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samedi 30 août 2014

La France pour les nuls

Le paradoxe français s'explique simplement: personne n'est jamais content, mais tout le monde s'en fout.

L'état de la classe politique française est la conséquence de ce paradoxe: populisme et impunité. En effet le politicien français a tout avantage à surfer sur la vague permanente du mécontentement. Et il est invité à se la tartiner bien épais, voire illégalement, car tout le monde s'en fout.

Le niveau d'impunité est étonnamment élevé dans la classe dirigeante française, à tel point que les politiques ne se cachent même plus: ils ont l'hypocrisie paresseuse.

Évidemment, cette impunité totale suscite de nombreuses jalousies. Le petit peuple voudrait bien aussi pouvoir flouer la loi en toute tranquillité. D'où les ventes de mobylettes.

La mobylettes est un moyen modique de profiter d'un peu d'impunité. Elle autorise son propriétaire à rouler à contresens, à doubler sur les lignes pleines, à passer sur les trottoirs, à stationner n'importe où, à faire du bruit au delà du convenable, et à ignorer les passages pour piétons.

C'est pas rien comme consolation. On dira même que la mobylette est un vecteur de justice sociale.

mardi 9 octobre 2012

Attentat au petit pain piégé

J'avais pas envie de vous parler de ça. Je me suis retenu plusieurs fois. Mais aujourd'hui je suis dégouté. Alors je pose la question : c'est quoi cette mode, en politique française, de verser dans l'islamophobie éhontée ?

Avec Marine, c'est pas nouveau. Encore ce week-end, elle lançait que "l'islam de France n'existe pas".

Mais là c'est Jean-François Copé qui s'y met à fond. Fin septembre, il chauffait la salle avec son idée de "racisme anti-Blanc". Voilà qu'il enchaîne avec une anecdote délirante de gamin qui se fait voler son pain au chocolat pendant le ramadan :

"Il est des quartiers où je peux comprendre l'exaspération de certains de nos compatriotes, père ou mère de famille rentrant du travail le soir, apprenant que leur fils s'est fait arracher son pain au chocolat par des voyous qui lui expliquent qu'on ne mange pas pendant le ramadan (...)"

Copé faisait référence au texte de son récent bouquin, "Pour une droite décomplexée", dans lequel il rapporte une supposée histoire de hold-up de pâtisserie à la sortie d'un collège, pour cause de ramadan.

Est-il nécessaire de rappeler que ces deux dernières années, le ramadan coïncidait avec les vacances d'été ? Ça rend peu probable le rapt d'un pain au chocolat dans une cour d'école, du moins dans l'actualité récente.

Source photo : wikipedia.


En 2007, un député UMP a été condamné par un tribunal pour des propos homophobes. Avec raison. Et en France, quiconque verse dans l'antisémitisme fera face à la loi. Avec raison. Mais dans ce pays qui se réclame de l'égalité, une islamophobie flagrante et assumée reste encore impunie.

C'est toujours le même tour de passe-passe. Le politicien opportuniste se justifie, a posteriori, d'avoir pointé uniquement l'islamisme radical. Ne soyons pas dupes : son jet de pisse rhétorique est toujours assez diffus pour éclabousser toute la communauté musulmane. Qu'est-ce qu'on attend pour saisir les tribunaux ?

Je suis écoeuré de cette injustice. Et le pire, comme me le rappelait une amie, c'est que sans condamnation, nous irons vers une banalisation de ce type de discours. Chose certaine, tout ça me rend cynique envers la France et ses institutions. Quand je vois "Liberté, égalité, fratenité" sur un édifice public, j'ai envie de cracher par terre. Copé et Le Pen, par leur impunité, me font un moment douter de toute la structure socio-étatique. Et ça, c'est ma réaction de petit cadre quarantenaire, blanc.

Maintenant, imaginez la réaction d'un gamin de 19 ans, musulman, né en France.

Ce week-end, quelqu'un a déclaré que le pire ennemi de l'islam, ce sont les islamistes radicaux. Je ne suis pas d'accord. Le pire ennemi de l'islam, ce sont les radicaux tout court. Politiciens inclus. Surtout ceux qui nous vomissent leur xénophobie. Ils se présentent en champions de l'ordre social et de la sécurité ; mais ils entretiennent la haine et la division. En surface, ils disent dénoncer le communautarisme ; mais en filigrane, ils l'alimentent. Leur attitude dichotomique, voire schizophrénique, est similaire à celle de tout intégrisme armé. Leurs mots sont des bombes incendiaires.


P.S.:
Heureusement, la majorité des Français que je fréquente, connaissances et amis, sont loin de cette mentalité saurienne. La France actuelle est à l'heure de la Cinquième République. Mais elle traîne à ses chevilles quelques boulets des plus mauvais jours de la Troisième.

mardi 25 septembre 2012

Sur le front du S-A-C

Pour ceux qui rêvent de la France, voici quelques petites anecdotes récentes en provenance du front du Service à la Clientèle (S-A-C).

Je vais dans une boutique de mon opérateur de téléphonie mobile. J'attends 45 minutes. J'exprime ma demande. On me dit que c'est possible, mais qu'il faut revenir le lendemain. Je reviens le lendemain. J'attends 45 minutes. Je ré-exprime ma demande. On me dit que ce n'est pas possible.

Je vais dans une boutique de mon opérateur de téléphonie mobile. J'attends 45 minutes. J'exprime le désir de modifier mon contrat, à condition que ça n'augmente pas ma facture mensuelle. On me dit que c'est possible. On modifie le contrat. Je reçoit ma nouvelle facture: elle est plus élevée.

Je vais dans une boutique de mon opérateur de téléphonie mobile pour régler mon problème de facture plus élevée. J'attends 45 minutes. On écoute ma plainte. On admet qu'il y a eu une erreur lors de la modification du contrat, et qu'il n'est pas possible de la corriger. On me propose un rabais pour les deux prochains mois. On m'invite à rappeler le S-A-C à tous les deux mois pour reconduire ce rabais.

Source photo : wikipedia.


Je vais dans une boutique de mon opérateur de téléphonie mobile parce qu'un nouveau concurrent offre dorénavant le même service pour trois fois moins cher. J'attends 45 minutes. J'invite le représentant à me faire une offre concurrentielle. Il semble irrité et me dit d'appeler le S-A-C pour ce genre de demande.

J'en ai marre de mon opérateur mobile, alors je mets fin à mon contrat. C'est le concurrent qui s'occupe de toutes les démaches. C'est magnifique.

Ma copine fait pareil, mais elle oublie de "désimlocker" son téléphone avant de procéder. Elle appelle son ex-opérateur, mais comme le contrat a été "fermé", celui-ci refuse d'accéder au dossier pour "désimlocker" l'appareil. Même s'il est entièrement payé et propriété de ma copine.

J'adore ma copine, alors je déménage chez elle. En France, pour que le courrier soit livré, il faut mettre son nom sur la boîte aux lettres. C'est la gardienne de l'immeuble qui doit s'en occuper. Nous lui demandons. Nous lui redemandons. Trois fois. Elle explique que c'est compliqué, et qu'elle préfère regrouper les demandes. Au bout de deux mois, elle colle sur notre boîte aux lettre un petit sticker blanc avec mon nom dessus.

J'aime bien mon nouvel opérateur de téléphone, alors je me commande un super Samsung Galaxy. Trois minutes via internet. Le site dit que la livraison peut prendre jusqu'à 3 semaines. Mais au bout de 36 heures, je reçois la confirmation de la livraison. Dans l'immeuble, c'est la gardienne qui réceptionne les colis. Même si ma boîte aux lettre est munie d'une serrure et assez grande pour y loger une famille de Croates. On est vendredi. La gardienne n'est pas disponible le week-end (qui commence le vendredi, rappelons-le).

Maintenant que nous habitons ensemble, ma copine communique avec le syndic de l'immeuble pour mettre mon nom sur le bail. Après trois courriers recommandés, cinq appels, et un pléthore de confirmations vocales, c'est toujours pas fait.

Ma copine s'abonne dans un club de gym. On lui propose de payer son abonnement en trois versements pratiques. Elle fait trois chèques. Les trois chèques sont prélevés la même semaine.

Ma copine inscrit sa fille à une activité du conservatoire pour deux semestres. En raison d'un conflit d'horaire, elle annule le deuxième semestre dans les délais prévus. On lui promet un remboursement d'ici quelques semaines, selon les règles de l'organisme. Après neuf mois et plusieurs appels, elle abandonne l'espoir d'un jour revoir son argent.

Ma copine fait une demande de prêt bancaire pour payer un voyage au Canada à Noël. Sa banque accepte et lui dit que la somme sera virée sur son compte d'ici 5 jours. Je crois qu'elle vient de recevoir l'argent. Après trois semaines.

Ma mère m'envoie en cadeau un clavier pour ma tablette Asus. Elle ajoute quelques documents administratifs dans la boîte. Je reçois la boîte: elle ne contient que les documents. Pas de clavier. Je vérifie l'envoi. Le sceau autocollant de la douane française a été découpé, ainsi que le ruban adhésif original. Ce qui indique que la boîte a été ouverte en territoire français. Par quelqu'un de la poste, ou un de ses sous-traitants qui font de la livraison à la pige dans des camions cabossés. Cette personne a en main un clavier QWERTY pour un modèle de tablette qui n'est pas vendu en France.

Maintenant que j'habite avec ma copine, je n'ai plus besoin de ma vieille assurance-habitation. Je résilie dans les délais et selon les termes de l'assureur, cachet de la poste à la preuve. Pour une raison qui m'échappe encore, mon assureur décide de prélever quand même le frais annuel de 245 euros. Heureusement, je commence à connaître la France, et j'ai fait bloquer tout prélèvement sur mon compte. Mon assureur finit par traiter ma demande de résiliation. Pour une autre raison qui m'échappe, il estime qu'elle est arrivée un mois en retard. Il décide donc de me rembourser 245 euros, moins 45 euros pour le "retard". Il inscrit à mon dossier qu'un chèque de 200 euros m'a été expédié. Mon assureur découvre ensuite qu'il n'a jamais prélevé 245 euros sur mon compte, et annule l'expédition du chèque de 200 euros, mais sans retirer la note au dossier. (Vous suivez toujours?) Estimant à tort que je luis dois 45 euros pour le fameux "retard", il m'inonde de courriers. Ceux-ci m'informent que mon assurance (celle qui est déjà résiliée) sera résiliée si je ne paie pas les 45 euros.

J'appelle mon ex-assureur pour tenter de lui expliquer que j'ai résilié mon contrat en bonne et due forme, et que je ne lui dois rien. J'explique tout au S-A-C, le truc du chèque de 200 euros jamais envoyé, etc. Ça prend une heure. On me demande d'envoyer si possible une copie de tous mes documents, incluant ma lettre de résiliation. Parce qu'obtenir les originaux à l'interne, ça prend une semaine, qu'on me dit. On m'invite à rappeler demain en possession des documents, qu'une note a été laissée à mon dossier, et que n'importe quel représentant pourra s'occuper de moi.

Le lendemain, je rappelle mon ex-assureur. Je dois tout réexpliquer. La représentante me dit qu'elle n'a pas besoin de mes documents (j'ai passé une soirée à les préparer), car elle peut obtenir les originaux à l'interne en quelques minutes (?!?). Elle prend mon numéro de téléphone (parce que celui à mon dossier est erroné) et dit qu'elle va me rappeler rapidement. J'attends depuis trois heures. Je vais probablement devoir rappeler.

Quand j'ai commencé ce billet, je ne croyais pas qu'il allait être aussi long. Je vous fais donc un résumé: en France, "S-A-C" ça veut dire "SERVICE AUX CONS".

jeudi 23 août 2012

Bakchich collégial

En France, démarrer un truc sans faire de réunion, c'est suicidaire. Si on souhaite qu'un projet avance rondement, il est primordial d'organiser un kick-off meeting avec 37 intervenants complètement superflus. Ceux-ci ne souhaitent absolument pas participer à la charge de travail. Ils veulent seulement être entendus. Émettre publiquement un opinion savante, généralement contradictoire à l'orientation du projet.

La plupart de ces invités sont loin du sujet, ne comprennent rien au projet, et n'ont rien à dire. Mais pour maintenir un certain standing, ils voudront montrer qu'ils ont "de la hauteur", avec des objections vaseuses et abstraites. Se sachant ignorants, donc taraudés par leur syndrôme de l'imposteur, ils joueront l'auto-protection par l'aggression, avec des commentaires truffés de sous-entendus gratuits visant à humilier.

Exemple : "Je crois qu'il faut solidifier votre approche de contingentement en ce qui concerne le besoin de performance, trop souvent oublié, surtout si on envisage une optique sérieuse et pérenne."

Et sa traduction : "Votre approche n'est pas solide, vous avez oublié les besoins de performance (que je viens d'inventer), vous n'êtes pas sérieux, vous n'avez pas de vision à long-terme."

Source photo : wikipedia.


Pour qu'on vous foute la paix, surtout ne défendez pas votre projet. Il est préférable de la jouer humble, d'accepter la critique, et même de valoriser celui qui la formule. Avec des compliments : "ce que vous dites est important", "ce point mérite qu'on s'y arrête", "j'aime votre manière de voir les chose".

Rappelez-vous aussi que ces gens ne veulent absolument pas consacrer du vrai temps au projet. Alors s'ils font trop chier, menacez subtilement de les impliquer : "Aurions-nous besoin d'approfondir ce point ? Croyez-vous que nous devrions planifier des rencontres entre mon équipe et la vôtre ? Je sais que les délais sont serrés, mais vous pourriez peut-être préparer une formation ?" Ça devrait les faire taire.

Acceptez le fait qu'on vous roulera dans la farine pendant les deux heures d'une réunions qui devait n'en durer qu'une. Mais c'est pour le bien de votre projet. C'est une manière d'acheter la paix. Ces gens se valorisent par l'étalage public de leur opinion. C'est leur manière de s'attribuer une pertinence dans l'organisation.

Dites-vous que c'est une sorte de "petit cadeau". Dans les systèmes corrompus, on verse de l'argent. Dans les sociétés plus nobles, on flatte les égos. Escamotez ce détail, et vous souffrirez. Pendant toute la durée de votre projet, vous aurez sur le dos un troupeau de chieurs qui voudront venger leur orgueil blessé.


En complément, petit article, originalement publié dans Le Monde, qui nous indique que les réunions rendent con.

mercredi 14 mars 2012

Paris fait régime

"Dis-moi ce que tu manges", selon le dicton. Dans le cas des Français, on pourrait aussi y aller d'un "dis-moi ce que tu bois"... Si vous organisez vos voyages en fonction de votre gourmandise, je vous suggère très fortement la lecture de cet article. Il pointe vers une carte de France où sont listés, par région, les dix produits alimentaires les plus surconsommés par les Français.

Le tout est basé sur une étude de Nielsen. On y parle de "surconsommation par région" en référence à la moyenne nationale. Ainsi, on y dit que les habitants du Rhône consomment 42% plus de concentré de tomate que le reste des Français. Donc, si le Français moyen mange 100 millilitres de concentré, l'habitant du Rhône en avalera 142 millilitres. Autre exemple, dans la Saône-et-Loire, où on déguste 107% plus d'escargots et de grenouilles surgelés que dans le reste de la France. Ce qui revient à dire qu'on y mange deux fois plus de batraciens qu'ailleurs au pays.

Et pourquoi ça vous aiderait dans la planification d'un voyage ? Très simple, suffit d'interpréter un peu les données. Dans le Gers, on mange quatre fois plus de féculents que la moyenne. Donc apportez votre pince-nez. Pour des vacances alcoolisées, choisissez le Cantal, où il se boit 12 fois plus de gentiane. Et la région du Calvados fait honneur à son alcool homonyme, avec une consommation dépassant de 6 fois la moyenne nationale. Le coin de l'Alsace n'est pas en reste : dans le Bas-Rhin, on avale 13 fois plus d'amer brun qu'ailleurs. L'amer brun, c'est du Picon. Ça se dilue dans de la bière...

Si vous privilégiez l'attaque cardiaque à la cirrhose, plusieurs régions de France ont ce qu'il vous faut. Dans la Sarthe, vous pourrez manger 5,5 fois plus de rillettes. Pour ceux qui ont la dent sucrée, on avale 3,5 fois plus de pain d'épice dans la Côte-d'Or. Et si vous rêvez de malbouffe, je vous recommande le Pas-de-Calais, où on dévore 4 fois plus de viande en conserve et 3 fois plus de graisse pour friture. Pour sa part, le célibataire noctambule évitera la ceinture ouest de Paris (Seine-Saint-Denis, Seine-et-Marne), où on remarque une forte surconsommation d'aliments infantiles (lire "banlieue pavillonnaire pour nouvelles familles").


Agapes parisiennes, sur wikipedia.


La carte me conforte aussi dans une de mes croyances les plus tenaces : on mange mal à Paris. À ce propos, les gens refusent souvent de me croire. Quand je parle de restos dégueulasses et de réputation surfaite, les Parigots patriotes veulent me lapider. Or, que surconsomme-t-on dans la Métropole, selon l'étude ? Dans ce ordre :
  • Boissons aux fruits
  • Soupes
  • Lait frais
  • Jus de légumes
  • Salade et crudités préparées
  • Tequila
  • Produits diététiques
  • Thé
  • Pâtes fraîches
  • Gin

Vous appelez ça de la gatronomie, vous ? Moi j'appelle ça "picoler aux cocktails le samedi soir, et faire régime le reste de la semaine". Paris n'est pas une ville de bonne chère. C'est une ville de mannequins cocaïnés. On y consacre la moitié de son budget à se loger, et l'autre moitié à acheter des t-shirts pseudo-usés chez The Kooples ou Zadig et Voltaire. À Paris, les gourmands subissent l'opprobre. À Paris, s'il reste un peu de fric, on se paie des pâtes. Sinon c'est café-cloppe.

mardi 13 mars 2012

Petits morveux

Selon une étude conduite à l'Université de Leeds, et rapportée par Atlantico, 87% des femmes émettraient des bruits de satisfaction pour "booster l'amour propre de leur partenaire" et 66% pour "accélérer" la conclusion de leur petite affaire.

Merci mesdames. C'est très attentionné de votre part. Mais c'est contre-productif. Parce que bon nombre d'hommes sont, eux aussi, attentionnés. Si ma copine se montre particulièrement enthousiaste un soir donné, le premier truc qui me passe par la tête est ceci : "Pour une fois qu'elle prend son pied, je vais me retenir afin qu'elle en ait pour son argent."

Alors peut-être faudrait-il privilégier un protocole moins théâtral, du genre : "Allez, zou ! Tu me fais ça en trois petits coups !" Ça donnerait à tout le monde le temps de finir son chapitre de Guerre et Paix, ou d'écrire des pitreries sur un blog.


Source photo : wikipedia.


En plus, faire l'amour, c'est risqué. Les résultats indésirables de cet acte sont manifestes, et ce jusqu'au sommet de l'État français, en la personne de Louis Sarkozy, fils du président actuel. Ces temps-ci, le charmant gamin s'amuse à lancer des tomates et des billes au visage des policiers assignés à la sécurité de papa. Bon, c'est vrai qu'on doit se préparer à tout avec les chenapans d'âge préscolaire. Mais Louis a quand même 15 ans. Il serait peut-être temps pour lui de lâcher les billes. Ou du moins, de commencer à jouer avec celles qui bientôt l'aideront à obtenir ses 13% de roucoulements véritables.

Notez que la gauche n'est pas moins bien servie en matière de fils-à-papa ingrat. Le candidat socialiste François Hollande est à demi-mots désavoué par son propre fils, Thomas Hollande. Selon Atlantico, ce dernier aurait déclaré au quotidien le Parisien que le chef du Parti Socialiste "n’a pas encore réussi à établir un pont avec les quartiers populaires, contrairement à 2007 avec Ségolène Royal". Il affirme aussi ne pas noter la "même ferveur qu'il y a 5 ans", quand c'était maman Ségo qui se présentait. Pour ceux qui ne le savent pas encore, Thomas est le fruit d'un accouplement entre le ténor et la diva du PS. Bravo Thomas, tu as bien appris ton Oedipe. Mais aurais-tu oublié de réviser ton Médée ?

vendredi 3 février 2012

Désolé, j'ai trop bu

Forts de bribes glanées à droite et à gauche dans vos revues de mode préférées, vous vous complaisez dans votre alcoolisme. On dit que le vin rouge est bon pour le coeur. Et bien sachez que dorénavant, vous devrez aller chez le curé pour vous déculpabiliser. Selon cet article, toutes les vertus du vin sont remises en doute. L'éminent chercheur derrière les études les plus connues est accusé d'avoir falsifié ses résultats.

Moi je trouve qu'en matière d'alcool, on se fait beaucoup de mal en confondant cause et effet.

Prenons par exemple mon dernier mal de crâne violent. J'ai un ami qui est une sorte de bobo-artisan-du-dimanche. Il aime fabriquer des choses branchées chez lui. Il fabrique aussi son rhum arrangé maison. C'était vaguement marron, et il y avait des particules qui flottaient. Le lendemain, j'avais mon jogging dominical. J'ai beaucoup souffert. Mais c'est pas la faute à l'alcool. C'est parce que je choisis mal mes amis. Et parce que le jogging est un sport de crétins.


Source photo : wikipedia.


Parfois je bois. C'est pas la faute à l'alcool. C'est la faute à mon boulot. Si y'avait pas l'alcool, y'aurait le parachutisme, la cloppe, le sado-masochisme, le chocolat. Y'aurait autre chose. Parce que y'aurait toujours mon boulot. C'est pas la faute à l'alcool si j'ai un boulot.


Bêtise du groupe

En parlant de boulot, je dirais que la connerie d'une organisation se mesure à son ampleur. Je sais de quoi je parle, car j'ai travaillé pour de grandes origanisations. Alors ça me conforte un peu dans mes opinions quand je vois sur Le Point.fr qu'appartenir à un groupe rend bête.

Le titre accroche bien, mais "l'article" tient sur un seul paragraphe, cite mal ses sources et ne fournit aucune donnée. En somme, c'est du n'importe quoi journalistique. Je ne savais pas que Le Point.fr était une si grande organisation.


Conseil aux RH

Le vrai danger pour une organisation, ce ne sont pas les cyniques et désabusés. Il suffit de leur confier une mission utile. Ils en rêvent. Ils ne sont que des petits toutous déprimés. Donnez-leur un traîneau à traîner, et ils trépigneront de bonheur. Comme des huskies.

Le vrai danger pour une entreprise, ce sont les motivés à qui on a confié une mission inutile. Ils embêtent les autres jusqu'à les rendre cyniques.


Auberge chinoise

En parlant de motivation au travail, y'a les Chinois qui nous ont bâti un hôtel de 15 étages en six jours. Ah non, il s'agirait plutôt d'un hôtel de 30 étages en 15 jours. Ou selon Fox News, un hôtel de beaucoup-d'étages en 30 jours.

Même hôtel, trois versions... Bon, c'est une nouvelle chinoise, et y'a Fox News dans les sources... Alors côté crédibilité, j'ai du mal. Et si on lit bien, au delà du titre, on comprend que la structure a été assemblée à partir d'unités préfabriquées.

Tout ça pour dire que l'information, c'est du divertissement. Alors la lecture de ce blog est toute aussi pertinente. Donc arrêtez de culpabiliser.


La France a inventé internet

Vous n'êtes pas encore convaincus que mon blog est tout aussi pertinent et crédible que les grands médias ? Alors selon un article sur Le Point.fr (encore eux), la France a inventé internet... En gros, on explique que Tim Berners-Lee (inventeur du html) a travaillé au CERN, en Suisse. Mais les bâtiments du laboratoire sont à cheval sur la frontière franco-suisse, et celui où a travaillé Berners-Lee est sur le territoire français. Donc le Web est invention française, photo aérienne à l'appui (dans l'article).

Afin d'être tout aussi pertinent, j'ai décidé d'appliquer le même mode de raisonnement (présence sur un territoire + photo). Pour rester dans le thème, je combine à la tradition Internet de conclure tout argumentaire par une comparaison impliquant les Nazis (Loi de Godwin). Et j'en arrive à cette découverte révolutionnaire : la Solution Finale est une invention française.


Source photo : wikipedia.


Je vais vous le confier à l'oreille, la plus grande invention de la France, c'est sa capacité à s'attribuer le travail des autres.


Bouclons la boucle

Je laisse Coluche boucler la boucle entre ma médisance, les Français, et l'alcool (mon sujet de départ) : "Un alcoolique, c'est quelqu'un que vous n'aimez pas et qui boit autant que vous."

jeudi 26 janvier 2012

Entre Molière et vipère

Parler "français" et parler "Français" sont deux choses différentes. Avec une minuscule, on fait référence à une langue d'origine latine parlée dans plusieurs pays du monde. Mais avec une majuscule, on désigne plutôt "la pratique du sport de combat vocal dont les Français sont champions mondiaux". En fait, on peut parler "Français" en anglais, si on le souhaite.

On ne parle pas Français pour faire de jolies démonstrations scientifiques ; on parle Français parce qu'un contexte particulier empêche l'utilisation d'outils moins élégants, comme des gants de boxe ou un couteau de cuisine. On parle Français pour humilier un adversaire devant une foule avide de sang. Espérer le fair-play est une erreur. Tous les coups sont permis, et celui qui s'en plaindra sera sujet de railleries. Bienvenue à Rome.

La première fois, vous allez prendre une râclée. La triche verbale est un art de haute-voltige. Devant vous, un Français qui pratique ce sport depuis l'âge de 2 ans. Oubiez les scénarios de "working-class hero" à la Rocky. Sans entraînement, vous êtes morts.


Source photo : wikipedia.


Je vous recommande, pour commencer, ces lectures publiques sur la dialectique éristique et les sophismes. Mais si vous préférez mon langage plus imagé, je vous livre quelques techniques d'attaque et de défense à répéter chez vous. Rappelez-vous cependant qu'elles ne sont qu'une base. Avec si peu, ne rêvez pas de victoire. Au mieux, elles vous éviteront le K.O.


L'appel à la terreur
Le but est d'empêcher l'adversaire de réfléchir tout en lui mettant la pression. C'est l'approche préférée des vendeurs de merdes.
  • Faites vite, cette offre ne durera pas.
  • Une décision tardive serait catastrophique !
Pour contrer, il faut garder son calme, et accuser l'adversaire de lâcheté. Ou d'avoir cédé à ses émotions.
  • Votre manque de confiance vous pousse vers des décisions hâtives et irréfléchies.
  • En propageant votre propre peur, vous faites le jeu des terroristes.

L'appel à la popularité
Le but de créer la coercition par le poids du nombre. S'il s'y oppose mollement, l'adversaire risque de se mettre la majorité à dos, et de s'auto-catapulter dans la marge. Pour contrer, il faut railler l'adversaire d'être ignorant de sa propre marginalité.
  • Il fallait s'y attendre, vous confondez encore le gros bon sens et vos propres inepties.
Une approche plus audacieuse nous a été enseignée par Coluche : remettre la majorité en question.
  • C'est pas parce qu'ils sont nombreux à avoir tort qu'ils ont raison.
C'est risqué, mais l'auditoire appréciera l'audace. De plus, comme chaque spectateur s'estime moins con que son voisin, il risque de basculer vers vous, simplement pour le plaisir vaniteux de se distinguer du groupe. Ainsi, par une forme de flatterie, vous aurez récupéré la majorité.

Argument de la nouveauté
Si c'est nouveau, c'est nécessairement meilleur et amélioré. Utilisez ce préjugé lorsque vous voulez forcer le changement, ou souligner que l'adversaire défend un processus obsolète.
  • Parce que vous êtes réfractaire au changement, vous préférez persister dans l'erreur.
  • Le nouveau système sera nécessairement plus efficace, car il a appris du passé.
Pour contrer, jouez sur l'inexpérience, ou le risque du prototype.
  • Vous parlez d'efficacité à propos d'un système qui n'a jamais été vraiment testé en conditions réelles. Ça relève de la fabulation.
Ou utilisez l'appel à la popularité.
  • Si votre méthode était si efficace, elle serait déjà utilisée par la majorité.

Plurium interrogationum
Un attaque efficace est de glisser une fausseté dans une forme pseudo-interrogative. Ceci tend à lui donner le poids d'un fait avéré.
  • Est-ce que vous buvez toujours autant ?
  • Avec la quantité de problèmes auxquels vous faites face, il doit être difficile pour vous de vous concentrer sur les prochaines étapes.
Pour contrer, accusez l'adversaire de lâcheté, et de tentative de diversion. Ou banalisez en citant le classique proverbe.
  • Si vous avez quelque chose à dire, dites-le clairement. Vos sous-entendus malsains ne font qu'abaisser le débat ; ils n'occultent pas la faiblesse de vos propositions.
  • On accuse encore son chien d'avoir la rage... en fumisterie, vous ne pratiquez que l'entrée de gamme.

Renverser le fardeau de la preuve
C'est un moyen simple de placer l'adversaire devant une tâche impossible, donc dans une situation d'incompétence.
  • Prouvez-moi qu'il n'y a aucun risque.
  • Prouvez-moi que Dieu n'existe pas.
Pour contrer, faites comme au tennis et renvoyez la balle, que ça soit logique ou non.
  • Toutes les approches sont risquées, surtout la vôtre. La nôtre l'est beaucoup moins.
  • Ne nous demandez pas de faire votre boulot à votre place. Si vous voulez une peuve que Dieu n'existe pas, c'est que vous êtes incapables de prouver son existence.

L'approche manichéenne
Si votre position est plus grossière que celle de l'adversaire, vous pouvez simplifier le débat à deux choix qui excluent le compromis.
  • Si vous n'êtes pas de gauche, vous êtes forcément de droite.
  • Les choix sont clairs. Si vous compliquez inutilement le débat, c'est simplement pour gagner du temps.
Pour contrer, il faut attaquer directement la réputation de l'adversaire.
  • Votre manque de vision devant cette situation complexe a de quoi effrayer.
  • Vous réduisez encore une fois le débat à des simplifications risibles. Votre étroitesse d'esprit me fait peur.

Quelques autres exemples utiles :
  • Le proverbe donne à votre thèse l'autorité de la sagesse populaire : Une fois n'est pas coutume... - Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre...
  • Détruire la crédibilité de l'adversaire : Les lacunes évidentes dans vodtre parcours font que... - On vous voit mal donner des leçons quand on sait que vous avez été associé à l'extrême-droite...
  • Recourir à l'autorité scientifique : Tous les experts s'accordent là dessus... - Vous êtes le seul à ne pas savoir que...
  • Connoter péjorativement la thèse adverse, par exemple parler de "sécession" au lieu de "souveraineté", ou de "galère" au lieu de "chantier".
  • Utiliser les silences de l'adversaire : Si vous vous taisez sur ce sujet, c'est que vous ne connaissez rien du dossier... - Vous ne trouvez rien à dire pour défendre votre point de vue, parce qu'il est indéfendable...
  • Récupérer le petit peuple : Le citoyen d'en bas connaît la réalité. Il sait mieux que vous... - Si vous aviez un minimum d'expérience sur le terrain, vous sauriez que...
  • Opposer la vertu : Votre thèse est une atteinte aux droits fondamentaux...  - Ce que vous défendez, c'est la cupidité... - Vous êtes à la solde des riches...
  • Inventer des corrélations : L'apparition du désordre dans ce dossier coïncide avec votre arrivée...

En gros, la bonne pratique, c'est de toujours rester en attaque, dans l'affirmation accusatoire. Oubliez les questions ; si on vous en pose, c'est qu'elles sont biaisées. N'admettez rien, ne répondez à rien, n'expliquez rien, contentez-vous de mettre l'adversaire K.O. Une fois qu'il aura été éliminé, vous aurez raison, peu importe la thèse que vous défendez. Et si vous vous retrouvez dans un coin, sans contre-attaque solide, esquivez par un éclat de rire : Monsieur, soyez plus sérieux... - À défaut d'autres qualités, vous êtes au moins distrayant avec vos accusations saugrenues...

Voilà, vous savez maintenant comment parler Français. Mais notez que la documentation la plus complète est en anglais...

mardi 24 janvier 2012

Dans la gueule

Si vous rencontrez un Français, foutez-lui une baffe. Il adorera.

On savait déjà que les Français aiment le débat. Ils aiment nous prendre la tête, nous harceler, discuter jusqu'à plus soif. Et c'est pas pour avoir raison, dans le sens de "atteindre la vérité". J'en ai déjà parlé (ici et ici), les Français se foutent bien de la vérité ; ce qu'ils veulent c'est gagner. Vous clouer le bec. Peu importe le moyen.

Ce qu'on sait moins, c'est que les Français aiment aussi la bagarre. La vraie bagarre physique, avec des nez qui saigent et des yeux au beurre noir. Vous pensiez que les Français étaient des mauviettes qui fuient à l'approche du combat ? Que la France avait perdu toutes ses guerres depuis Napoléon ? Que l'armée française était une implémentation de la bêtise institutionnalisée ? Eh bien, comme moi, votre regard sur l'Histoire a été victime des mauvaises langues britanniques.


Source photo : wikipedia.


Si vous avez envie de corriger quelques unes de vos fausses idées, notamment celle que les Français sont nuls à la guerre, je vous recommande la lecture de The Second Book of General Ignorance, de John Lloyd et John Mitchinson, chez Faber & Faber.

Vous apprendrez que la France reste la puissance militaire la plus efficace de l'Histoire européenne. L'historien Niall Ferguson a répertorié 125 conflits majeurs sur le théâtre européen depuis 1495. La France a pris part à 50 de ceux-ci, soit plus que l'Autriche (47) et l'Angleterre (43). Et en plus de chercher la bagarre, la France en sort majoritairement gagnante. Selon le livre, de ses 168 dernières batailles, la France en a gagné 109, soit un taux de réussite de 65%. À titre de comparaison, c'est le même taux de victoires que celui des Canucks de Vancouver, l'équipe la mieux classée au terme de la saison régulière 2010-2011 de la Ligue Nationale de Hockey.

Pour confirmer l'expertise militaire française, le bouquin nous rappelle la quantité de mots qui sont passés directement (ou presque) dans le langage militaire courant, autant en Angleterre qu'aux USA. Les mots suivants proviennent tous du jargon français : general, captain, corporal, lieutenant, lance, mine, bayonnet, volunteer, regiment, soldier, army, camouflage, combat, esprit de corps, reconnaissance...

À mes yeux, tout ça fait partie du paradoxe français : un peuple qui fait la promotion de l'insubordination, mais qui adore la hiérarchie. Rien de surprenant, pour une nation qui aligne les contradictions jusque dans sa devise. N'importe quel Philosophie politique pour les nuls aura tôt fait d'expliquer que dans un système étatique, "l'égalité" absolue se construit aux dépens de la "liberté" absolue.

jeudi 19 janvier 2012

I am a communist

Bon, ben à ma grande surprise, je suis communiste...

Dans une centaine de jours, la France se choisira un Président. Certains espèrent qu'il s'agira d'un nouveau Président. Tout ça pour dire que les campagnes sont lancées, et une horde d'ambitieux crient "moi ! moi ! moi !"

Je ne suis pas Français, alors je n'ai pas le droit de voter. Mais jusqu'à date, celui qui m'a le plus intéressé s'appelle Jean-Luc Mélenchon. On le trouve un peu brouillon, un peu gueulard. Certains diront qu'il manque cruellement de diplomatie. Et un peu démagogue, mais quel politicien ne l'est pas ? Peu importe, j'ai trouvé rafraîchissant de voir un politique foncer sans hésiter dans des dossiers économiques, sans crainte des chiffres, sans simplification. Il m'a paru informé. Et surtout convaincu.


Source photo : wikipedia.


Je suis comme tout le monde : j'en ai marre des politiciens qui ménagent la chèvre et le chou, à coup de phrases creuses, de formules timorées, et de poésie. Je ne veux pas de populisme. Je veux du technique. Du compliqué. De vrais projets, détaillés, avec tout ce que ça a de rébarbatif.

Bon, Mélenchon est très à gauche et à même traîné du côté des communistes... On s'entend que le "communisme" français n'a rien à voir avec version connotée péjorative en Amérique. C'est pas Staline et les goulags. C'est plutôt une sorte de socialisme concentré, moins diffus. Mélenchon souhaite notamment serrer la vis aux marchés financiers. Mais pas question de les étouffer. Juste les empêcher de déconner. Ça fait du bien, face à des banques qui pour le moment affichent bien peu de contrition, malgré le krach et la crise.

(En passant, si vous voulez comprendre pourquoi j'en ai marre de la finance actuelle, allez lire cet article sur les procès-verbaux de la Réserve fédérale américaine. Les documents ont été rendus publics récemment. En 2006, ces experts se moquaient de la bulle immobilière et n'y voyaient pas grande menace. Ce sont les mêmes copains qui aujourd'hui décotent la France, font pression sur la zone Euro, et forcent les dirigeants à enterrer tout autre dossier que l'économie !)

Mais revenons à nos moutons...

Du côté de la gauche traditionnelle, le poétique Parti Socialiste, on semble encore vouloir faire rêver. Mais sans trop de combativité. François Hollande se présente comme "le candidat de l'espérance lucide"...

Mais qu'est-ce que ça veut dire, ce baratin ? Qu'est-ce que j'en ai à faire de "l'espérance lucide" ? Pourquoi pas "la jouissance placide" ? Ou "l'avenir sapide" ? Trouvez pas que ça fait seventies, ce genre d'approche ? Quarante ans de discours flower power. Au début, c'est agréable. Mais là, ça commence à goûter comme la choucroute de la veille.


Source photo : wikipedia.


Faut dire que contrairement au Parti Socialiste, Mélenchon a peu de chance de faire le deuxième tour. Alors il peut se permettre de foncer dans le tas, sans ménager personne. S'il veut conserver son option sur le pouvoir, Hollande n'a pas assez de marge pour commencer à se faire des ennemis.

À droite, Marine Le Pen emploie aussi la tactique de la parole ferme, avec un certain succès. La droite, avec ses discours de peur et son projet qui sent la xénophobie, ça ne m'intéresse pas vraiment. Mais y'en a beaucoup à qui ça plaît d'entendre cet autre "poing sur la table".


Source photo : wikipedia.


En fait, la campagne la plus étrange, c'est celle du Président, Monsieur Sarkozy. C'est une technique inédite, celle du "fantôme". À 100 jours des élections, on nous annonce que le Chef devrait nous parler vers la fin du mois. Il n'a pas encore présenté officiellement sa candidature. Il se tient loin des débats. Lui qui en temps normal monopolise l'antenne au point de nous rendre nauséeux, le voilà quasi absent des bulletins de nouvelles. Au mieux, on nous le montre en déplacement, dans les reportages qui touchent à l'économie : images de Sarko qui monte dans l'avion, qui descend d'une limousine, qui arpente une usine, qui serre la main de Merkel... De temps en temps, une petite citation allusive, un peu vague, du genre "l'heure n'est pas à la partisanerie primaire".

Je ne connais pas encore cette technique de "la présence par l'absence". Ça doit être une nouvelle mode en Public Relations. Arcane de marketing. On verra bien ce que ça donnera... Faut dire qu'il y a un certain effet : les autres candidats sont là, à manger des petits-fours sans pouvoir entamer le gigot. Mais pour le moment, je n'arrive pas à voir si ce vide joue en faveur du Président.

Reste la dizaine d'autres petits candidats, qui grapillent 1 ou 2 pour cent des voix. Dans le lot, je choisirais De Villepin. Pour sa belle nostalgie, et son bon goût décoratif. En plus, un vote pour De Villepin, c'est un truc rare. Comme disent les Français, c'est un vote "collector".


Source photo : wikipedia.


lundi 16 janvier 2012

Retards en France

Si j'en juge par mon vécu, et ce qu'on m'a raconté, les Français adorent les retards et le stress. Parfois, on dirait qu'ils font tout pour tout remettre à la toute dernière minute. C'est souvent visible en milieu professionnel, où pour obtenir une validation de document dans les temps, il faudra cinq appels téléphoniques, sept rappels par mail, et trois réunions.

On peut noter, en passant, qu'une situation de panique est le meilleur moment pour se porter en héros sans que personne n'ait le temps de valider la pertinence de l'intervention. Donc, dans une optique d'avancement professionnel, il est peut-être profitable de générer la confusion si on souhaite ensuite proposer son leadership. Mais là n'est pas le propos de ce billet.

Soucieux d'aider les Français à approvisionner leur dépendance à l'urgence, donc leur bonheur, je souhaite leur offrir ces petites suggestions de mon cru.
  • Rester au lit jusqu'à 9h50, pour ensuite tenter d'attraper le train de 9h55, afin d'arriver au boulot avant 10h00.
  • Au cours de la maternité, attendre le dixième mois avant d'accoucher.
  • Sur une plaque de cuisson, faire bouillir du lait à haute température.
  • Fermer les yeux, craquer une allumette, et la tenir jusqu'à ce que soit perceptible une odeur similaire à celle du bacon brûlé.
  • Mettre une douzaine d'oeufs frais au micro-onde, choisir "haute intensité" et appuyer sur "start". Tenter de faire 50 pompes avant que les oeufs explosent.
  • Attendre le 13 juillet avant de réserver ses vacances d'été.
  • Inviter sa fiancée à un concert de Bon Jovi. Attendre que le spectacle soit commencé avant d'acheter les billets.


Source photo : wikipedia.


Évidemment, pour un Français, ce ne sont que là que des suggestions de "soft stress". Alors en voici quelques autres pour les addictions les plus sévères. Je garantis la petite poussée d'adrénaline.
  • En descendant un escalier, attendre que le corps ait atteint un angle d'au moins 55 degrés vers le bas avant de poser le pied sur la prochaine marche.
  • Asperger le sofa d'essence. Se faire attacher solidement pieds et mains avec une corde de bonne qualité. Avec les dents, craquer une allumette et la jeter sur le sofa.
  • Se placer sous un arbre où nichent des pigeons. Lorsque tombe une fiente en direction du visage, attendre qu'elle couvre 50% du champ visuel avant de tenter de l'éviter.
  • À la station de RER, mettre des gants de boxe. Lorsque le train est sur le point d'entrer en gare, sauter sur les rails et tenter de ramasser 25 mégots de cigarettes avant de remonter sur le quai.
  • Brancher un blender disposant d'un interrupteur "on/off" (la position initiale doit être "off"). Placer la main droite dans le blender et tenir les lames fermement. Fermer les yeux. Avec la main gauche, lancer des balles de golf en direction de l'intérrupteur.

Bon stress.

jeudi 12 janvier 2012

Dire du mal des Français

Les Français adorent la mauvaise foi. Ils adorent quand on dit du mal d'eux. Ils ont un petit côté masochiste. J'ai même des statistiques pour le prouver.

En deuxième position des billets les plus consultés sur ce blogue, il y a les billets qui vannent les Français, juste derrière ceux truffés d'allusions sexuelles gratuites. La catégorie "French-bashing" score presque aussi bien que la catégorie "sexe". Et ces deux catégories constituent presque 80% des pages vues, les autres récoltant un maigre 20% du lectorat. Ce qui est fascinant, c'est que les billets où je frappe sans vergogne sur la France sont lus en majorité par des Français. Et ils semblent apprécier !

Il faut donc conclure qu'à la différence de certains peuples, les Français ont de l'humour, sont ouverts à la critique, et savent rire d'eux-mêmes. Des ingrédients essentiels, selon moi, pour cultiver la liberté d'expression. En gros, si vous aimez parler, en mal ou en bien, vous serez mieux reçu en France qu'en Corée du Nord.

Bien évidemment, tout ça me ravit. Y'a-t-il chose de plus agréable que la médisance ? Comme on dit à l'UMP, c'est une situation "win-win" : je me vautre dans la mauvaise foi, et les Français en redemandent.

Merci à la France et à son goût pour la tolérance.


Source photo : wikipedia.


Bon, ces politesses évacuées, je redeviens "l'anthropologue mesquin" afin de vous livrer rapidos trois petites observations.

Premièrement, j'ai remarqué que la chrétienté marche bien en France. Je connais un tas de jeunes qui fréquentent les églises, ce qui me paraît étrange pour un pays qui se dit laïc depuis 1789. Ici, la messe est beaucoup plus populaire qu'au Québec. Je crois avoir compris pourquoi. C'est que chaque Français se reconnaît en Jésus : il se croit porteur d'un grand message pour l'humanité, mais victime d'un système pourri.

Autre truc : dans Le Monde, très intéressant entretien avec une généraliste. Son constat est que les Français sont plus stressés qu'avant. J'ai déjà parlé d'un numéro spécial du Point, intitulé "Les Français". On y apprenait qu'ils picolent deux fois moins qu'en 1980. Ils ont amélioré leur productivité. Ils font plus de sport, ils mangent plus sainement (mais moins terroir), ils meurent plus tard, ils font moins la grève, ils adoptent rapidement les nouvelles technos.

Mon conseil aux Français : si vous êtes stressés, c'est parce que vous essayez d'imiter les Américains, et que c'est contre votre nature. Redevenez les alcolos-glandeurs-râleurs-gourmands-baiseurs que vous étiez. C'est comme ça que la planète vous aimait. Si vous ne régressez pas, vous allez devenir insipides.

Et pour finir, au moment d'écrire ces lignes, j'ai trouvé dans wikipedia une page en anglais pour "Criticism", une page en Catalan pour "Critic", une page en espagnol pour "Critica", et une page en polonais pour "Krytyka". Mais ces articles ne pointent vers aucune page en Français. Et quand on cherche "critique", on tombe sur une page d'homonymie. J'en tire cette conclusion bien personnelle : chez les Français, l'art de la critique est si développé qu'on a dû le segmenter en de multiples sous-spécialisations.

mercredi 11 janvier 2012

Travailler en France

Grand prophète que je suis, j'ai décidé de vous parler du travail en France à travers une parabole de mon cru. Bonne lecture.

Le jeune homme et la bergerie

Il y a longtemps en Galilée, un père dit à son fils : "Mon fils, ce soir vers 17h, les bergers descendront de la montagne avec leurs troupeaux. Tu devras ouvrir les portes de la bergerie, les faire entrer, puis fermer les portes derrière eux. Je ne l'ai jamais fait, mais aie confiance, c'est super simple, tu ne peux pas te gourrer."

Le fils répondit : "Trop facile. T'inquiète, ce sera fait."

Le jour passa, mais à 17h, un seul berger apparut. Il venait seul, sans ses moutons. Puis, un peu plus tard, quelques moutons descendirent de la montagne. Mais persone ne sut à qui ils appartenaient car ils n'étaient pas marqués.

Vers 18h, le fils alla dans la montagne pour tenter de rassembler moutons et bergers. Lorsqu'il arriva à la hauteur des pâturages, il vit que plusieurs des bergers dormaient. Les troupeaux paissaient ça et là, et s'entremêlaient. Personne ne savait à quel berger revenaient quelles bêtes. Au moins le quart des moutons avaient disparu. Deux ou trois bergers ne savaient même pas qu'ils étaient bergers. D'autres buvaient du thé avec quelques conseillers municipaux ; personne ne savait ce que des conseillers municipaux faisaient là, à cette heure de la soirée.

Alors qu'on tentait de trier les moutons, les conseillers prirent part à la discussion sans y avoir été invités, ce qui fit monter le ton. Trois conseillers commencèrent à se battre et durent être séparés. Cet esclandre effraya quelques moutons, qui alors voulurent fuir et tombèrent dans un ravin. Certains bergers ne cessaient d'utiliser le mot "vache", et personne ne comprenait de quoi ils parlaient, ce qui créa de la confusion. On mit aussi du temps à convaincre ceux qui refusaient de descendre au village pour la nuit. Un quinzaine de moutons, qui étaient coincés depuis des heures dans une vieille clôture, durent être libérés ; comme il y avait urgence, il fallut scier quelques pattes. Un âne errait à travers le groupe, mais personne n'avait le temps de s'occuper de ce problème. Dans le ciel, la nuit tombait rapidement.

Un peu après minuit, bergers et moutons étaient enfin réunis et prêts à descendre au village. Le troupeau comptait même quelques bêtes additionnelles, volées sous le couvert de la noirceur au cheptel d'un village voisin. Il faillit y avoir une nouvelle bagarre lorsqu'on tenta de séparer le butin, mais les choses finirent par se calmer. La descente progressa lentement, parce que des bergers tentèrent d'emprunter des raccourcis qui n'en étaient pas. Du début à la fin, un conseiller municipal, qui avait marché dans du crottin, râla à propos de ses chaussures salies. Furieux, il ne cessait de crier : "C'est scandaleux ! C'est insupportable ! C'est inacceptable !" Ce qui finit par irriter tout le monde.


Source photo : wikipedia.


Quand ils atteignirent les dernières pentes, près du fond de la vallée, la lumière de l'aube commençait à poindre sur les sommets. Le spectacle était magnifique, avec les jaunes et oranges glissant sur les dernières étoiles de la nuit. L'air était frais et humide, rempli des odeurs de la terre grasse. Un monde idéal pour élever des moutons.

Le groupe aurait pu s'arrêter un moment pour admirer la grandeur de cette création. Mais au centre du village, une gigantesque fantasmagorie rougeoyante capta leurs regards : la bergerie était en feu. C'est que la bergerie, depuis les 17 dernières années, servait aussi de forge temporaire. Or ce soir là, un tison malencontreux avait mis le feu à la paille.

Ainsi, à cause de l'incompétence des uns, et l'ingérence des autres, les moutons furent sauvés.

Les conseillers municipaux, fins politiques, revendiquèrent la sauvegarde in extremis du cheptel, en se déclarant auteurs des délais les plus cruciaux. Un grand banquet fut organisé en leur honneur, au cours duquel on décida de leur verser une rente annuelle puisée à même les recettes de la foire ovine du printemps.

Parce qu'il avait tenté de ramener moutons et bergers avant la nuit, ce qui les aurait exposés à une mort certaine, on statua que le jeune homme méritait châtiment. Les tables de la loi ne faisant aucune mention de ce genre de situation, on y inscrit un nouveau crime, qu'on nomma "Tentative d'avoir voulu trop cuire la viande". Et en guise de peine, le jeune homme fut banni du village. On ordonna aussi de lui crever les yeux, afin qu'il ne puisse plus jamais travailler comme berger (N.B. - embrouillés par cette succession d'événements, les juges oublièrent que le jeune homme n'avait jamais vraiment exercé cette profession).

Alors qu'il quittait le lieu de sa naissance, sous les insultes et les cris de haine, le fils entendit la voix de son père : "Mon fils ! Mon fils ! Pourquoi ne t'es-tu pas méfié de moi ?"

mardi 10 janvier 2012

Culte du Cargo

Un ami m'a transmis ce lien wikipedia vers un article très intéressant. Il traite d'un phénomène rigolo, et désigné par l'expression "Culte du Cargo". Il s'agit de rites observés chez des aborigènes d'Océanie, en réaction à la colonisation et à la présence militaire. Ça dit ceci :

Des indigènes, ayant constaté que les radio-opérateurs des troupes au sol semblaient obtenir l’arrivée de navires ou le parachutage de vivres et de médicaments simplement en les demandant dans leur poste radio-émetteur, eurent l’idée de les imiter et construisirent, de leur mieux, de fausses cabines d’opérateur-radio (avec des postes fictifs) dans lesquels ils demandaient eux-aussi (dans de faux micros) l’envoi de vivres, médicaments et autres équipements dont ils pouvaient avoir besoin. Plus tard, ils construiront même de fausses pistes d'atterrissage en attendant que des avions viennent y décharger leur cargaison.

Ah ah ah ! J'imagine bien Bouboukala, avec son pagne en peau de tapir, son collier de coquillages, et son micro en tiges de bambou. Comme un con, il demande aux dieux l'envoi d'une cargaison de noix de coco, pour la fête du ragoût sacré. Qu'ils sont amusants ces bronzés. Heureusement qu'on n'est pas comme ça, en Occident.

Source photo : wikipedia.


Dans certaines boîtes, la grande tendance est d'adopter la Méthode Scrum. Il s'agit d'une approche de la gestion de projet dans le monde du développement informatique. Son objectif est d'améliorer la productivité des équipes auparavant ralenties par des méthodologies plus lourdes.

Scrum, c'est Ze truc à la mode. Quand t'es chef de projet, tu dois absolument avoir ça dans ton CV. C'est américain, c'est nouveau, c'est l'avant-garde, ça rend tout le reste obsolète. Si tu ne pratiques pas Scrum, t'es ringard.

Alors on fait Scrum...

Dans Scrum, y'a des stand-up meetings quotidiens. Ce sont de courtes réunions informelles, pour orienter la journée et coordonner les affaires courantes. On les fait debout pour ôter l'envie de s'éterniser. La méthode recommande aussi de fréquents allers-retours vers le client, afin de rapidement rectifier le cap en cas de dérive. Et y'a des outils de suivi simples, qui évitent de s'embourber dans les détails administratifs. En fait, c'est juste une nouvelle mouture des diverses petites règles du bon sens, déjà exprimées par Kent Beck en 1999 dans Extreme Programming Explained.

Scrum, c'est comme le papier-cul : c'est très utile quand on a compris à quoi ça sert, et surtout comment s'en servir. En revanche, ça ne sert pas à grand chose si on dépose le rouleau sur un joli petit autel mural, avec quelques bâtons d'encens, et qu'on continue à s'essuyer le postérieur avec ses doigts.

Dans certaines boîtes, y'a des chefs de projet qui sont d'ardents défenseurs de Scrum (suite à une consigne de la direction). Ils en parlent avec enthousiasme, usant copieusement des cinq mots-clés qu'ils ont réussi à retenir lors de leur après-midi d'auto-formation. Ils font des stand-up meeting de 70 minutes, dans lesquels ils brainstorment tous-seuls devant 15 personnes à propos de sujets prévus pour l'an 2134. Ils rencontrent les clients une fois à tous les quatre mois. Pour ces rencontres, le chantier est lissé, les problèmes sont esquivés, et les lenteurs sont gardées secrètes ; ça aurait l'air con d'avouer qu'on a toujours les soucis que Scrum est censé corriger.

En fin de mois, ces chefs de projet se souviennent de compléter la paperasse qui doit aider au suivi quotidien. Ils font le tour de l'équipe : "Remplissez vos Burndown Charts pour que ça arrive à zéro." Alors au lieu d'avoir des graphiques qui permettent d'évaluer au fil de l'eau si l'équipe prend du retard, ils ont des graphiques qui indiquent a posteriori que tout le boulot a été fait le dernier jour du mois...

En résumé, grâce à une version de Scrum adaptée aux pratiques habituelles des organisations sclérosées, le client reçoit en retard et pour deux fois plus cher des machins qu'il n'a jamais demandés. C'est comme avant, mais au moins c'est Scrum.

Heureusement qu'on est pas comme Bouboukala, en Occident...

lundi 9 janvier 2012

Oligarchie égalitaire

C'est connu, la devise de la République Française est "Liberté, Égalité, Fraternité". Soit dit en passant, c'est aussi la devise de la République d'Haïti.

Au sujet du deuxième item de cette devise, "Égalité", disons qu'il y a un gros tabou en France. Il y a ce qu'on souhaite, et il y a une autre réalité bien apparente. Tellement apparente qu'on la remarque jusqu'au sommet de l'État. On peut prendre pour exemple ce jeune homme, élu "conseiller général des Hauts-de-Seine pour le canton de Neuilly-sur-Seine-Sud" à l'âge tendre de 21 ans, après un parcours académique constitué de cours de comédie, et de deux échecs à la Fac de Droit.

Pour ceux qui ont besoin de rafraîchir leur géographie, Neuilly-sur-Seine est une commune limitrophe de Paris, et compte parmi celles où la richesse moyenne par habitant est l'une des plus élevées en France. Disons que c'est un endroit plutôt "cosy" où il fait bon habiter, si on souhaite un voisinage de grands PDG et de politiques influents.

Cet exemple en fait rager certains, qui diront que la France d'antan avait plus de principes. Mais bon, rappelons que Henri Giscard d'Estaing, fils du président du même nom, a été élu conseiller général du Loir-et-Cher à l'âge vénérable de 22 ans.

Source photo : wikipedia.


En gros, on a souvent l'impression que la France croit beaucoup dans "la lignée", "la force du sang". Ici, on estime que le talent est héréditaire. Loin de moi l'idée d'insinuer que les "fils et filles de" sont dénués des qualités de leurs géniteurs. Comme n'importe qui, un fils-à-papa peu devenir très compétent après quelques années de terrain.

Seulement, on a parfois le sentiment que certains n'ont pas eu à se taper les obstacles habituels du cheminement de carrière. Que leurs projets sont parsemés de portes ouvertes et de parachutes.

C'est dans le show-business que cette tradition est la plus apparente. Nous connaissons tous Charlotte Gainsbourg, fille de Serge et Jane. Mais connaissez-vous son frère Lulu ? On vient de lui faire une belle place dans les shows-télé, pour sa première galette. Et puis y'a tous les autres :

Guillaume Depardieu et Julie Depardieu (qui à ma connaissance n'ont jamais fait pipi dans l'avion).
Lou Doillon, fille de Jane Birkin.
Thomas Dutronc, fils de Jacques.
Marilou Berry, fille de Josiane Balasko et nièce de Richard Berry.
Aurore Auteuil, fille de Daniel.
Marie Drucker, nièce de Michel et fille de Jean (ancien président-fondateur de la chaîne de télé M6).
Anthony Delon, fils d'Alain.
Chris Stills, fils de Véronique Sanson.
Davy Sardou, fils de Michel.
Marius Colucci, fils de Coluche.
Christian Vadim, le fils de Catherine Deneuve.
Victoria Monfort, fille de Nelson.
Aurélie Cabrel, fille de Francis.
Pierre Souchon, fils d'Alain.
Salomé Lelouch, fille de Claude, et sa soeur Sarah, présentatrice de "Fort Boyard" (de qui on dit sans se cacher qu'elle est plus remarquée pour son lien de parenté que pour sa présence télégénique).

Ce qui est bien, avec la deuxième génération, c'est qu'elle sait tout faire. Maman n'était que chanteuse, mais la fille sait aussi danser, jouer la comédie, animer à la télé, défiler pour Lagerfeld, s'asperger de parfum dans une pub, faire la météo, et passer au téléthon. Elle fait tout moyennement, mais elle fait tout !

Les Français se sont prononcés de manière plutôt cynique sur "le piston du fiston". Cet article rapporte les données. L'Express nous montre ici que la tradition est aussi bien vivante en politique. Et il y a le Figaro, qui loin de s'en faire, semble trouver ça tout-à-fait normal.

Vous me direz que le modèle n'est pas que Français, et c'est vrai. Suffit de penser à George W. Bush ou Kim Jong Un. Mais bon, le piston me semblait généralement plus discret à l'époque où je vivais en Amérique. D'ailleurs, il est rigolo de comparer sur wikipedia les premières lignes des articles consacrés à "l'égalité des chances".

Version anglaise :
"Equal opportunity is a stipulation that all people should be treated similarly, unhampered by artificial barriers or prejudices or preferences, except when particular distinctions can be explicitly justified."

Version française :
"En tant que valeur sociale, l’égalité des chances est une notion compliquée à définir. Le terme égalité est, en effet, polysémique, et donc sujet à polémique. L’objectivité dans la définition donnée dans cet article sera donc relative. Notons également l’ambiguïté du terme chance, mis au pluriel dans cette expression."

Disons que la version française laisse plus de place à l'interprétation...

Si vous avez envie de plonger dans le tabou, vous pouvez commencez par cet article très intéressant du Point.fr.

L'article mentionne aussi des lectures :
L'oligarchie des incapables - Sophie Coignard et Romain Gubert (Albin Michel 2012).
L'oligarchie ça suffit, vive la démocratie - Hervé Kempf (Seuil, 2011).
La République du copinage - Vincent Nouzille (Fayard, 2011).
Le règne des oligarchies - Alain Cotta (Plon, 2011).


vendredi 21 octobre 2011

Pas de crise en France

Ça y est, nous avons commencé la descente vers le fond.

Malgré tous les efforts pour enrayer la crise, le chômage reste élevé. Les gens coupent dans le civisme. On note une hausse des vols dans les magasins. Il est de plus en plus difficile de payer les factures. Ailleurs, c'est le début de l'exode ; les Espagnols désertent. Dépassés pas les événements, certains élus préfèrent continuer à faire l'autruche : ce qu'on ne voit plus n'existe plus.

Débute cette ère douloureuse où nous n'aurons même plus les moyens d'acheter les produits les moins chers, ceux dont nous avons exporté la fabrication en Asie.

Nous avons atteint cette situation étrange où plus personne n'a de fric, sauf ce petit groupe de millionnaires chinois que nous avons créés, et qui débarquent à Paris acheter le dernier produit made in France : le luxe.

Plus un rond...

À part les dorénavant habituelles exceptions, comme les banques. Et peut-être aussi les Suisses, au nom de leur grande tradition de neutralité.

Alors les gens commencent à se révolter. Le petit peuple descend dans la rue. En Grèce, en Espagne, à New York, dans l'Ouest américain. La grogne monte. On fracasse un peu les vitrines de ces grandes tours anonymes où se cache le sort du monde. On s'indigne à Berlin, Londres, Sydney.

Bon, à Paris, on s'indigne un peu moins. Faut dire qu'on sent moins la crise, avec tous ces Chinois et rois du pétrole, qui écument le marché des apparts avec vue sur la Seine.

Il doit bien y avoir quelques indignés à Paris, non ? Ils sont où, ces Français qui habituellement se manifestent à la moindre occasion de râler ?

Ah oui, j'oubliais : ils sont au Apple Store.

Finalement, en matière de fric, on n'a pas encore tout à fait atteint le fond... Je m'en réjouis.

(Photo : Apple)


mercredi 12 octobre 2011

Pas de minutes

La France est un de ces pays où le concept de "minute" n'a pas une très forte pénétration dans le tissu social et économique.

Un exemple. Sur la porte d'un café parisien, une affiche "Ouvert de 8h00 à 23h00". Dans une nation plus évoluée, comme la Suisse, le Japon, ou le Canada, elle sera interprétée au sens littéral : "Ouvert de 8h00 à 23h00". Mais en France, où les minutes n'ont qu'une fonction décorative, il faut lire ceci : "Ouvre quelque part entre 8h00 et 9h00, selon le bon gré du personnel, et ferme une bonne quinzaine de minutes avant 23h00".

Cette "ponctualité flexible" peut être observée lors des réunions, des rendez-vous entre amis, des visites chez le médecin, etc. Dès qu'un processus n'implique pas une logistique internationale, comme pour les trains et les avions, la France ne tient plus compte des minutes.

Alors comment organiser son agenda ? À l'attention du nouvel arrivant, voici quelques petites règles dérivées de mon expérience personnelle.

Heure de début

Pour l'heure de début, c'est facile. Toute chose commencera systématiquement en retard. Le café ouvrira à 8h09, avec ses tabourets sur le comptoir et sa cafetière encore froide. La réunion de travail commencera quand tout le monde sera arrivé. La table réservée pour 21h00 vous sera donnée à 21h20. Pour meubler ces périodes d'attente, les Français choisiront de prendre un apéro. (Note : en France, un apéro peut être pris à 9h47 le matin, et n'a pas à être suivi d'un repas.)

Source photo : wikipedia.


Heure de fin

L'interprétation des heures de fin est plus complexe. Une chose peut se terminer avant ou après l'heure indiquée, selon le contexte. Il y a deux grandes catégories de contextes : sociaux et professionnels.

Dans les contextes sociaux, la règle est simple. Les choses finiront plus tôt ou plus tard selon qu'on s'emmerde ou non. Soirée sympa avec copains et copines = plus tard. Repas ennuyant avec la belle-famille = plus tôt. Notez que dans les rapports sociaux, la position d'autorité appartient à celui qui s'emmerde le plus. Karl Lagerfeld est un bon exemple de personne qui s'emmerde beaucoup. Pour progresser rapidement au sein de votre groupe mondain, n'hésitez pas à faire la moue et à partir tôt.

Dans les contextes professionnels, la gestion de l'heure de fin s'arrime aux règles subtiles de la hiérarchie, du statut social, de la domination et du mépris. Dans une relation professionnelle, il y a toujours un dominant, et c'est lui qui fixe l'heure de fin. Voici une grille simplifiée qui vous permettra de naviguer dans vos premiers rapports :

Beaucoup plus tôt : t'es qu'un couillon, je ne sais même pas ton nom, et si je dois virer quelqu'un, tu feras partie des candidats.
Un peu plus tôt : tu fais un boulot correct, mais rappelle-toi que le patron, c'est moi.
Un peu plus tard : t'es mon pote, je te filerai les infos avant les autres, et peut-être une partie des pots-de-vin que je reçois.
Beaucoup plus tard : je suis politiquement isolé, mon poste est en jeu, et j'ai désespérément besoin d'alliés.

Dans le spectre des relations professionnelles, il y a la relation commerciale. Comme les autres, elle est gouvernée par le statut social. Mais à la différence de l'Amérique, où le client est roi, c'est le fournisseur de service qui joue le rôle de dominant. Il faut se rappeler qu'en France, l'échelle du pouvoir se décline ainsi :

Président de la République
Premier ministre
Garçons de café
Gérants de brasserie
Conducteurs de train
Autres professionnels du commerce (coiffeurs, vendeurs du BHV, etc.)
Fonctionnaires
PDG de grande entreprise (Total, EDF, GDF Suez, Carrefour, etc.)
Membres du show-business
Maires
Avocats
Médecins
Philosophes
Autres vieux cons
Vous
Citoyens d'origine africaine dont la famille habite en France depuis moins de 48 générations.
Sans-papiers.
Roms.

Cette échelle explique pourquoi, en moyenne, votre café préféré ouvre à 8h37 et ferme à 22h19.

mardi 11 octobre 2011

S'il ne faut qu'un prétexte

T'es assis peinard à ton bureau et au gré des conversations, t'entends que demain c'est la grève. Ah oui ? Pourquoi donc ? Cette fois, c'est pour dire "non à l'austérité", comme l'indique ce papier du Figaro.

Bon... demain c'est le grève... Tu vas te lever un peu plus tôt, prévoir un peu d'attente dans le RER. La grève en France, c'est comme les tempêtes de neige au Québec : cinq ou six par année, parfois c'est pétard mouillé, parfois ça fait un peu chier. Mais ce n'est jamais catastrophique.

Ce que j'aime des grèves françaises, je l'ai déjà dit, c'est les formules poétiques qui permettent de justifier le mouvement. J'imagine tellement la grande réunion syndicale, avec les délégués de toutes les organisations, discuter pendant des heures pour aboutir à une formule de mobilisation comme "non à l'austérité".

En cette période de rigueur, j'aimerais faire ma part en fournissant aux syndicats une liste de justifications pour les prochaines grèves. Il ne leur restera qu'à planifier le calendrier.

Non aux hivers pluvieux.

Pour une distribution plus républicaine des cadeaux de Noël.

Non aux gens méchants.

Pour plus de sourires.

Pour que soient plantés plus d'argentiers (l'arbre dans lequel l'argent pousse).

Pour que justice soit faite.

Pour une égalité plus équitable.

Pour une équité plus égale.

Pour que les problèmes soient réglés par quelqu'un quelque part.

Parce qu'on est fâché (à chaque année, un thème de grève très flou permet de réunir toutes les revendications).

Pour la retraite après l'université gratuite.

Pour mettre plus de social dans la relance... (ah non, celui-ci a déjà été utilisé... )



(Dessin par Tonu)


vendredi 30 septembre 2011

Joie du matin

Selon ce papier, c'est tôt le matin et tard le soir que les messages Twitter sont les plus positifs. Donc, en majorité, les gens se font chier au boulot.

C'est une des grandes vérités de la vie. Peu importe le boulot, au quotidien tout le monde se fait chier. Même s'ils gagnent des millions juste pour jouer au ballon et faire des pubs de déodorant, les footballeurs professionnels finissent par se faire chier. Les footballeurs français vont même jusqu'à faire la grève. Johnny Depp se fait chier quand des femelles hystériques lui crèvent les tympans à Cannes. Barack Obama se fait chier quand il voit "B. Netanyahou" sur l'écran de son BlackBerry.

Dans un monde où l'espérance de vie augmente, et où l'âge de la retraite s'éloigne, ceux qui ont écoulé leur capital de naïveté doivent trouver une solution. La plus connue, la plus utilisée, c'est "la glande". Le but, pour ne pas trop se faire chier, c'est de se trouver une belle grosse boîte bien sclérosée. Parce que la glande est bel et bien une sclérose. Elle s'installe par petits dépôts rigides qui finissent par s'agglomérer et figer toute articulation. L'organisme affecté perd lentement de sa souplesse. Son activité diminue, ses attentes de productivité aussi. Un milieu parfait pour le glandeur.

Pour glander longtemps, et sereinement, il importe de choisir une société vieille et trop riche pour crever. Le genre de boîte qui, soumise à une crise grave, serait sauvée par l'État.

Dès votre entrée dans ce genre de structure, vous trouverez des complices. Le premier jour, suffit de traîner un peu au café, et de remarquer qui traîne avec vous. Ces gens sont importants, ne les ignorez pas. Pour être repéré, lancez-leur un défi : essayez de rester plus longtemps qu'eux. Ils adorent ! Pour le prix d'un second café, vous gagnerez des alliés à vie. Ces gens sont des V.I.P. de "Glande-Privée". Ils vous fileront rapidement une invit'.

L'effet secondaire de la glande est un certain cynisme. Impossible de le soigner, mais on peut tout de même en atténuer les symptômes avec une dose quotidienne de Dilbert.



Le cynisme est un poison étrange qui se combat lui-même. C'est la petite dose qui est mortelle. À forte dose, il agit plutôt comme un euphorisant. Avec un petit peu de Dilbert, on se sent moins seul.

Merci Dilbert.