, une cérémonie se tient à la prison du Pied-du-Courant, à Montréal, lieu de pendaison des principaux acteurs de la révolte. S’y regroupent habituellement une poignée d’étudiants rebelles, et quelques vieux maîtres à penser nationalistes. On scande « Vive le Québec libre » et « Mort au Anglais ».
Séparés des acteurs originaux par presque six générations, ces gens me font penser aux vieux cons d’orangistes, qui sous le prétexte de commémorer une bataille de 1690, attisent encore le brasier des haines en Irlande du Nord.
Retour rapide sur les faits. Le Canada, à l’époque, est dirigé par un gouverneur nommé par Londres. Malgré l’existence d’une assemblée législative constituée par le peuple, le gouverneur garde la mainmise sur la colonie en matière décisionnelle. Le peuple revendique plus de pouvoir, ce qui lui est constamment refusé. Cette situation larvée évolue en conflit armé. En 1937, divers foyers de révolte éclatent. Ils sont tous matés par les forces britanniques.
Aujourd’hui, on joue souvent ce conflit comme grande tragédie de la nation québécoise, comme un acte de tyrannie barbare contre l’Amérique française. Ce qu’on dit moins, c’est que la province du Haut-Canada (Ontario), peuplée d’anglophones, a elle aussi connu des soulèvements à la même période. Le gouverneur britannique avait ceci de juste qu’il faisait chier également tous les Canadiens. On utilise aussi l’image des patriotes dans le cadre de revendications sécessionnistes (la souveraineté du Québec), alors que les combattants de l’époque ne revendiquaient pas la sécession.
Ces échauffourées, qu’on a vite qualifiées de « révoltes », n’ont jamais réuni plus de 1000 combattants. Les sources sont peu nombreuses, mais la plus grosse donnée que j’ai pu trouver parle d’un total d’environ 300 morts pour l’ensemble des combats. À l’issue du conflit, 12 leaders ont été pendus, et 58 acteurs principaux ont été déportés (approche couramment utilisée par l’Angleterre pour se débarrasser de ses fauteurs de trouble).

(source)
Y’a pas à dire, la Révolte des Patriotes, c’est vraiment un gros truc; un choc inédit dans la grande histoire de l’impérialisme et de la gestion d’une colonie. ..
Pour bien souligner l’évidente ironie de la phrase ci-dessus, amusons-nous un peu avec diverses données historiques.
La Commune de Paris, vous connaissez? Cherchez un peu dans Google. La France qui s’en prend à ses propres citoyens, sur son propre territoire. On parle de 20 000 morts. Certains avancent jusqu’à 100 000. Exécutions sommaires. Quand le calme revient, les procès font 10 137 condamnations, dont 93 à mort, 251 aux travaux forcés, et 4586 à la déportation.
Les Canuts, maintenant. « C’est qui ça, les Canuts? », me direz-vous. Des tisserands de Lyon, qui vivent et travaillent dans la misère. En 1834, leur deuxième grande insurrection est matée dans le sang. 600 Canuts sont tués. 10 000 insurgés sont faits prisonniers. Wikipédia rapporte qu’ils seront jugés dans un « procès monstre » à Paris en avril 1835, et seront condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison.
Allez voir les Rébellions de 1857 en Inde. Au moins 100 000 morts (aux mains du bon vieil empire britannique). Allez voir la feuille de route des Irlandais contre Londres. Et pourquoi pas la mutinerie des soldats français, pendant la guerre de 14-18, et pour laquelle 2 878 hommes ont été condamnés, dont 629 au peloton d’exécution. Saviez-vous aussi que la Guerre civile finlandaise (ben oui, finlandaise) a fait 10 000 morts. Tiens, si vous voulez le « jackpot », suivez ce lien. Vous y apprendrez entre autres que la Révolte des Touaregs (Lybie, 1916) a eu à peu près la même ampleur que celle des Patriotes. La révolte des Touaregs… for God’s sake!
Tous ces révoltés sont des gens qui se sentaient exploités. Des gens qui revendiquaient plus d’autonomie pour leur nation. Des gens qui en ont eu marre à un certain moment, et qui ont décidé de tenter leur chance, l’arme au poing. C’est un moyen comme un autre. La plupart d’entre eux ont été écrasés comme des moustiques. Ils ont souffert dans leur chair. Mais je mettrais 25 dollars (16 euros) sur la table que la majorité de ces populations, aujourd’hui, ont réussi à passer à autre chose.
Ça serait vraiment bien qu’on fasse pareil au Québec, au lieu de toujours rejouer le disque de notre « grande tragédie ». Notre grande tragédie, qui finalement n’est pas si extraordinaire. Elle perd beaucoup de son unicité, quand on ose la comparer, en tenant compte du contexte et de l’époque.
mercredi 23 septembre 2009
Les obsèques du martyr québécois, acte 1 : la Bataille des Plaines d’Abraham
Récemment, dans le cadre des événements entourant le 250e anniversaire de la Bataille des Plaines d’Abraham, le quotidien montréalais La Presse demandait à ses chroniqueurs de réagir à la question suivante : et si les Français avaient gagné? J’ai retenu un texte d’Yves Boisvert intitulé « Ne pas confondre histoire et anecdote », que vous trouverez ici. Ce texte permet un peu de mettre en perspective la fatidique « bataille » qui devait sceller l’histoire de la nation québécoise.
J’ai si souvent entendu parler de la fameuse « Bataille des Plaines » dans mon enfance. Elle servait toujours d’introduction à mes oncles, dans ces tirades souverainistes qu’ils nous balançaient entre la 8e et la 9e bière. Dans le Québec des années 70, la mode nationaliste battait son plein, et bien des petits québécois se tapaient régulièrement ces accablants soliloques vaseux qui s’achevaient inévitablement sur un lieu commun, comme le classique : « Mon ti-gars, en 1759, les maudits Anglais nous ont volé notre pays ! »
Devoir d’histoire oblige, remettons-donc la « bataille » dans son contexte. Boisvert le dit clairement dans son texte : en 1759, la France largue complètement ses possessions canadiennes. Les Anglais ne « volent » pas notre pays; ils le cueillent comme un fruit mûr. Quand on se documente un peu, cette « bataille » a plutôt l’air d’une escarmouche.
Certaines sources disent que l’assaut principal aurait duré 15 petites minutes. Les sources les plus courantes parlent d’une à deux heures, en greffant à l’affrontement principal quelques embuscades et échanges de tirs agoniques. C’est plus court qu’une finale à Wimbledon! Et du côté des victimes, que dit-on? Encore une fois, les chiffres varient. Mais on reste toujours en deçà de 500 morts. C’est quand même pas la Grande Guerre. Il y a plus de morts au marché aux fruits de Bombay lorsqu’on décide de solder les mangues sans préavis.
Mais ce n’est pas tant l’ampleur de la bataille qui compte. C’est le fait qu’elle présente un revirement historique qui changera à tout jamais l’avenir du Québec. Cette défaite est un drame. Une surprise monumentale. Le début de l’exploitation du peuple québécois par la Couronne Britannique. Le 13 septembre 1759 se joue le sort de l’Amérique française. Bou houhou… C’est ce qu’on aime nous dire.

(source)
Ce dont on nous parle moins, c’est que l’arrivée des Anglais à Québec s’inscrit dans le sens de l’histoire. La France est au beau milieu de la Guerre de Sept Ans, véritable « Guerre Mondiale » qui implique aussi le Saint-Empire, l’Angleterre, le Royaume de Prusse, le Portugal, l’Espagne, la Suède et quelques autres États. Le conflit a trois théâtres : l’Europe, l’Amérique et l’Asie. C’est une guerre de géants qui fait environ 1 million de morts, à une époque où il y a moins d’un milliard d’humains. À partir de 1759, la France est dans le pétrin. Ses finances se sont gravement amoindries. Elle a d’autres préoccupations que son réservoir de peaux de castor. Dès 1761, elle essaie de négocier la paix. Elle ne surviendra que deux années plus tard. La France en sort lessivée.
Vue dans ce contexte, la Bataille des Plaines d’Abraham n’est qu’une rixe mineure. Une banalité, un événement presque fortuit. Je trouve un peu triste qu’on choisisse cette base ténue pour asseoir une « grande tragédie » québécoise. En y voyant une défaite, on choisit de facto pour le Québec le rôle de victime. Et ma question est : pourquoi serait-ce une défaite? Pourquoi pas une opportunité? C’est une bien drôle de question, me direz-vous. La France, notre Mère-Patrie, a quand même perdu, non?
Le Québec de 1759 est majoritairement peuplé des rejets de la France. Traverser l’Atlantique à cette époque n’est pas une croisière sur le Queen Élizabeth. Ceux qui s’y risquent sont des gens qui n’ont rien à perdre. D’autres y sont contraints. L’Amérique est une porte de sortie. Que doit le colon à la France? Un lopin de terre gratuit sur un continent immense, où tout est à prendre sans justification. Je pose la question encore : que doit le colon à la France, qui l’a abandonné sans réelle bataille? Pourquoi tant de loyauté pour le royaume, dans une Amérique qui sera faite, dans le quotidien, non pas par la couronne, mais par ses sujets expatriés ?
Il y a un autre moment de l’histoire québécoise, un moment qu’on passe sous silence. Pour celui qui serait resté loyal à la France, il est aussi dramatique que la « défaite » des Plaines. Si on parle peu de cet événement, c’est parce qu’il s’agit d’un non-événement pour le Québec. Seulement 15 années après avoir abandonné presque sans combat ses colonies du Canada, la France s’engage aux côtés des colonies américaines dans sa Guerre d’indépendance contre l’Angleterre. Le non-événement, c’est que la France n’ouvre pas de front au nord pour reprendre le Québec. Elle envoie plutôt 15 000 hommes et une bonne partie de sa flotte vers le sud, chez l’Oncle Sam. (Plus d’info ici.) Pour la France du moment, le Québec est chose du passé, un territoire complètement largué. Alors pourquoi tant de loyauté envers la « mère-patrie » dans les épanchements de nos pleureuses souverainistes ?
Un peu d’histoire-fiction
L’arrivée des Anglais à Québec, une opportunité? Vous trouvez que je pousse le bouchon un peu trop loin. Mais analysons un peu les autres options qui se présentaient à l’époque. Faisons nous aussi comme la Presse, et basculons dans l’histoire-fiction.
Je viens de parler de la Guerre d’indépendance américaine. Savez-vous quelle a été la première initiative majeure des États-Unis au début de leur Guerre d’indépendance? Je vous le donne dans le mille : ils ont tenté de prendre le Canada en 1775. En nombre, les Américains sont alors aussi nombreux que les troupes de Wolfe 15 ans plus tôt. Si en 1759 Montcalm n’a pas su résister à 4000 Anglais fraîchement débarqués, et ce malgré sa position fortifiée, aurait-il vraiment fait mieux s'il avait dû affronter ces 4000 Américains habitués aux conditions du terrain? Permettez-moi d'en douter.
Que serait devenu le Québec si ça avait été les Américains au lieu des Anglais? Pour une idée de réponse, on peut regarder du côté de la Louisiane… Je ne suis pas certain que le texte de ce blog serait aujourd’hui en Français. Et comme bien des petits Américains, j’aurais passé mon enfance à faire le salut au drapeau, le matin à l’école. Mais bon, les Anglais ont résisté et nous sommes restés des sujets britanniques.
Je reprends alors le scénario de la Presse. En 1759, c’est Montcalm qui l’emporte. Le Québec reste une colonie française. Pour ce scénario, je me cite moi-même : « Le Québec peut s’estimer chanceux d’avoir été abandonné si rapidement par sa mère-patrie, surtout quand on regarde ce qu’ont dû subir la plupart des autres colonies françaises. On mentionnera seulement, en guise d’exemple, l’Algérie et l’Indochine… Et, même s’il n’est pas un pays, le Québec est la 44e économie mondiale. C’est comparable au Portugal. À une époque plus contemporaine, la France se serait peut-être battue très longtemps avant de laisser aller un si beau morceau de gâteau. L’Algérie, 112e économie mondiale, a saigné pendant 8 ans pour arriver à son indépendance… en 1962! »
Back to reality
Je tiens à rappeler à tous que sous le giron anglais, le Dominion du Canada a obtenu son indépendance sans conflit armé, et ce dès 1867. Dans ce nouvel État, le Québec jouait un rôle prépondérant, avec 33% de la population et plus de 50% du territoire. En 1896, Wilfrid Laurier, un Québécois de Saint-Lin (rien de moins) accédait aux plus hautes fonctions du pays.
Dans le Québec d’aujourd’hui, la culture francophone doit être défendue, mais reste quand même florissante. Pour une simple colonie, ce fait est exceptionnel. On peut presque dire « inédit ». Avec leur impérialisme « soft », les Anglais ont quand même été sympa de ne pas trop s’imposer dans nos églises, dans nos écoles, dans nos journaux. On est quand même plutôt loin du génocide arménien, pour prendre un exemple. On est loin de la « pacification » de la Chine par le Japon, en 1937. Loin du Congo Belge, ou de la Tchétchénie. Loin du camp de concentration de Bloemfontein.
Alors que ceux qui chialent encore, à coup de « Les maudits Anglais nous ont exploités! » ou de « Les maudits Anglais nous ont volé notre pays! », ben qu’ils aillent donc prendre un café avec un autre colonisé, question de discuter un peu. Qu’ils aillent donc parler à un Algérien. Quand on se compare, souvent, on se console. Mais ça implique de regarder ailleurs que dans son nombril.
dimanche 20 septembre 2009
Les obsèques du martyr québécois : préambule
Ça fait maintenant 15 mois que je casse un peu de sucre sur le dos des pauvres Français. Faut dire qu’ils aiment bien ça : 60% de mon lectorat est constitué de Français fidèles. Je les remercie. C’est une belle qualité qu’ils ont d’accepter la critique, d’entrer dans le débat, d’oser se voir remis en question. Je dirais que leur patriotisme est profond, mais souple.
Mais pour quelque temps, j’aimerais me tourner vers le Québec. Depuis longtemps, j’ai une grosse crotte sur le cœur (expression québécoise) à l’endroit de ma société. Je veux essayer d’en sortir un petit bout. Et de l’enterrer.
L’envie de me lancer m’est venue suite au grand psychodrame national (encore un autre) provoqué par les diverses activités visant à commémorer le 250e anniversaire de la Bataille des Plaines d’Abraham. Pour mes amis Français qui ne connaissent peut-être pas, c’est à l’issu de cette bataille que les colonies françaises du Canada sont passées aux mains des Anglais. Du jour au lendemain, les Québécois ont devenus des sujets de la couronne britannique.
Donc, pour marquer le 250e, certains ont eu l’idée de reconstituer la bataille, avec décors et costumes. Une sorte d’amuse-touriste, pour cette horde de visiteurs américains qui viennent à Québec, question de se croire en Europe le temps d’un week-end. Mais bien évidemment, ce projet plutôt mal avisé a suscité la levée du bouclier médiatique de l’habituelle garde nationaliste (ceux qui veulent faire du Québec un État souverain) : « Outrage! Honte aux organisateurs! Vouloir rejouer l’humiliation française en Amérique, c’est de la provocation. Comme si la Virginie reconstituait un débarquement de négriers suivi d’une vente d’esclaves africains sur la place publique de Jamestown. Scandaleux! » La tempête couche le navire; l’événement est annulé.
Quelques semaines plus tard, le camp nationaliste renchérit avec son propre projet : le Moulin à Paroles. Pendant 24 heures non-stop, des personnalités liront des textes importants de l’histoire québécoise. Félix-Antoine Savard, Claude-Henri Grignon, Anne Hébert, Maurice Duplessis. Des personnages de tous horizons qui ont jalonné l’histoire française en Amérique. On a même invité Andrew Wolfe Burroughs à lire des lettres et ordres transmis par son aïeul, le général James Wolfe, commandant des troupes anglaises lors de la bataille des Plaines d’Abraham (Le général y a d’ailleurs laissé sa peau, tout comme son adversaire français le Marquis de Montcalm).
Personnellement, je trouve que le projet est beau. Poétique. À tout le moins, il est grandement plus intéressant et créatif que la pathétique reconstitution (« reenactment » comme on dit aux USA) de la bataille. Ces espèces de guerres de soldats de plomb, pour et par de grands enfants, et dont les Américains sont friands, me paraissent toujours un peu ridicules.
Source photo : wikipedia.
Mais parmi la pléiade de textes qui seront lus lors du Moulin à Paroles figure le Manifeste du FLQ. Ce texte est une lettre de revendications adressée au gouvernement et au peuple québécois par le Front de Libération du Québec, un « groupement terroriste » (Les guillemets sont de moi. Le FLQ fera l’objet d’un prochain texte). Ce manifeste avait été lu en direct à la télévision, pendant la Crise d’Octobre (1970). À ce moment, le FLQ détenait en otage le ministre québécois Pierre Laporte. La diffusion du texte était une concession gouvernementale, dans le cadre des négociations visant à faire libérer le ministre. Malheureusement, et malgré cette diffusion, Laporte a été exécuté.
La présence du Manifeste dans la playlist du Moulin à Paroles déclenche un nouveau psychodrame. Cette fois, ce sont les fédéralistes (ceux qui défendent l’unité canadienne) qui déchirent leurs chemises.
Le Manifeste du FLQ est bel et bien un des jalons importants de l’histoire québécoise. On peut se réfugier derrière ce fait pour tenter de se justifier. Mais selon moi, sa lecture publique est une idée toute aussi mal avisée que le projet de reconstitution de la Bataille. Tout d’abord, le texte du FLQ est un bousin à la sauce « révolution prolétaire » écrit par des enfants d’école. Un ramassis ordurier des lieux communs de la tendance gauchiste 1970. Il y a mieux comme texte dans la littérature souverainiste. Ensuite, les blessures de la Crise d’Octobre sont encore ouvertes. Lire le Manifeste, c’est aussi de la provocation. À tout le moins, ça ajoute aigreur à un événement qui, bien que politisé, aurait pu être très fédérateur.
C’est un peu ça ma « crotte sur le cœur » : depuis bientôt 50 ans, le Québec est englué dans ce putain de débat nationaliste qui paralyse toute initiative, et ce jusque dans la vie privée. Depuis que je suis conscient politiquement, depuis le début de ma vie adulte, je vois tout débat québécois déraper ultimement vers l’affrontement nationaliste. On me gave et on me re-gave de cette obsession nombriliste, sans arrêt, à toutes les chaînes, dans tous les journaux, à tous les jours. Pendant ce temps la chute du Mur de Berlin, la fin de l’URSS, la mondialisation, Desert Storm, l’Euro, Hugo Chavez et Evo Morales, le 11 septembre, la Chine 2e puissance économique mondiale, Barack Obama, la plus gros crise financière de l’histoire. Pendant ce temps Toronto, Vancouver et Calgary.
Alors dans les prochains billets, j’aimerais bien présenter ma vision des choses. La vision d’un mec fatigué. Un mec écœuré. Qui a souvent honte du Québec, à cause de son « grand renfermement », de ses œillères et de son obsession. Une nation qui accepte d’être cantonnée dans un rôle de victime, le rôle du perdant, par ceux qui prétendent vouloir la « libérer ».
Me libérer de quoi? Si j’ai honte, c’est qu’on m’empêche d’être fier.
Certains me diront traître à la Nation. Ils feraient mieux d’apprendre la différence entre « état » et « nation ». Moi, traître au fantasme d’État québécois? Oui, absolument. Mais traître à la Nation, pas vraiment. Je suis de ceux qui saignent de la voir s’atrophier au fil des décennies. Ma Nation, elle a fait son choix. Deux fois. Démocratiquement. Qu’on la laisse regarder devant, maintenant.
samedi 12 septembre 2009
Insolent!
Un jour, j’ai dit à un collègue français qu’à Paris, l’insolence est valorisée. Comme c’est le propre du Français de débattre, et donc de contredire, il n’était pas d’accord. Selon lui, le Parisien est souvent impoli, mais pas insolent. Déclaration qui fut suivie d’une longue discussion sur la valeur sémantique du mot « insolence », discussion dont je vous ferai grâce.
C’est Jean Piaget, un Français, et pionnier de la sémantique, qui a le premier exposé la notion de nuage sémantique associé à un mot. En gros, le même mot trouve en chaque personne une signification différente. Le sens d’un mot, chez un individu, serait la somme de toutes ses expériences avec ce mot. Ainsi, le mot « chien » évoque chez l’allergique une réaction qui diffère de celle du vétérinaire. Dans le même ordre d’idée, le moine et la pute percevront différemment le mot « sexe ». (Notez ici un moyen détourné de hausser la fréquentation de ce blog.)
D’où je viens, il est considéré impoli de couper la parole à son interlocuteur. La première fois, c’est juste impoli. Mais le faire constamment, ça devient de l’insolence. C’est un peu comme dire : « Vos idées ne valent pas la peine d’être entendues. » À Paris, c’est très différent. Personne ne se formalise des perpétuelles interruptions. Les discussions sont faites de bouts de phrases hachurées. À chaque 30 secondes, il y a bataille pour le droit de parole. Un peu comme des joueurs de basket qui driblent pour garder le ballon. À Montréal, la joute ressemble un peu plus à un tir de barrage : t’as droit à ton lancer, ensuite j’ai droit au mien. Je ne peux pas blâmer les Parisiens pour ce trait culturel. Ils ne sont pas les seuls à faire comme ça. Oscar Wilde, un Anglais, disait qu’il est irrespectueux d’écouter quelqu’un sans l’interrompre.
Un autre classique parisien, c’est l’histoire du mec qui dépasse toute la queue, en jouant un peu l’urgence. Sur la pointe des pieds, l’index en l’air, il essaie d’attirer l’attention du commis. Tout son corps essaie de dire : « Je sais que je passe devant tout le monde, mais ma situation est vraiment exceptionnelle. Mais vraiment. » Ce qui me frustre le plus, c’est que ça fonctionne. Je n’ai jamais entendu un seul commis dire : « Écoutez monsieur, tous ces gens qui attendent depuis 40 minutes vivent aussi des situations exceptionnelles. Alors faites comme eux et attendez votre tour. »
Source photo : wikipedia.
Pour un Montréalais, on dirait qu’à Paris, l’échelle qui va d’impoli à outrageux est légèrement décalée. « L’impoli » parisien équivaut à « l’insolent » montréalais. « L’insolent » parisien équivaut à « l’outrageux » montréalais. Et « l’outrageux » parisien, s’il survient à Montréal, aboutit généralement à une condamnation à perpétuité pour homicide volontaire.
Il est donc primordial, lorsqu’on visite Paris, de tenir compte de ce décalage sémantique. C’est différent du Canada. Les mots n’ont pas le même poids. Lorsqu’un Parisien t’engueule sans retenue, il n’est pas socialement acceptable, comme ça l’est à Montréal, de le frapper au visage jusqu’à ce qu’il saigne abondamment. Ici, l’engueulade n’annonce pas le début du premier round. Elle indique seulement l’amorce d’une négociation qui devrait, en principe, déboucher sur un compromis satisfaisant et l’échange d’une poignée de main. Quoique que les bastons, au Québec, finissent souvent par une accolade s’ils ont été précédés d’une consommation suffisante d’alcool.
Ce décalage de l’échelle nous aide aussi à comprendre pourquoi le concept de « politesse » n’est pas compris par le Parisien moyen. Il ne faut donc pas s’étonner, lorsque vous cédez votre siège de métro à une dame, qu’elle vous jette un regard rempli de doute, avec l’air de se dire : « Mais qu’est-ce qu’il a celui-là? Pourquoi il me cède sa place? Il s’est fait pipi dessus ou quoi ? »
------
P.S. : Récemment, je parlais de me lancer dans une grande analyse de la France. Un truc un peu plus objectif que mes écrits habituels. Plus journalistique. J’ai fait une liste de sujets. Il y en avait une trentaine. Des sujets sérieux.
En fait, je voulais faire le tour une fois pour toutes, et ensuite passer à autre chose. Mais je n’y arrive pas. Je n’en ai pas envie. Je suis fatigué de parler des « Français » et de la « France ». De poser des observations, de tirer des conclusions. Alors je passe directement à autre chose. Je change d’approche (au risque de perdre mes lecteurs français, qui adorent entendre parler d’eux-mêmes, selon ce qu’on dit). Si vous souhaitez continuer sur le thème du « Français », venez vous-mêmes vous faire une opinion, ou lisez « A Year in the Merde » de Stephen Clarke.
Vous venez d’assister à une autre étape de ma vie d’expatrié.
mardi 8 septembre 2009
L’injustice génétique
Les Français sont sveltes. Ils sont vraiment minces. Le businessman parisien a une petite taille, de petites épaules, un petit menton pointu. Il fait 5 pieds 8 pouces, et pèse 135 livres. Son costard cintré lui va vraiment bien; il est vraiment classe. Top fashion, extrait de GQ. Le genre de mec que tu rêves de planter dans la bande pendant une partie de hockey, pour le plaisir d’entendre ses os craquer. La Française, quant à elle, a sous les poches de son jeans de quoi rendre jalouse toute femelle de l’espèce humaine. La Française accouche de jumeaux et sort de l’hôpital avec les fesses intactes de Vanessa Paradis. Je sais pas trop… elles doivent mettre au monde des petits pois verts.
Les Français aiment bien se vanter de leur minceur. Et ils aiment bien rire des Américains. « Sont gros », « mangent de la merde », « leurs enfants obèses, c’est incroyable! » Les Français expliquent ainsi leur minceur : « Nous on mange bien. Et SURTOUT on ne mange pas entre les repas. » Le Français croit qu’en Amérique, on bouffe continuellement. Le Français est fier de sa minceur. Il est convaincu qu’elle est le résultat d’une bonne hygiène de vie, d’une discipline, d’une maîtrise de soi.
Il est nécessaire de corriger cette méprise profonde. C’est moi que le ferai.
Premier postulat français complètement débile : « Nous, on ne mange pas entre les repas ». Lorsqu’il fait cette affirmation, le Français démontre qu’il souffre d’un grave cas d’aveuglement volontaire. Un matin sur deux, au boulot, y’a quelqu’un qui apporte des viennoiseries. Et les collègues, qui arrivent vers 10h00 (donc après le petit déjeuner), vont bouffer un beau petit pain au chocolat-c’est-tellement-sympa-merci-beaucoup. Quand c’est pas les viennoiseries, c’est la brioche maison ou les pâtisseries marocaines. Ensuite, il y a le café. Dans la distributrice, la programmation par défaut, c’est trois sucres. TROIS sucres. C’est sucré en ostie. Quand j’oublie de réduire la quantité, je jette mon café tellement il est sirupeux. La majorité des collègues aiment bien les trois sucres. Plusieurs montent à quatre ou cinq. Des cafés comme ça, y’en aura au moins deux autres dans la journée. Pour faire la conversation en buvant son troisième sirop de café, le Français aime bien dire que les Américains boivent trop de boissons sucrées…
Source photo : wikipedia.
Le Français est super généreux (belle qualité). Alors quand c’est pas les viennoiseries le matin, c’est les friandises l’après-midi. Y’a toujours quelqu’un qui passe au supermarché pour prendre un énorme sac de bonbons. On parle de bonbons vendus au kilo. Le sac doit faire au moins deux kilos. C’est gigantesque. Au bout de l’après-midi, le sac est vide. Mon constat : je n’ai jamais mangé autant entre les repas, ni vu autant de personnes le faire régulièrement, que depuis mon arrivée en France.
Parlons des repas, maintenant. Le midi, à la cantine, le collègue français moyen prend une entrée, un plat, un dessert, une boisson, un petit yogourt, un fruit, et un bout de pain. Le plateau-repas du Français est un festin cinq services. Et ils bouffent tout. Ils sont là à me regarder, avec mon plat et ma salade verte, et ils me demandent : « Tu fais un régime? » Non, je ne fais pas de régime. J’ai toujours mangé comme ça, c'est-à-dire deux fois moins que toi. J’entends souvent les Français dire que les portions américaines sont énormes. Ma réponse : pas plus qu’en France. Quand je bouffe tout ce qu’on met dans le plateau, ou tout ce qu’on me sert dans un resto parisien, je sors de table dans un état d’accablement physique. J’ai peine à marcher. L’assiette spartiate, c’est vraiment pas à Paris qu’on la trouve.
En Amérique, on nous rabat les oreilles avec la fameuse « diète méditerranéenne ». Elle expliquerait la minceur de Français. Petit précision : les Parisiens sont aussi minces que les Niçois. Pourtant, leur diète est loin d’être méditerranéenne. La diète parisienne, c’est steak-frite, saucisson, fromage, baguette, encore de la baguette, pâtes, viandes en sauce, foie gras, choucroute, couscous, boudin aux pommes, œufs mayonnaise, jambon bien lardé, pommes purée, le tout recouvert de crème brûlée, de fondant au chocolat, et d’un ou deux petits pots de yaourt. Quand je vois ce qui se bouffe ici, j’ai l’impression que le bon vieux cheeseburger est l’ami du cardiologue.
Le Français dit qu’il mange bien. Archi faux! Le Français mange BON. Les aliments sont bien traités ici. Bien préparés, respectés, délicieux. Tous les aliments, sauf les légumes frais. L’endroit le plus déprimant du supermarché parisien, c’est la section des légumes. Le Français semble croire qu’un légume frais est une sorte de poisson qui survivra uniquement dans un océan de beurre ou de vinaigrette. Le Français a un malaise lorsqu’il voit une feuille de salade. Il se sent obligé de la couvrir de gésiers confits, d’une « tartine » (énorme tranche de pain recouverte de fromage grillé), d’oignons confits, et même de patates rissolées. Un vampire mangera de l’ail avant qu’un Parisien n’ait l’audace de servir un plateau de légumes crus. On dirait qu’ici, manger un légume cru, c’est un peu comme manger de la farine : un produit non cuisiné. Alors pour cacher le cru, on asperge de vinaigrette.
Ajoutez à ça le fait qu’il est impossible de faire régulièrement du sport à Paris. Trop cher. Et les horaires de travail te bousillent ta soirée. Que font les gens pour relaxer, vous croyez? La réponse : un petit verre de rouge.
Même s’il s’est laïcisé depuis la Révolution, le Français devrait quand même prendre un petit moment pour faire la prière suivante : « Merci mon Dieu. Je suis indigne de ma minceur. Je ne mérite pas d’entrer comme ça, gratuitement et sans efforts, dans les plus belles coupes de vêtements. Merci mon Dieu d’avoir pour moi retiré la gourmandise des sept péchés capitaux. Merci de me laisser m’empiffrer sans conséquence, alors que le pauvre Américain tremble d’angoisse à la vue d’une minuscule tranche de bacon. Au nom du Père, du Fils et de Paul Bocuse, amen. »
dimanche 30 août 2009
Trouver la rivière
Il y a de ces endroits qui te font la tête et le cœur en page banche, sur laquelle suffiront deux ou trois traits fins au fusain. Mais aussi peut-être rien. Parce que le silence a sa propre force. Parce que rien, ça fait du bien, quand l’habituel quotidien t’aplatit avec son trop de tout.
En fait, ce n’est pas vrai. Il y a quelque chose. Il y a le sable. L’horizon. Des oiseaux qui sèchent leurs ailes sur la plage. Des vaches et des chevaux qui mangent le trèfle. Le vent qui secoue un peu les foins. Les tracteurs qui, à la vitesse pépère, remontent les huîtres lorsque la marée est basse. Il y a les hirondelles qui ne te demandent rien. La Voie Lactée. Les pierres. Tout un paquet de choses qui se taisent.
Élizabeth a mentionné une rivière souterraine sous le Biao Cotentin. Elle a dit qu’une rivière, ça remet les choses à l’endroit. Quelque chose de ce genre. Moi j’ai parlé de « bonnes vibrations ». Peu importe. Quelque chose a attiré Élizabeth et David à Bretteville sur Ay. Ça les a convaincus d’ouvrir un B&B, de mettre le temps qu’il faut pour rénover une ferme vieille de cinq siècles. Rénovations à l’ancienne, celles qui prennent du temps, qui se font à la main avec des matériaux traditionnels. Le projet avance. Il est grand, il est beau. Le bâtiment comportera un atelier pour des artistes en résidence. Un grand patio pour les bouffes communautaires. Dans cette vaste pièce qui lui sert en ce moment d’entrepôt, David nous dessine d’un geste large ses deux futurs planchers. Une autre chambre ici. Une cuisine là. Dans son regard il y a cette étincelle permanente. Il sourit. Il sourit tout le temps. Mais un sourire qui laisse la place à l’autre. Une sorte d’invitation.
Rivière ou non, je m’en fous un peu. Je ne suis ni hydrographe, ni sourcier. Ni cinéaste, ni astrologue. Alors pour les recoupements de symboles métaphoriques, il faudra repasser. En fait, j’ai seulement une impression. Que ce soit par hasard ou par destinée, j’ai l’impression qu’Élizabeth et David sont les bonnes personnes qui ont fait la bonne chose, au bon endroit et au bon moment. Au Biao Cotentin, j’ai l’impression que tout s’agence naturellement. Que tout tombe à sa place. Que les choses s’alignent.
Petit clin d’œil : David et Ti-Loup (photo de Miss K).
Volontairement ou non, avec le magnifique repère qu’ils se sont bâti, et leur accueil fait de douceur, d’empathie et de sourires, Élizabeth et David sont devenus des médecins de l’âme. C’est une lourde responsabilité. Peut-être ingrate aussi. Chacun ses choix. Moi, le Parisien égoïste, je compte bien en profiter quelques fois encore. Parce que ça me soigne un peu.
Je vous laisse sur quelques images de la fin du jour, telle qu’on la vit dans le Cotentin. Sans aucune retouche photographique!
P.S. – Le titre de ce billet m’est venu d’une chanson de R.E.M., « Find the River ». C’est une des chansons qui me font du bien. Elle clôt de belle manière le très touchant « Automatic for the People ». Petit fond de country-rock qui me rappelle mon coin de pays. Un must sur la 138. (Ici une version basse-qualité sur YouTube, pour les curieux.)
Inscription à :
Articles (Atom)


