mercredi 30 mars 2011

Le Français râle parce qu'il a raison

Y'a deux trucs qu'on remarque dès qu'on pose le pied en terre de France. Primo, le Français râle toujours. Deuxio, le Français a toujours raison. Ou plus précisément, le Français se comporte comme s'il avait raison, même quand il a tort.

J'ai longtemps considéré qu'il s'agissait de deux traits de caractère distincts et dissociés. Et puis récemment, comme ça, au milieu d'un repas à la cantine, j'ai eu une petite épiphanie : le Français râle parce qu'il a raison. Il y a corrélation, les deux phénomènes s'alimentent. Eureka.

Il est impossible de critiquer ouvertement et honnêtement quelque chose si on n'est pas persuadé d'avoir mieux à proposer. La licence de râler est obtenue par la possession d'une proposition supérieure à celle de la partie adverse. En gros, pour râler, faut croire qu'on a raison et que l'autre a tort.

Or, le Français a toujours raison. Ça fait partie de sa culture, de son éducation. Dès sa tendre enfance, il apprend à avoir toujours raison. Dans les maternelles françaises, c'est du dessin, un peu de Descartes, et beaucoup de Schopenhauer. Avant l'âge de 10 ans, tout petit Français aura obtenu un certificat attestant qu'il a droit au râle perpétuel. La nation française ne cherche pas le consensus, mais la domination (voir 'Napoléon' et 'Traité de Versailles'.)


Source photo : wikipedia.


Là, vous vous dites : « Ben voyons, on ne peut pas toujours avoir raison ! » Si vous vous dites ça, c'est que vous croyez naïvement qu'il n'existe qu'une seule vérité, pure et indélogeable. Je me vois forcé de vous recommander la lecture des diverses versions de l'Encyclopédie Russe publiées sous Staline.

La raison et la vérité ne sont en réalité que matières malléables, qu'on peut adapter aux circonstances. Encore mieux, elles ne sont que des ballons de foot qu'on cherchera à prendre à l'adversaire.

Le Français n'est pas con. Souvent, il sait qu'il a tort. Pour préserver son droit au râle, il s'est entraîné à modifier subtilement, au cours d'un débat, tout son argumentaire. Il faut se méfier du Français : en cas de besoin, il n'hésitera pas à paraphraser vos propres arguments, et à vous attribuer les siens, pour conclure que vous avez tort.

La manoeuvre est subtile, et toute en finesse. À un moment du débat, vous aurez l'impression que le Français dit la même chose que vous. Il est déjà trop tard : il vous a pris par le flanc et occupe votre position. Vous lui avez permis de manoeuvrer hors de sa position originale. Son prochain mouvement sera de vous forcer à vous rabattre sur ses anciennes positions, pour ensuite vous critiquer. Attention, ça peut aller très vite ! Suffit de quelques répliques. Un exemple :

Vous : Attends ! Tantôt tu disais que l'asphalte était blanche !
Lui : Tu m'as mal compris, je n'ai jamais parlé de 'blanc', mais plutôt de l'impossibilité d'un 'noir pur'. C'est toi qui disait 'noir'. Or le 'noir pur', tel que tu l'entends, n'existe pas, sinon il ne serait pas visible, parce qu'il absorberait toute la lumière.
Vous : Ben là, on dit la même chose. L'asphalte est plutôt noire.
Lui : Mais pas du tout ! Moi je défends depuis toute à l'heure une asphalte dans le spectre de la lumière visible, et qui tend vers la blancheur à mesure qu'elle vieillit. Alors que toi tu parles de 'noir pur', ce qui est aussi absurde que le 'blanc pur'. C'est important d'être clair quand on s'exprime.


Notez au passage la petite remarque assassine à votre endroit : « C'est important d'être clair quand on s'exprime. » Il s'agit d'un mouvement classique de diversion. Voulant solidifier ses bases nouvellement acquises sur vos anciennes positions, le Français utilisera ce genre de stratagème pour gagner du temps. Pendant que vous répondrez à l'insulte, il en profitera pour vous repousser encore plus loin sur ses anciennes positions.

Le but du jeu, ce n'est pas d'avoir raison, mais de prendre possession de la raison. Un fois la raison acquise, on peut râler jusqu'à plus soif : « Vous, les Canadiens ! Dire que l'asphalte est 'noir pur', comme si c'était possible. Après, vous vous demandez pourquoi nous avons de la difficulté à vous comprendre. Et menteurs, en plus ! Vous osez prétendre que nous avons dit 'blanc'. C'est vraiment de la mauvaise foi ! Ou à tout le moins, un profond manque de culture ! »

Vous croyez que j'ai tort ? Lisez ceci. Vous verrez que l'auteur est allemand, mais que le texte est très français.

samedi 19 mars 2011

Belle folie

Quiconque vit quotidiennement les transports du matin, à Paris, a fait l'expérience d'un flirt avec la folie. Les retards, la cohue, la saturation, les gens qui courent, les gens qui poussent, la petitesse. Assez rapidement, t'as envie de frapper quelqu'un. N'importe qui.

Moi, j'aime démarrer lentement. Alors au cours de mes premiers mois ici, je vivais mal cette injection d'agressivité, si tôt après ma sortie du lit. Il a fallu que je trouve des moyens pour me protéger le mental matinal.

Ma première adaptation a été de ralentir. De laisser courir les gens, au lieu de les suivre stupidement. Dans les couloirs du RER, les Parisiens se mettent à courir sans trop savoir pourquoi. Comme tout le monde, ils veulent attraper le prochain train. Mais le matin, il y a un train à toutes les trois minutes, alors moi je ne cours plus.

Autre adaptation : je laisse passer les gens. Vous êtes pressé monsieur ? Vous aimez tellement votre super boulot que vous voulez arriver au moins 13 secondes avant tout le monde à la machine à café ? Passez.
Et vous madame, qui me poussez dans le dos avec votre sac à main, vous la voulez à ce point, cette marche dans l'escalier roulant ? Je vous en prie, allez-y, elle est à vous.




Jusqu'à récemment, je faisais mon trajet penché sur mon BlackBerry, à lire emails et nouvelles. Mais le 8 mars dernier, j'ai trouvé une nouvelle activité pour me détendre : je regarde les femmes. C'est magique. Une caresse sur ma zénitude. Un verre d'eau fraîche par une chaude journée d'été.

Je me demande bien pourquoi je n'y ai pas pensé avant. Y'a-t-il plus beau au monde qu'une femme ? Dans un RER bondé, y'a toujours un paquet de femmes magnifiques. Celle-là a 20 ans de plus que moi, mais quelle élégance, quelle détermination sur ses lèvres ; on dirait qu'elle s'en va conquérir un continent. Et cette Africaine qui écoute de la musique ; elle porte de gros écouteurs or et noirs qui s'agencent bien au charmant contraste de ses quelques mèches blondes. Tiens, une jeune BCBG : lunettes en écaille, cheveux lissés, joue satinée, un visage à craquer. Ici et là les cils infinis, les yeux noisettes, les sourires timides, les faussettes, les franges raffinées, les lobes délicats, les grains de beauté heureux, les beaux grands nez droits et les petits nez fouineurs, les doux angles de mâchoire, les nuques somptueuses, les ovales parfaits, les coiffures brillantes, les rubans coquets.

Et les lèvres ! Les lèvres rouge orage, rose comète, sycomore, bois des îles, sari doré, patchouli, folie de grenat, fabulous rouge, pêche frivole, rêve d'or, pushy pink, orange fashionista, prune glitter rescue, rouge enflammé, abricot soyeux, tulipe noire, violine sucrée, vanilla truffle, cherry passion, les impudiques lèvres nues. Des dizaines de bouches exquises, fragiles ou charnues, sur lesquelles se pencheront des milliers d'yeux, et bien sûr quelques visages privilégiés.

Je vous entends me juger, bigots que vous êtes : « Ah le cochon ! Ah le reluqueur éhonté ! » Sachez que dans le RER, on ne voit que les têtes. On est trop les uns sur les autres pour voir autre chose. Et puis j'ai le regard naïf de celui qui aime la beauté pour la beauté. C'est beau, une femme. C'est comme un arbre. Ou la mer. Mais en plus beau.

Dans la grisaille quotidienne des tunnels, s'il n'y avait que les hommes avec leurs uniformes et ridicules complets-gris-cravate-bleue, on aurait envie de se pendre. Merci mesdames d'éclairer un peu mes matins. Vous me transportez beaucoup plus que le RER.


(Je vous ai écrit ce mot le soir du 8 mars. C'était ma manière de souligner votre Journée internationale. Désolé pour la mise en ligne tardive. Mais comme on dit, faut se laisser désirer.)

mardi 22 février 2011

Grippe d'homme

Parmi les nombreux rôles qui m'ont été assignés dans mon existence, il y a celui de dégrossir l'humanité. C'est pourquoi j'aimerais profiter de mon petit arrêt de travail pour démystifier une maladie grave et souvent sous-estimée : la grippe d'homme.

La gent féminine, probablement à cause de son nombrilisme inné, a tendance à mépriser l'ampleur des symptômes de la grippe d'homme. Il est connu que les femmes sont génétiquement programmées pour solliciter toute l'attention, en tout temps. La survie de l'espèce en dépend. Sans cette tendance naturelle, l'humanité aurait pris fin suite à une interminable partie de foot. On ne peut donc pas accuser de mauvaise foi les dames lorsqu'elles nient l'existence de la grippe d'homme ; leur réaction est le fruit d'un réflexe de survie.

Mais reste que la grippe d'homme s'explique le plus simplement du monde par un bref calcul statistique. Le poid moyen des hommes Français est de 77 kilos. Celui des Françaises est de 63 kilos. Un peu partout sur terre, on constate un écart similaire : la masse des hommes est 22% plus évelée que celle des femmes.

En gros, les hommes ont 22% plus de muscles, 22% plus d'os, un cerveau 22% plus gros, et 22% plus de terminaisons nerveuses. Donc leur douleur perçue est 22% plus élevée que celle des femmes. J'avancerais même qu'elle est en réalité 30% plus élevée, car les femmes ont une proportion plus importante de masse adipeuse, et personne n'a jamais rapporté avoir mal à sa graisse. Autre facteur qui propulse la grippe d'homme au panthéon des grandes douleurs : la pillosité. Une vraie bonne grippe fait souffrir jusqu'à la racine des poils. Or, les femmes sont moins poilues que les hommes, donc moins souffrantes en cas de grippe.

Source photo : wikipedia.


Si la création d'une distinction pour la grippe d'homme est un événement récent en médecine moderne, on trouve quand même des mentions de la maladie dans des textes très anciens. Dans son 8e épitre aux Lithuaniens, datant de 267 après Jésus-Christ, Saint-Philibert écrit : « Rappelez-vous, mes frères, que la justice de Dieu est infinie. Le 8e jour, Il créa la grippe d'homme pour équilibrer un peu la somme des douleurs au cours d'une vie. Ainsi la femme enfantera 3 fois, et l'homme aura une trentaine de grippes, une répartition somme toute assez honnête. Après, si la meuf décide d'en faire un quatrième, c'est son problème. On ne commencera pas à attraper des virus par solidarité, quand même. »


Symptômes

La grippe d'homme se caractérise par plusieurs symptômes. Hormis l'affection de toute terminaison nerveuse du système pileux mentionnée plus haut, on retrouve :
  • Impression d'avoir du silicone dans les sinus.
  • Acouphènes en stéréo rappelant l'oeuvre d'Edgar Varèse. (Enregistement ici.)
  • Maux de tête qui, par leur ampleur, sont d'une certaine manière bénéfiques pour l'égo.
  • Fièvre, frissons, et le sentiment d'avoir une batterie 9 volts connectée à la base de l'épine dorsale.
  • Étourdissements.
  • Courbatures toujours plus sévères. (Des statistiques remontant à 1932 indiquent que chaque nouveau cas de grippe d'homme, sans aucune exception, a établi un nouveau record mondial de la courbature.)
  • Le souhait de regarder longuement la télé, la bouche entre-ouverte, en laissant s'écouler un filet de salive.
  • Toux profonde rappelant le cri du tracteur de ferme diésel, accompagnée de roulements de mucus similaires au bramements du cerf de Laponie.
  • Souhait obsessif d'avoir 8 ans et de pouvoir crier « maman ».


Une grippe d'homme mal traitée peut résulter sur une infection globale de toute canalisation de la partie supérieure du corps et de l'âme. On notera enfin chez le patient une sous-stimulation des récepteurs d'empathie féminine, parce que les femmes de l'entourage ont le réflexe injuste et inhumain de feindre une indifférence totale aux symptômes décrits ci-haut.


Traitement

La grippe d'homme est une maladie coriace qui se joue bien de tout ce que la science moderne peut offir. Toutefois, à l'aide d'une multi-thérapie intense, il est possible soulager légèrement et temporairement les symptômes du patient. Sont recommandés, en combinaison, et sous autorisation d'un professionnel de la santé :
  • Antibiotiques oraux. (Par exemple, Amoxicilline.)
  • Cachets d'antidouleurs. (Ibuprofène.)
  • Sirop pour la toux au goût de caramel. (Les surplus peuvent être réutilisés dans une tatin préventive.)
  • Application de Vicks Vaporub sur le torse et la gorge.
  • Application de Vicks Vaporub sur tout ce que vous touchez ensuite parce que cet onguent graisse pas mal les doigts.
  • Jus d'orange frais.
  • Liquides en bonne quantité.
  • Soupe au poulet avec crackers.
  • Pop-tarts.
  • Séances de sommeil sur le sofa. (L'insignifiance de la télé dans l'après-midi aide beaucoup à la prise de repos.)
  • Gémissements répétés.
  • Rhum martiniquais. (Sauf s'il y a prise d'antibiotiques, consulter son médecin.)


lundi 21 février 2011

Guide du ginglard

On m'a beaucoup fait rêver avec la bouffe sicilienne avant mon départ pour Palerme. Je salivais de ces pâtes aux broccolis et aux pistaches, de cette assiette où se recontrent l'Italie et l'Orient. Et bien, déception totale. Je dois malheureusement vous informer qu'après ce billet, j'aurai la mafia sicilienne sur le dos. Ou peut-être une autre mafia : celle des guides touristiques. Visiblement, certains établissements paient fidèlement le pizzo...

C'est normal d'avoir un peu de malchance en voyage. On tombera toujours sur un resto nul, parfois deux. Mais pas trois jours d'affilée. Surtout un gourmand comme moi. Je prends mon temps, je tourne en rond. Ça doit sembler frais, rempli d'indigènes, hors des lieux trop touristiques, ouvert depuis un moment. Il y aura parfois un sticker de recommandation touristique sur la porte, mais ce n'est pas nécessaire.

En fait, je me méfie un peu de ces recommandations touristiques. Avec Lonely Planet, c'est pas toujours bon, mais généralement le cadre est sympathique, le personnel agréable. Mais y'a une petite plaque, en particulier, qui me fait déguerpir. Cette petite image, sur une porte, est à mes yeux l'incarnation de la terreur alimentaire.


Source photo : wikipedia.


Pourtant, à Palerme, j'ai encore fait l'erreur de donner une dernière chance au guide XXXX. De dehors, la trattoria avait l'air sympa, remplie de vieux habitués (généralement un bon signe). Voici mes impressions, notées en live ce soir là. Elles témoignent bien du côté bouffe de mon séjour à Palerme :

Un ostie de restaurant de has-been. Que des vieux. Pâtes trop cuites, nourriture molle pour rateliers mal ajustés. Pour un anniversaire, les convives se font servir des bouchées dans de ridicules paniers recouverts de papier d'aluminium. Est-ce qu'il existe encore une seule personne sur terre qui associe mentalement le papier d'aluminium aux grandes occasions ?

Dans un coin, une télé beugle une version italienne de 'Gagnez des millions'. À chaque quitte ou double, le réalisateur met en trame de fond la musique de 'Vendredi 13'. Le tout entrecoupé de pubs de lessive. C'est comme un deuxième degré de mauvais goût dans ce boui-boui momifié. Bonjour l'ambiance. Après des pâtes tièdes, accidentellement fondantes, et recouvertes d'une purée de broccoli beige, on me sert ma friture de poisson sur une dentelle en papier. Ça remonte à quand, la dernière fois que j'ai vu une dentelle comme ça, 1983 ? (Ndlr : on dit que le pouple perturbe le sommeil quand il n'est plus trop frais. J'ai fait des cauchemars horribles toute la nuit suivante.)

Merci, guide XXXX. Encore une fois, une belle recommandation. À moins qu'il existe un trafic de vos petites plaques, vous avez aimé cet endroit en 2005, 2006, 2007. Et ça ne pouvait pas être mieux lors de vos « visites », parce que la déco (et la bouffe, et le personnel, et la clientèle) datent de 1972.

Après avoir mangé médiocre à Nice, en Bretagne, au moins 10 fois à Paris, en Espagne, en Allemagne, je m'étais juré de ne plus jamais entrer dans lieu estampillé guide XXXX. C'était ma petite promesse à moi-même. Que je n'ai pas tenue, encore. Pourquoi je me trahis ainsi ? Pourquoi cette perversion ? Pourquoi cette propension à répéter mes erreurs ? Ça mériterait une psychanalyse.

Mais en attendant, j'ai compris que mon humble rôle dans la vie, si je ne dois en avoir qu'un seul, c'est de livrer à l'humanité cet avertissement : le guide XXXX, c'est trop souvent la garantie d'un repas moche et d'un hébergement passable. La dernière fois que XXXX a réévalué ses recommandations, c'était probablement sous Hérode. D'ailleurs, c'est peut-être à cause d'eux que le Christ est né dans une étable : « B&B de l'Étoile. Établissement coquet en retrait de la ville, qui malgré son côté rustique, est autant fréquenté par le jet-set oriental que par les gens du coin. Confort à l'ancienne, comme on aime, avec joli cadre naturel. La suite de l'Âne et du Boeuf (30 deniers/pers./nuit) offre une large vue sur les collines. »

(Ndlr 2 : comme c'est risqué d'avoir une opinion aujourd'hui, j'identifierai XXXX uniquement auprès des amis qui m'en feront la demande. Si vous êtes avocat, oubliez ça.)

Petite note en terminant. À Palerme, en cas de doute, restez-en au café (toujours incroyable), aux cannoli (les meilleurs de ma vie), au gelato à la pistache (un vrai goût de pistache, pas de colorant vert), et aux olives (croquantes et toniques). Ou louez une chambre avec cuisinette et profitez des splendides marchés de quartier.

Et en passant, de retour à Paris, cet article du Figaro confirme mon impression de Palerme : « Ne pensez pas trouver une canonnade de restaurants formidables, une pincée suffit après tout. » Suivi de quatre petites recommandations qui m'apparaissent plutôt tièdes. Habituellement, le style d'écriture magazine se livre à des débordements d'enthousiasme un peu plus baroques.

jeudi 17 février 2011

L'ère imberbe

Aujourd'hui sur Facebook, une amie a mis un lien vers cet article du journal Le Monde. En gros, le papier nous apprend qu'un artiste danois a été temporairement exclu de Facebook pour avoir mis sur son profil le tableau L'Origine du monde de Gustave Courbet. Si vous ne connaissez pas, en voici une image, gracieuseté de wikipedia (site qui sait toujours égayer ma journée).



Ce tableau me plaît bien, pour des raisons que j'estime évidentes. Une partie de moi s'émeut toujours à la vue de cette oeuvre, ce qui tend à me rassurer sur ma personne.

Bien qu'elle n'ait pas commenté le lien, je présume que mon amie, elle-même artiste et jouissant d'une certaine ouverture d'esprit, souhaitait dénoncer la réaction ridicule de Facebook. Je ne rate jamais une occasion de sauter dans la piscine olympique du ridicule quotidien. J'ai donc réagi avec ce commentaire : « Le problème, c'est pas vraiment les parties intimes. C'est le poil. Aujourd'hui, on ne tolère plus le poil. À New-York, on oblige les restos à avoir une section réservée aux poilus. La ville songe même à interdire complètement le poil dans les lieux publics. »

Une autre amie a répliqué : « Paul a raison, nous sommes à l'ère d'une autre nudité... » Ce qui m'a inspiré cette autre insignifiance : « C'est vrai : nous sommes à l'ère de l'imbécilité nue et décomplexée. Le jugement et le deuxième degré ont été rasés. »

J'ai tapé ce dernier commentaire en attendant le RER. Et comme souvent, j'ai attendu longtemps. Ce qui m'a donné le temps de penser un peu. Et c'est là que tout à basculé.

Et si nous étions entrés dans l'Ère du gamin ?

Je m'explique. Depuis quelques années, j'ai l'impression d'une croissance de la rectitude politique. Une nouvelle police morale, de plus en plus simpliste, semble veiller à ce que tout soit bien lisse, inoffensif. Par exemple, il y a quelques semaines, un organisme de réglementation canadien retro-interdisait la diffusion de la chanson Money for Nothing de Dire Straits, parce qu'elle contient le mot « faggot ». La chanson date de 1985.

On en rira. On criera « Honte aux curés ! » Mais si c'était nous, les curés ? Nous tous.

Y'a pas si longtemps, je regardais un documentaire sur Georges Wolinski, le célèbre dessinateur du Paris Match. Une image pour vous aider :



Dans le document, on a demandé à Wolinski ce qu'il pensait de la bédé grivoise d'aujourd'hui. Je paraphrase, mais il l'a décrite comme moins crue, peut-être moins grossière. Il semblait la trouver plus enfantine, autant dans le trait que dans le propos.

Et puis il y a tout ce nouveau design, dont nous sommes si friands depuis quelques années. On dirait que les objets de consommation qui nous plaisent ressemblent de plus en plus à des jouets.


Fiat 500 (source ici)



Logo Android



Coussin Pépin le malin (source ici)


Y'a cette expression qui revient constamment quand on crée des choses : « Faut que ça soit ludique. » Même au boulot, on veut des présentations Power-Point colorées, rigolotes.

Et puis y'a la nouvelle manière de communiquer, 140 caractères. Les vidéos qu'on abandonne après deux minutes parce que trop longues. La prépondérance de l'optimisme, de l'enthousiasme, de l'enjoué. La fin de la vieillesse. Les couleurs vives. Le réalisme bâillonné. L'épilation complète. L'atténuation des angles.

Je suis comme ça, moi aussi. Comme tout le monde, j'en redemande.

Alors y'avait toutes ces idées qui me traversaient l'esprit, et qui m'apparaissaient pointer vers une vague de fond, un vent dominant. Mais bon, c'était peut-être juste l'air déplacé par le RER, qui entrait finalement en station.

mercredi 16 février 2011

3 jours à Palerme

Bon, ce n'est pas 100 jours. Mais la fin est moins sanglante. Voici quelques-unes de mes notes sur un long week-end dans la capitale sicilienne.


Jour 1

Dès l'aéroport "international", on sent que Palerme vit en retrait des voies touristiques principales. Pour un ville de 1,5 million d'habitants, qu'une petite demi-douzaine de portes d'embarquement. Le tarmac presque désert : trois moyen-courriers low-cost, et le nécessaire Alitalia. Ils repartiront après une escale de 45 minutes. On ne fait pas le plein à Palerme. Une vingtaine d'arrivées par jour, le week-end. Je n'ose pas imaginer le lundi.

Palerme ressemble à un gros Hochelaga-Maisonneuve qui aurait été bombardé, mais il y a très longtemps. Ce qui est le cas.



L'ambiance est délinquante. Entre ruines et édifices en passe de le devenir opèrent des trésors de marchés. Poissons frais, darnes d'espadon à même la bête, petits calmars, broccolis vert tendre, olives géantes, câpres au sel, vendeurs d'anchois, agrumes, fenouil, pistaches, boutargue et thon séché. Les mobylettes poussent les gens, on crie, on invective. Sur les mêmes marchés, les jeans à 5 euros qui iront bailler sur les culs locaux, les cotons flasques, les nappes en vinyle, les rideaux en polyester. Plus haut, aux balcons, sèchent les mauvaises fringues achetées six mois plus tôt.

Marché du quartier Capo.


Marchand d'anchois.


Vendeur de broccolis itinérant.


Dans les venelles, murs écroulés et sofas abandonnés en 1983. Près des porches, des trios de chiens pouilleux dorment au soleil, les uns sur les autres. Les femmes font ce qu'elles peuvent, les mecs ont abdiqué. Des gueules qui semblent n'avoir jamais envisagé plus loin que la fin du mois. Même sur les rares vestons, on détecte dans l'absence de lustre la marque d'un temps dur qui s'éternise en normalité. Pas de soie luisante ici. Pas de mouchoir, pas de cuir verni. Peut-être quelques vieilles Mercedes poussiéreuses, mais rien de plus. Que du stuc qui s'effrite, des carreaux cassés, et les enseignes rouillées de cafés fermés il y a longtemps. Ça vit. Mais ça n'attend rien. Une seule chose semble compter : de la bouffe fraiche dans l'assiette. C'est déjà ça.


Jour 2

Palerme trouve un certain charme dans la tranquillité du samedi matin. Les rues désertes des vieux quartiers, l'occasionnel vendeur de fleurs qui promène son chariot vers le marché, l'herbe qui s'accroche à la pierre sale des balcons. C'est une ville peinte pour la lumière rude des étés brûlants, un dédale qui appelle une lassitude accablante. En février, on dirait qu'elle attend cet été comme un vieil amour malsain surtout fait d'habitudes.







Malgré tous les documentaires du Discovery Channel, l'Occident n'est pas parvenu à totalement démoniser Il Duce aux yeux des Siciliens. Discrètement, il garde sa place dans les magasins de souvenirs et les tabacs. Au même titre que Jean-Paul II, on lui dédie briquets, calendriers, assiettes décoratives. Dans la vie, chacun sa gamelle : Che Guevara ou Mussolini. Frijoles ou pasta.

Étrangement, cette ville fait moins peur le soir que le jour. Mais c'est peut-être le vin qui me fait ça. Je ne saurai pas pour la nuit ; je vais me coucher.



Jardin Garibaldi.


Jour 3

Dimanche, petit matin, je m'offre le luxe de traverser la rue lentement, sans craindre de finir encastré dans un pare-chocs.

Il y a un potentiel à Palerme. La Meditérannée, la Vucciria, la Kalsa. Ça pourrait être Barcelone. Pour commencer, quelques coups de pinceau sur la quantité de façades grandioses qui attendent une deuxième vie. Nettoyer les rues ; les gens y abandonnent bouteilles de bière, carcasses de voiture, matelas et vieux lavabos. Vider les poubelles qui débordent. Tenter de changer les mauvaises habitudes. Ne plus tolérer le stationnement sauvage sur les jolies places. Ni les raccordements électriques douteux. Dé-barricader les églises fermées. Et puis après, si on trouve du fric, travailler le bord de mer. Enlever le béton, mettre un peu de sable. Ensuite trouver un coeur de ville, un point de rassemblement.

C'est peut-être en train d'arriver. Quand on s'enfonce dans les ruelles sombres la nuit, les fesses un peu serrées, on trouve des piazzettas avec de sympathiques enotecas. Mais bon, qui suis-je pour pontifier ? Les Palermitains peuvent bien m'envoyer chier avec mes grandes ambitions, c'est leur droit.











Je dirais que Palerme est une destination pour qui a envie d'un air de clandestinité, d'un certain laisser-aller. Une authentique négligeance, un côté délinquant. Mais surtout pas la "délinquance" à la Jean-Paul Gaultier. Plutôt celle qui, occasionnellement, passe la nuit en prison.




mardi 8 février 2011

Y'a pas l'feu

Je n'ai pas beaucoup de temps ces jours-ci. Je sais que je vous néglige. Je n'ai pas grand chose de consistant à vous offrir. J'ai toutefois cette perle qui m'a été transmise par mon ami Fred.

Ça concerne un incendie survenu à la station de métro Ménilmontant, en août 1903. Ou plutôt, de ce qui s'est passé à la station juste avant : Couronnes. Une rame de métro bondée est arrêtée. Averti qu'il y a le feu un peu plus loin, le chauffeur ne redémarre pas. Bien logiquement il prie les gens de descendre pour évacuer la station.


Source photo : wikipedia.


C'est la suite qui est intéressante. Vous direz que je suis méchant, mais je la trouve révélatrice d'un certain esprit bien français : « Les gens commencent à en gravir les marches (de la sortie) lorsqu'une personne se met à demander qui va rembourser les billets. Trouvant cela légitime, les autres voyageurs se rassemblent et interrogent le conducteur qui ne sait pas. La foule s'énerve et proteste.

Cependant, la fumée de l'incendie (la fumée uniquement, le feu étant resté circonscrit à la rame de métro), qui a envahi la station Ménilmontant évacuée, se propage dans le tunnel pour jaillir soudainement dans la station Couronnes, côté tête du train où se trouvent les protestataires. Aveuglé, par réflexe, le groupe fuit la fumée vers l'autre extrémité du quai, malheureusement sans issue. Quelques heures plus tard, les pompiers compteront 84 corps, entassés les uns sur les autres. »


Je vous laisse tirer vos propres conclusions. Le texte original est ici.

dimanche 23 janvier 2011

Cuisine moléculaire

N'en déplaise aux Espagnols, la cuisine moléculaire a été inventée par les Français. Ce sont eux qui, avec les moyens d'une autre époque et par des méthodes empiriques, ont su combiner bactéries et éléments chimiques pour nous produire de grands classiques de l'alimentation.

Parmi les mets les plus appréciés en France, il y a cette préparation au lait infestée de bactéries, qu'on recouvre de moisissures du type penicillium candidum. Ce qui plaît surtout, c'est cette odeur particulière, due notamment à la présence d'ammoniac et de cadavérine, une molécule issue de la putréfaction de tissus animaux. Je parle ici du célèbre Camembert.


Cadavérine. (Source photo)

Au royaume du fromage, le savoureux Roquefort n'est pas en reste. Putréfié dans des grottes, il contient de l'acide butyrique. Cet odorant composé, aussi présent dans le beurre rance et le liquide gastrique (lire vomi), a déjà été utilisé comme répulsif contre des équipages de baleiniers japonais. Comme quoi la gastronomie peut aussi servir les causes environnementales.

Si vous aimez la compagnie, je vous recommande la Mimolette. Vous partagerez alors ce délicieux fromage avec les milliers d'acariens qui peuplent sa croûte. Ces petites bêtes ne font pas souvent le ménage chez elles : la belle couleur grise de la croûte provient de leurs excréments et carapaces.


Acariens gastronomes. (source photo)

Véritables maîtres dans l'art de faire moisir les choses, les Français ne s'en tiennent pas qu'au lait. Votre plat de choucroute, une excellente source de vitamine C, provient de choux qu'on a laissé fermenter, sans réfrigération, parfois jusqu'à huit semaines.

Autre preuve que le temps est un luxe, ce magnifique Sauternes, si liquoreux, et qui vous a coûté un bras. Son goût délicat vous est acheminé par botrytis cinerea, un champignon qui vide le raisin de son eau, ce qui concentre les sucres. Autrement dit, on vous a vendu du jus de raisins pourris. Santé !




mardi 18 janvier 2011

Z'enfants de la patri-i-e

C'est avec un plaisir sans mesure que j'ai dévoré le dernier numéro du Point, paru le 13 janvier (et toujours en kiosque au moment d'écrire ces lignes). Le thème de la semaine : « Les Français ».

Évidemment, et c'est le style hexagonal, on y trouve de nombreux textes de ce que j'appelle la poésophie. Par exemple, voici le deuxième de seulement (et heureusement) six paragraphes sur l'identité nationale, par la philosophe et historienne Mona Ozouf : « Trop de fées disgracieuses entouraient ce berceau : une guerrière, partie pour terrasser l'hydre du communautarisme ; une rusée, qui prétendait, à des fins politiciennes, faire rejouer aux Français un beau sursaut républicain ; une jacobine, qui avait confié l'identité à un ministère et imaginé de faire voyager la discussion à travers préfectures et sous-préfectures, du haut vers le bas, du centre vers la périphérie, de l'État vers la société ; une maladroite, enfin, qui avait couplé la question avec celle de l'immigration en cherchant si grossièrement à en camoufler la figure centrale, celle de l'islam, que celle-ci était aussi voyante que dans les devinettes de notre enfance la figure du voleur de pommes dans les ramures du pommier. »

Petit aparté : j'aime bien qu'on puisse lire une phrase à voix haute sans risquer l'asphyxie. Encore mieux quand c'est concret. Mais bon, la France étant ce qu'elle est, il faut toujours écrire en se laissant une porte de sortie. Un texte décorativement flou permettra de parer la critique avec le conciliant « vous avez mal interprété ma pensée », ou le plus agressivo-défensif « vous déformez scandaleusement mes propos ».

Mais allons au sujet de mon plaisir. Le numéro du Point est couvert de petites statistiques amusantes sur les Français. Évidemment, ma mesquinerie est légendaire. Donc, je ne vous rapporte que les chiffres qui m'ont fait sourire.

S'il y a une expression bien franco-française, c'est « boire comme un Polonais ». Dans les faits, avec une consommation moyenne d'environ 20 litres d'alcool par année, les Français de 1980, véritables goldoraks de l'alcoolisme, buvaient deux fois plus que les Polonais. Leurs plus proches rivaux à l'époque, les Néerlandais, roulaient sous la table à seulement 11,5 litres. Les Français se sont calmés depuis, la moyenne nationale ayant chuté à 12,6 litres. Ils sont maintenant deuxièmes, juste derrière les Irlandais. Mais ils boivent toujours plus que les Polonais (10,3 litres). Difficile d'abandonner ses paradis artificiels : les Français de 16 ans sont champions d'Europe de la consommation de cannabis.


Source photo : wikipedia.


Le Français ne travaille pas beaucoup. Statistique pour le prouver : il passe annuellement 1564 heures au boulot, contre 1804 heures pour un Américain. C'est vrai, la productivité française est une des meilleures au monde. Certains en profitent pour claironner : « Le Français travaille moins, mais mieux ! » Ça fait un joli slogan, mais c'est surtout dû au positionnement de la France dans les secteurs à forte valeur ajoutée, comme les technologies de pointe et les produits de luxe. Position que la France défend bien, il faut l'avouer. Reste qu'en bout de ligne, ce sont patrons et actionnaires qui en profitent : le niveau de vie moyen en France est 30% moins élevé qu'aux USA. Socialisme, vous avez dit ?

Si vous le voulez bien, passons au pieu, où certaines réputations semblent un peu surfaites. Le rapport sexuel français dure en moyenne une quinzaine de minutes. Avec 8h50 de sommeil par jour (dont probablement 1h50 au bureau – mon ajout), les Français sont champions du monde du plumard. Statistique éloquente, s'il en est une, les Françaises déclarent en moyenne 4,4 partenaires sexuels, alors que ces messieurs en déclarent 11,6. Étrange, n'est-ce pas ? La différence s'explique peut-être par le nombre d'Américaines qui viennent briser la nef de leurs fantasmes romantiques sur l'écueil de la productivité française (15 minutes par coup, faut-il le rappeler).

En guise de conclusion, mesdames les Parisiennes, si votre modèle masculin est un fainéant, buveur, paresseux tant au lit qu'au travail, je suis peut-être l'homme qu'il vous faut. Dernier petit point, mais non le moindre : en moyenne l'homme français mesure 175 cm et pèse 77,4 kg. Je suis donc statistiquement plus grand et moins gros que votre mec actuel. C'est déjà ça de plus.

dimanche 9 janvier 2011

Is it All Over Now, Baby-Boomer Blue ?

(Ce billet est en réaction au texte Questions d'image - Le tremplin et le bouchon de Jean-Jacques Stréliski, paru sur le site du Devoir, le 20 septembre 2010.)

Premièrement, une petite correction. Monsieur Stréliski dit que les baby-boomers sont « nés durant ou à la fin de la Seconde Guerre mondiale ». La définition classique parle plutôt de la période allant de 1946 à 1964. Bon, commençons...

La plupart des boomers que je connais se glorifient des années 60 et 70, et ça me saoule royalement. En 1965, les boomers n'avaient que 19 ans. Ils faisaient du rock'n'roll. Certains posaient des bombes dans des boîtes aux lettres. D'autres se faisaient charcuter au Vietnam. Mais ils ne décidaient rien du tout.

J'aimerais que les boomers cessent de revendiquer leurs glorieuses années 60 une fois pour toutes. (Et qu'ils arrêtent de nous passer des documentaires sur le sujet à la télé.)

Pierre Trudeau n'était pas boomer. Ni Michel Chartrand. Ni René Lévesque. Ni Lise Payette. Ni Jean Drapeau. Ni Fidel Castro. Ni John Kennedy. Ni Neil Armstrong. Ni Salvador Allende. Ni Mao. Ainsi de suite. Même Reagan (voir Reaganisme et Chute du Mur) n'était pas boomers. Tous nés avant la guerre.

Martin Luther King, Woody Allen, Brigitte Bardot, Marlon Brando, Jane Fonda, Al Pacino, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jean-Paul Belmondo, Noam Chomsky, Andy Warhol, Niki de Saint Phalle, Mohammed Ali : ils ne sont pas boomers. Même John Lennon n'est pas un baby-boomer !


Source photo : wikipedia.


Dans les années 60, les boomers ne contrôlaient pas grand chose, sinon une nouvelle manière de consommer. Et pas beaucoup plus dans les années 70.

Mais qui sont-ils ?

  • Premiers ministres canadiens boomers : (Joe Clark), Brian Mulroney, (Kim Campbell), Paul Martin, Stephen Harper.
  • Les PM québécois boomers : Pierre-Marc Johnson, Daniel Johnson, Jean Charest.
  • Les présidents américains boomers : Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama.
  • Les présidents français boomers : Nicolas Sarkozy.
  • Chanceliers allemands boomers : Angela Merkel.
  • Premiers ministres britaniques boomers : Tony Blair, Gordon Brown. (David Cameron est né après le boom.)


Quand les boomers cherchent à fair leur bilan, ils regardent trop loin dans le passé en se concentrant sur les décennies 60 et 70. Certes, ils ont joué un rôle à cette période dans les domaines avides de sang neuf, comme le sport ou la culture. Mais on doit remarquer que, pour ce qui est de la culture, le terrain avait été bien préparé par les Miles Davis, Jackson Pollock, Boris Vian, Allen Ginsberg, Serge Gainsbourg, Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Betty Friedan, Jack Kerouac, Mick Jagger... (tous nés avant le Baby-Boom)

La vraie sphère d'influence des boomers, il faut la chercher dans les décennies 80, 90, et 2000. C'est à ce moment qu'ils détiennent les postes influents.

Et faut pas oublier que les boomers qui partent à la retraite ajourd'hui sont ceux nés au début de la vague, en 1946. Les autres, ceux nés en 1955 ou en 1960, ont encore quelques belles années de boulot devant eux. Les boomers sont encore bien présents.

Faire un bilan ?

Monsieur Stréliski parle de bilan. Je crois qu'il est encore trop tôt. On peut commencer à dresser une silhouette de bilan, mais pas plus.

On peut parler d'explosion des dettes nationales et des fonctionnariats. Mais d'un autre côté, les boomers ont participé à la création de filets sociaux assez précieux. On peut évoquer les délocalisations et l'ultra-libéralisme. Mais les boomers sont aussi la première génération consciente de l'environnement. Individualisme, mais aussi protection des droits de l'individu (sauf sous George W. Bush). La fin des tabous. Une liberté d'expression assumée.

Y'a un domaine que les boomers devraient revendiquer un peu plus, selon moi. Bill Gates est un boomer. Steve Jobs aussi. Et Tim Berners-Lee. Vous ne connaissez pas Tim Berners-Lee ? C'est lui qui a inventé le html. Mark Zuckerberg (Facebook), Larry Page et Sergey Brin (Google), Pierre Omidyar (E-Bay) ne sont pas des boomers. Mais sans Tim Berners-Lee, ils ne seraient pas là où ils sont. Et vous ne seriez pas en train de lire ce blog.

Si y'a une bonne note que je veux bien accorder au boomers, c'est la démocratisation de l'informatique et la création d'internet tel qu'on le connaît. À mes yeux, c'est aussi important dans l'histoire de l'humanité que l'invention de l'imprimerie. Les sociologues le remarquent déjà : ça change notre manière de consommer, de socialiser, de communiquer, de réfléchir, de voir le monde.

Barack Obama a financé sa campagne grâce à internet. C'était la première fois que les dix dollars d'un quidam du Massachusetts battaient les millions des corporations lors d'une présidentielle américaine. Et qu'est-ce qui fait trembler le pouvoir traditionnel aujourd'hui, sur quoi essait-il de mettre le baillon ? Internet.

Dans les années 60, les boomers sont descendus dans la rue. Sciemment ou non, ils ont fini par apporter la rue dans votre salon. Pour bien boucler la boucle, j'espère qu'ils tenteront, avec les plus jeunes, d'assurer la pérénité de ce formidable moyen de communication libre.