jeudi 25 novembre 2010

Réflexions florentines II

La suite de mes quatre jours à Firenze, Italia (how glamourous !)

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Le terme « Renaissance » a pas mal été galvaudé. Mais faut vraiment aller à Florence pour prendre la pleine mesure de ce qui a été une véritable révolution artistique. Un saut quantique.

Pendant les 500 années qui précèdent la Renaissance, on peint comme ceci :

(Oeuvre romane au Musée des arts Catalans, Barcelone)


Et on sculpte comme ceci :

(Oeuvre romane au Musée des arts Catalans, Barcelone)


Et puis, en l'espace de 50 ans, les proportions aléatoires et les aplats du Moyen Âge sont remplacés par un réalisme parfait et le respect de la perspective. En quelques décennies, on arrive à ceci :

(Détail du portrait d'Éléonor de Tolède, par Angelo Bronzino. C'est ma photo d'un poster publicitaire, parce que les photos étaient interdites au Palazzo Strozzi. Vous verrez mieux l'oeuvre ici. Et ceci mérite un coup d'oeil.)


Et c'est la même chose en sculpture :

(Enlèvement des Sabines, de Giambologna, à la Loggia dei Lanzi.)


Pour bien vous faire sentir la chose, je dirais que la Renaissance a été aussi révolutionnaire que l'avènement du drop-shadow dans Photoshop, vers 1995, qui soudainement faisait paraître comme archaïques toutes les réclames publicitaires de la décennie précédente. Un déferlement de chefs d'oeuvre, comme en font foi ces tableaux de Botticelli, Lippi, Piero di Cosimo, Lorenzo di Credi, Pietro Perugino, et Ghirlandaio.

Ce qui impressionne aussi de la Renaissance, c'est la soudaine compréhension, la maîtrise totale de ce que j'appellerais les justes proportions. Considérez le Neptune de la Piazza della Signoria, par Bartolomeo Ammanati :



Remarquez cette précision, ce souci du détail, et surtout l'exactitude parfaite des dimensions naturelles :

(En passant, si vous aimez ce genre de choc, faut visiter la Basilica di santo spirito. Vous y verez cette oeuvre de Michel-Ange. Je dois vous avouer que j'ai ressenti un certain malaise à contempler le p'tit machin du P'tit Jésus.)

En fait, au bout d'un moment à Florence, on réalise que soudainement tout s'accomplit en quelques années. Et qu'après la Renaissance recommence une sorte de stagnation. Un lent chemin vers l'ultime précision, qui ironiquement arrive à peu près en même temps que la photographie, vers le milieu du 19e. La révolution argentique déclasse les peintres. Ils n'ont même pas le temps de se glorifier un peu de leur maîtrise si chèrement acquise, qu'ils doivent déjà réinventer leur art. Avec ceci. Puis ceci. Puis plus tard, ceci et ceci.


P.S. - En me relisant, je réalise que j'ai surtout affiché dans ce billet des gourmandises pour Madame. Mais sachez que Florence plaira aussi à Monsieur :




mardi 23 novembre 2010

Réflexions florentines I

Je viens de passer quatre jours à Firenze, Italia (how glamourous !)

Heureusement pour vous, j'avais mon Blackberry, sur lequel j'ai pu noter mes réflexions. Et voilà, je vous les déverse en vrac. Vous pourrez ainsi mesurer la profondeur de mon idiotie tout en vous cultivant un minimum.

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Les moineaux adorent le gelato. J'ai pu le vérifier au cours d'une de mes orgies de bouffe. Comme je venais de m'envoyer un cannolo, je n'avais plus très faim. Au sol, deux moineaux me regardaient en salivant (ici je présume que les oiseaux ont des glandes salivaires, mais ce n'est pas nécessairement avéré). Je leur ai donc balancé une bonne motte de fior di panna par terre. À mon grand étonnement, ils se sont jetés sur la glace sans hésiter. Et ils ont tout bouffé. En plus, ils n'arrêtaient pas de crier "Più ! Più ! Più !"

En route vers l'aéroport, je suis tombé sur cette sculpture de Botero. Coïncidence ?



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Il a beaucoup plu pendant mon séjour a Florence. Novembre n'est probablement pas le meilleur moment. Mais j'ai vu une plaque marquant le niveau d'une crue de l'Arno, en novembre 1966. J'étais à presque deux kilomètres du fleuve, et la plaque était a un mètre au dessus de ma tête. Comme quoi, malgré tout, j'ai été chanceux en matière de flotte.



Vous trouverez photos et infos sur la crue dramatique ici (en anglais).

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Difficile de rapporter des souvenirs photographiques de Florence. No foto dans les musées, dans les églises, les boutiques. Dès qu'on remarque mon appareil : no foto !

Au Palazzo Strozzi, le mec à l'entrée me regarde de haut en bas et voit mon appareil (photo). Il sourcille, mais il ne dit rien. Donc je présume que pour une fois, c'est foto si ! Joie.

Mais plus loin, alors que je vais documenter un superbe Bronzino, la gardienne de la salle s'élance vers moi en gesticulant. Ses yeux me fusillent, je la croirais prête a me planter un poignard dans la jugulaire :
- no foto !
- (moi en langage des signes) même pas sans flash ?
- no foto !
- même pas pour atténuer l'ignorance crasse de mes amis grâce a mon splendide blogue ?
- no foto !
- (je mime toujours) êtes-vous en train de me dire que la lumière naturelle réfléchie par ces chefs-d'oeuvre les altère irrémédiablement lorsque, un peu plus loin sur sa route, elle découvre qu'elle est en voie d'être captée par un dispositif photosensible non organique ?
- NO FOTO !!!
- ok, ok, no foto...

Des photos, ils en vendent à la sortie de tous les musées. Dans les boutiques. Dans les églises, aussi.

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Je ne sais pas combien de fric j'ai laissé à l'Église catholique. J'ai visité pas mal de lieux de culte. Plusieurs ont leur petit bookshop où on peut acheter un rosaire en plastoc officiel, approuvé par le Vatican, ISO Jesus-Christ, avec la photo du pape dessus. Si j'étais eux (les commerciaux du Vatican), je créerais une ligne de chapelets de luxe, en association avec la maison Cartier. Ça ferait fureur chez les trafiquants mexicains et les nouveaux riches polonais, deux classes sociales qui ont la réputation d'être très pieuses.

lundi 22 novembre 2010

Nuit belge

MissK vous a parlé in extenso de notre week-end à Bruges dans un billet récent. Cette ville est une véritable carte postale. Je m'y suis amusé avec les fonctions de nuit de mon appareil-photo. C'est vraiment un appareil d'entrée de gamme, je ne suis pas photographe, et ça fait du flou dès que je bouge un peu. Mais bon, voici quelques souvenirs.





















Munich inside

Je vous ai parlé de mon week-end à Munich dans le billet précédent. Juste un dernier petit mot pour vous inviter à visiter ses musées. On y trouve des choses intéressantes.

La Alte Pinakothek présente une belle sélection de classiques : El Greco, Rembrandt, Rubens, Van Dyck, Botticelli, De Vinci, Lippi, etc. Pas les oeuvres majeures, mais un beau regroupement compact qui permet de faire histoire de l'art 101.

Cette toile d'Esaias van de Velde a fait sourire le Canadien en moi. Elle est datée de 1618. On y voit des patineurs hollandais. Mais surtout, certains tiennent un bâton et semblent jouer à une version primitive de hockey sur glace.



Y'a aussi cet auto-portrait du peintre allemand Albrecht Dürer. Il a été peint en 1500. Ce qui me fascine de la période de la Renaissance, c'est que les arts en occident font un véritable saut quantique en matière de maîtrise. Depuis 500 ans, on peint des Jésus sans perspective ni proportions. Et puis en l'espace de 50 ans, on bascule vers ceci :



Pour les fans de moderne et de contemporain, il suffit de traverser la rue pour visiter la Neue Pinakothek et le Museum Brandhorst. Ce dernier musée, dans un édifice multicolore très sympa, conserve quelques beaux trucs. J'ai beaucoup aimé ces férailles polychromes du sculpteur américain John Chamberlain :





Mais le Brandhorst fait un peu une fixation sur l'artiste Cy Twombly, que je ne connaissais pas. La majorité des grandes salles lui étaient consacrées lors de mon passage. Je suis resté un peu perplexe devant son « Lepanto », et surtout devant ses « Roses » :





D'ailleurs, j'aurais plutôt intitulé cette toile « Oeufs au plat avec ketchup » :



lundi 15 novembre 2010

Munich outside

Y'a pas longtemps, j'ai passé un long week-end à Munich en compagnie de MissK. Une jolie ville sympa, relaxe, propre. Ça change de « l'animation » de Paris. Je vous mets quelques photos.







Les promenades sont agréables à Munich. Les rues sont paisibles et les parcs nombreux. Il règne sur les lieux une certaine tranquilité, un ordre qu'on dirait tout allemand. D'ailleurs, les murs ne sont pas couverts de tags dégueulasses (l'équivalent artistique de l'urine de chien mâle). Ça fait de la place pour les véritables artistes de la rue.





Faudrait pas penser que ville tranquille = ville ennuyante. Les surprise sont nombreuses. Par exemple, les surfers du Englischer Garten.



Ça vous intrigue, des surfers à 500 kilomètres de la mer ? MissK vous raconte tout dans son billet.

Faut pas trop faire de régime quand on va à Munich. Premier repas : cette magnifique sélection de charcuteries locales.



Dans cette assiette, y'avait environ 1,5 kilos de protéine sous diverses formes. Deux sortes de boudins, deux têtes fromagées, du saucisson, du jambon, du camembert fouetté au paprika, etc. J'ai goûté à tout, et c'était savoureux. Mais impossible de terminer : j'en ai laissé plus de la moitié. Et attention au raifort râpé (MissK vous explique ici).

C'est comme ça partout à Munich. Faut pas viser le 3 étoiles, mais c'est honnête, roboratif et satisfaisant. Au Augustiner Am Dom, le plat de saucisses grillées sur feu de bois, avec sa choucroute maison et sa große bier, était parfait en matière de comfort food réussie. Et la bière est toujours bonne, ce qui n'est pas le cas en France.

Mais bon, je le redis, la mentalité locale n'est pas au régime. Dans ce coin, je crois qu'au lieu d'éviter les calories, on a choisi de les brûler par l'activité. Alors on trouve de tout sur les tablettes, dont ceci :



Quelle ne fut pas ma joie de tomber sur le Bifi Roll, une gâterie magnifique. Ce triomphe de l'ingénierie et de la conservation alimentaire est produit par Unilever Allemagne. Il est vendu en plusieurs versions, à côté des tablettes de chocolat. En gros, il s'agit d'un bâton de salami dans un tube de pain impérissable. Le genre de truc parfait pour un voyage interstellaire.



J'adore ce genre de bouffe. Pas vraiment pour la manger, mais plutôt pour suivre les progrès de la science en matière alimentaire. Viendra un siècle où, surpopulation oblige, nous devrons compter de plus en plus sur les industriels. Étonnament, la liste des ingrédients du Bifi Roll n'est pas si incompréhensible qu'on pourrait le présumer au moment de la dégustation (qui s'est limitée pour moi à renifler l'aliment). Chose certaine, avec ses 450 kilocalories par 100 grammes, dont 31 grammes de gras et 27 grammes d'hydrates de carbone (sucres en tous genres), la friandise offre un moyen compact de nourrir l'humanité.



Pour finir, un petit conseil. Lorsque vous quitterez Munich, je vous recommande chaudement de manger avant de franchir la sécurité aéroportuaire. Il serait triste de garder, comme moi, cette dernière impression d'une ville somme toute fort agréable :



Déjà qu'initialement le currywurst est au bas de l'échelle gastronomique, si en plus on le sabote, et qu'on le vend à 9 euros, ça devient morose. Vous ferez une meilleure affaire en vous enfilant deux Bifi Rolls. Faites descendre avec une Weißbier. Mais vaut mieux éviter d'en parler à votre cardiologue.

mercredi 3 novembre 2010

La fameuse pluie normande

J'ai pas du tout envie de vous écrire un billet. Je reviens d'un beau voyage en Normandie avec MissK. Et comme elle, je suis rempli d'une zénitude qui me rend un peu paresseux.

Alors pour partager avec vous, je vous mets quelques photos. Svp contrôlez votre jalousie.

Ce que j'aime du Cotentin, c'est le ciel, la mer, et surtout le calme.



La verdure, et les vieux manoirs en pierre grise.



La petite église de Bretteville-sur-Ay, et la lumière à travers ses vitraux.





Au soir, le Cotentin nous réserve toujours un spectacle.





Petit luxe pendant le séjour, nous nous sommes payé un resto étoilé. Le Pily. L'éclairage n'était pas au top, mais j'espère que ces quelques photos vous feront saliver. Pour nous faire patienter, ils nous ont apporté quelques belles crevettes à l'anglaise. Sympa.



Puis, une jolie petite crème de carotte, arrosée d'une huile d'olive parfumée. Le mot-clé ici, c'est « crème ». Doux et onctueux, mais pas nécessairement léger. Heureusement, la portion était petite.



Et puis voici une des deux entrées : foie gras laqué au miel, avec mangue, cumin, fruit de la passion, panais. C'était cochon.



En plat, MissK a pris un morceau de boeuf du Cotentin avec légumes de saison. Elle a plus ou moins aimé la texture de la viande, à la fois tendre mais ferme. Pour ma part, j'ai adoré finir son assiette.



J'avais au préalable engouffré ce beau morceau de morue (cabillaud) et sa jolie émulsion, le tout posé sur un risotto et un jus de poulet bien réduit (superbe idée). Mon plat préféré du repas.



Les desserts étaient plutôt intenses. J'y suis allé en chocolat. Dans un cylindre craquant, du sorbet, des éclats de cookies bien beurrés, et de la poire William.



MissK a fait bal en blanc, avec un cylindre de meringue fourré de caramel au lait, de mousse au fromage, et de pommes tatin. J'ai pu goûter. Je n'aime pas trop la texture sableuse de la meringue sous la dent, mais c'était quand même splendide. Alors pour ceux qui aiment, ça doit être le délire.



J'ai beaucoup aimé l'expérience. On sentait l'effort, la recherche, le soin. Ça valait son étoile. Mais pour critiquer un peu, je dois dire que c'était plutôt riche. Beaucoup d'onctueux, beaucoup d'huiles, beaucoup de saveurs rondes. J'aurais aimé un petit légume vapeur sur le bord de l'assiette, ou des mariages avec plus d'acidité. Par exemple, au lieu de l'habituelle association foie gras et mangue, j'aurais aimé essayer avec de l'orange. Et même un peu de cacao, pour apporter de l'amertume et de l'astringence dans tout ce coulant. Mais les Français préfèrent le velouté. C'est pas pour rien qu'ils enduisent toutes leurs viandes de sauces à la crème.

Faut aussi dire que David et Elisabeth, nos amis du Biao Cotentin, nous avaient réservé une surprise un peu plus tôt dans la jourée. Un petit repas à la bonne franquette, comme ils disaient.

Ça a commencé par 12 belles huîtres pêchées tout près, fraîches et délicieuses avec un trait de citron. Puis un joli potage de potiron du jardin. Je pensais que c'était fini, mais ils m'ont sorti une énorme cuisse de pintade rôtie, avec trois sortes de purée, encore du jardin (la terre est généreuse). Après avoir discrètement détaché mon bouton de pantalon, j'ai accepté qu'on me passe l'assiette sur laquelle trônaient trois beaux fromages de la région. Je pensais que c'était fini lorsqu'ils ont apporté la tarte au pommes, toujours du jardin. Nous sommes sortis de table à la fin de l'après-midi. J'avais trois heures pour digérer avant d'enchaîner avec l'étoilé du soir. Ça explique peut-être mon envie de légumes vapeur. Mais bon, faut bien abuser quand on nous en donne l'occasion.

Ce soir là, le sommeil ne s'est pas fait attendre. Une bonne chose, car j'ai pu attraper l'aube, le lendemain. L'air pur et la paix. Le potiron dans la lumière bleutée.





J'aime bien quand les gens disent qu'il pleut toujours en Normandie. Après six visites, je n'ai pas photographié un seul nuage gris. Mais ça, personne n'est obligé de le savoir.

lundi 25 octobre 2010

L'état de la France

Ces jours-ci, la France s'étouffe un peu sur cette grosse pilule raboteuse qu'est la réforme des retraites. Comme le rôle des médias est de construire l'enflure médiatique, mes amis et parents d'Amérique croient peut-être que je vis terré chez moi en attendant la fin des violences et du chaos national. Je viens donc au rapport afin de leur présenter un compte-rendu fidèle à la réalité. D'entrée de jeu, cessez de vous inquiéter. La France a souvent des problèmes digestifs, mais elle finit toujours par faire son petit rot.

Les transports

Si vous avez prévu rester coincés à Paris, la situation n'est pas trop mauvaise. La RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens, ou Reste Assis T'es Payé, selon les diverses interprétations entendues) participe plutôt mollement aux contestations. Les transports dans Paris sont donc très près de la normalité. Certaines mauvaises langues disent que les employés de la RATP se foutent bien de la réforme, car ils auraient droit à un régime particulier qui leur permettrait la retraite à 55 ans. Peu importe la raison, les métros roulent bien.

Les employés de la SNCF bénéficieraient aussi d'un régime avantageux. Mais tradition oblige, ils s'impliquent fortement dans le mouvement. La SNCF fait la grève depuis les 35 dernières années et ne se souvient plus trop pourquoi. Il n'est pas prévu que les contestations cessent avant 2041. Les conséquences sont la supression de certains trains et une dégradation du service. Ceci donne au pays des airs d'Italie, ce qui sera vu positivement par les amateurs d'exotisme et d'aventure.

Petite précision aux étrangers, l'interconnexion à Gare du Nord est suspendue. Tout le monde répète ça, mais personne n'explique ce que ça veut dire. C'est que les transports du centre de Paris sont assurés par la RATP, et ceux de la périphérie par la SNCF. Et le Transilien, peut-être. Allez donc savoir, on est en France. Gare du Nord est une espèce de ligne de démarcation entre les deux syndicats, comme il en existe une entre les deux Corées. Habituellement, c'est fluide. Mais en cas de conflit, comme la RATP et la SNCF ne s'entendent pas sur les moyens de pression, l'interconnexion est suspendue. Donc, si vous atterrissez à Roissy-CDG, vous attendrez au moins 30 minutes pour un train, et celui-ci vous laissera à Gare du Nord.

Pour ceux qui comptaient prendre le RER B pour aller de Roissy à Orly (l'autre aéroport), ben c'est loupé. On ne traverse plus Paris sans souffrance. Il y a trois options. La première, c'est de faire Roissy-Gare du Nord en RER-B version SNCF, traverser la ville en métro ou RER-B version RATP, et remonter sur le RER-B SNCF un peu plus loin. Rien compris ? C'est le charme de la France qui commence à opérer. Prévoir au moins 3 heures. La deuxième option est de prendre un taxi. Prenez aussi une hypothèque, car les autoroutes sont en travaux. La troisième option est la plus simple : posez le canon sur votre tempe et appuyez sur la détente. Vous trouverez une très bonne armurerie à côté de Gare de l'Est. Petite note en passant, si vous favorisez l'option 2 (taxi), n'oubliez pas qu'il y a pénurie de carburant (voir plus bas).

En fait, l'avion est à éviter ces jours-ci. Il est déjà difficile d'arriver à l'aéroport par voie terrestre car les accès sont parfois bloqués par des manifestants. Il faudra alors marcher (photo ici). De plus, comme les contrôleurs aériens participent au mouvement, il est possible que votre vol ait été annulé. Ceux qui arrivent par les airs ont plus de chance, ils pourront atterrir. Mais ça sera peut-être à Rennes, ce qui impliquera de rallier Paris en train SNCF (voir plus haut). Les vrais chanceux seront ceux dont l'avion aura été détourné vers une destination jouissant d'une meilleure cohésion sociale, comme le Soudan.


Source photo : wikipedia.


La pénurie d'essence

Après avoir évoqué une éventuelle pénurie d'essence pendant tout un week-end, ce qui a semé la panique et auto-réalisé la pénurie, les médias d'ici en remettent une couche. La semaine dernière, le gouvernement a fortement réagi en dépassant les quotas habituels de distribution aux stations-service. Ceci a presque permis un retour à la normale au cours des derniers jours. Déçus de voir la panique quasi-étouffée, les médias reviennent à la charge en évoquant une seconde vague de détérioration de l'approvisionnement.

Mais le gouvernement veille au grain et réquisitionne le personnel des 12 raffineries françaises (elles sont toutes en grève au moment d'écrire ceci) pour assurer un minimum de distribution. De plus, du carburant est importé des pays voisins. Toutefois, ces importations affectent les prix à la pompe, qui ont augmenté. En fait, il semble que les stations-service aient un peu anticipé la décision gouvernementale : elles ont commencé à augmenter les prix dès le début de l'auto-réalisation de la pénurie.

À Marseille

Certains grévistes impliqués dans d'autres conflits, ailleurs en France, ont décidé d'abandonner leurs revendications initiales pour joindre le mouvement contre la réforme des retraites. À Marseille, le port est en grève depuis un mois, de même que les cantines scolaires. Mais, on ne craint pas trop pour l'approvisionnement alimentaire, car les éboueurs sont aussi en grève. Il y a toutefois pénurie du livre "Comment apprêter les restes" à la FNAC. Petit conseil aux touristes : si vous n'êtes pas habitués aux odeurs prenantes, commencez par Haïti.

La casse

À Montréal, quand les Canadiens remportent la finale de la division Est, on défile en masse sur Sainte-Catherine. Des délinquants désoeuvrés profitent de ce mouvement de foule pour casser des vitrines et brûler des voiture. C'est la même chose en France. Mais comme l'équipe nationale de foot est complètement nulle, on défile contre la réforme. Faut bien une raison.

Dans les prochains jours

Ici, s'il y a truc encore plus sacro-saint que le droit de grève, c'est les vacances. Or, nous sommes en plein congé scolaire de la Toussaint. L'appareil politique espère grandement que cette accalmie permettra d'étouffer le mouvement de contestation. Mais les syndicats ne l'entendent pas ainsi : ils ont prévu deux nouvelles journées nationales de manifestations. C'est le taux de participation à ces journées qui nous dira si le mouvement a encore du souffle.

On peut s'interroger sur la pertinence de ces deux nouvelles journées, puisque le texte de la réforme a déjà été accepté au Sénat. Plus que quelques formalités pour qu'il devienne loi. Cela dit, quand il s'agit de descendre dans la rue, les Français ont maintes fois prouvé qu'ils n'ont pas nécessairement besoin d'une raison pertinente.

De leur côté, les médias font tout pour titiller les braises de la protestation, avec des titres comme "Le mouvement semble faiblir" et "Retraites : les mouvements sociaux prendront-ils fin une fois la loi votée ?" Il faut comprendre les journalistes. Ils adorent les grèves, car ça fait du boulot facile : vox-pop dans la foule, interlocuteurs connus et disponibles, reportages en métropole, entrevues gratos. À la limite, on peut même rejouer les images de la dernière fois. Je l'ai constaté sur France 3, qui m'a mis deux jours de suite le même Parisien dans la même file qui disait la même chose en attendant de pouvoir faire le même plein d'essence. Mais soyons justes, les journalistes ont le droit de ne pas bosser eux aussi.

J'espère que ça vous éclaire.


P.S. - Un système public, ça se paye. À vous, Français, qui défilez jusqu'à Place de la Nation (où j'habite) parce que vous voulez conserver la retraite à 60 ans. Quand vous avez fini votre marche, quand les mégaphones sont éteints, et que vous prenez le métro pour rentrer à la maison, payez donc votre ticket au lieu de sauter par dessus le tourniquet. Pendant les manifs, je vois 1 voyageur sur 2 frauder. Et 3 sur 5 ont leurs vêtements couverts d'autocollants syndicaux. Ça me rend un peu cynique.

dimanche 17 octobre 2010

Falut Sred

Salut Fred. Je tiens à te dire merci pour cette jolie soirée de vendredi. Merci beaucoup.

Fred m'a donné l'occasion de jouer au barman en l'honneur de sa toujours charmante Charlène, dont c'était l'anniversaire. Petite soirée de cocktails qui est devenue nuit, puis petit matin. Je suis rentré en taxi à l'aube, et j'ai traîné une merveilleuse gueule de bois jusqu'au samedi soir.



C'était en compagnie de potes sympathiques, et bien sûr de copines, toutes délicieuses et délicieusement parisiennes. On a ri, on a dansé, on a bu, on a fumé 97895 cloppes. Merci aussi aux voisins, trop couillons pour appeler les flics. C'était un peu ma petite vengeance, pour tout mon sommeil troublé par mes propres voisins ces deux dernières années.

J'aime Fred pour sa manière de dire des énormités avec classe. Il sait être obscène sans être vulgaire, et vulgaire sans être obscène.

À gauche sur la photo, Fred joue à ressembler à Andrew Loog Oldham. Droits d'auteurs obligent, notez que j'ai piqué la photo sur le profil facebook d'une de ses amies, Anaïs Vercken, photographe. Toutefois, dans les commentaires, une certaine Claudia Gomez revendique la maternité du cliché. Je les laisse démêler ça.

Amitiés à Charlène.