jeudi 23 février 2012

Ghost in the machine

Un article intéressant du Monde, qui peint le portrait d'un système bancaire déshumanisé, cupide, et mauvais pour l'humain. Mais jusqu'en haut de la pyramide. Avec des traders qui, eux aussi, en ont marre.

C'est très fashion, ces jours-ci, de taper sur les banquiers. Pour ma part, je crois qu'ils sont profondément humains, qu'ils nous ressemblent, et qu'ils partagent nos aspirations : richesse, pouvoir, succès, vanité. Les banquiers vont changer le jour où le citoyen lambda arrêtera d'acheter de faux sacs Louis Vuitton à la station Barbès, ou des écharpes Dior en acrylique à Porte de Montreuil.

Moi je crois qu'on devrait persister dans l'illusion de la croissance infinie. Mais je veux bien humaniser le système en remplaçant tous les traders déprimés par des machines. L'ordinateur ne souffre pas de remords. En plus, la machine est plus rentable. J'ai pour preuve ce simple petit radar routier qui rapporte 22 millions d'euros par année à l'État français.

Pour arriver à 22 millions d'euros de profit annuel net, un trader doit prendre des risques élevés et mobiliser des sommes considérables. Le radar, lui, n'a qu'à attendre. C'est la pêche miraculeuse. Donc mettez les traders en vacances, pour le salut de leur âme.


Radar routier, dans wikipedia.


En fait, il y a toute une économie de "l'infraction et son amende" qui reste peu exploitée. C'est dommage, car selon moi la France pourrait être propulsée au rang de première économie mondiale. Imaginez si l'État percevait une taxe à chaque fois qu'un Français pose ce genre de geste :
  • à la cantine, rendre une part de fromage "gratuite" en la dissimulant sous sa salade
  • sauter par dessus les tourniquets du métro
  • demander d'être facturé en deux fois pour arnaquer un peu l'assurance
  • profiter des largesses du système, notamment occuper seul un appartement HLM prévu pour une famille
  • partir sans payer sa bière
  • prendre le TGV sans billet

Y'a pas meilleurs que les Français pour se disculper des petites arnaques du quotidien. Leur dissidence est génétique. Contourner le système, voire en profiter, est perçu comme une preuve d'intelligence. Imaginez ce que rapporteraient, dans un pays comme la France, des machines capables de détecter la petite fraude banalisée.

mardi 21 février 2012

Mourir à la fin

Bon, j'avais résolu de vous donner mon avis sur Les 100 choses qu'il faut avoir faites dans sa vie a Paris selon le Figaro. Mais sérieusement, je commençais à m'ennuyer grave avec cette collection de suggestions nulles pour petits Bobos affectés. Et puis, en relisant la 49, j'ai eu une idée. Ça dit :
  1. S'être prise pour Shirley McLaine dans Irma la Douce (Billy Wilder) en empruntant la rue Casanova.
C'est vrai que la rue Casanova est vraiment un cadre agréable pour pratiquer le plus vieux métier du monde. Mais ça m'a surtout donné l'envie de vous faire ma Liste des 27 choses cinématographiques qu'il faut avoir faites dans sa vie a Paris. En plus, si vous suivez mes conseils, vous mourrez à la fin. Ça c'est cool !
  1. Trouvez un appartement vide près de la station Bir-Hakeim, achetez 250 grammes de beurre, et faites des cochoncetés comme dans Le Dernier Tango à Paris.


  2. Allez faire Les Quatre Cents Coups sur la rue Marcadet. Le coin est toujours aussi prolétaire, alors il se peut que les 400 coups en question pleuvent sur votre gueule pendant qu'on vous fait les poches.


  3. Portez des chaussures de couleurs différentes à l'aéroport d'Orly, comme Pierre Richard dans Le Grand Blond avec une chaussure noire. Constatez que ce détail ne trouble le sommeil d'aucun agent de sécurité.


  4. En souvenir de L'Aile ou la Cuisse, tentez de sortir sans payer d'un restaurant étoilé. Après avoir été "accidentellement" reconnu comme guide gastronomique, négociez un repas gratuit et une deuxième bouteille à emporter en échange d'un commentaire positif dans un "certain guide vert bien connu" (insistez sur ces mots pendant vos tractations).


  5. Faites-vous une thématique Amélie Poulain en balançant des nains de jardin du haut de Notre-Dame pour tuer la mère d'une fille au look rétro.


  6. Comme dans Le père Noël est une ordure, restez coincé dans l'ascenseur d'un immeuble parisien (de préférence un vieux avec la grille et tout).


  7. Sortez tuer quelqu'un, et revenez vous coincer une deuxième fois, pour faire comme dans Ascenseur pour l'échafaud.


  8. Comme dans Moulin Rouge, partez vivre à Montmartre pour devenir écrivain, et constatez que tous les habitants de Montmartre couchent contre rémunération en attendant de gagner le Goncourt.


  9. À l'instar de Robert Langdon, élucidez le code secret des toilettes du Starbucks du Louvre, et découvrez qu'une puissante organisation mondiale cherche à contrôler la planète par le biais d'une gigantesque envide de pipi collective.


  10. Comme Zazie, découvrez que les employés du métro font toujours la grève quand on a besoin d'eux.


  11. Devenez pompiste alcoolique dans un coin crade du 18e arrondissement.


  12. Comme Depardieu dans 36 quai des Orfèvres, laissez pousser votre moustache et donnez l'impression d'être atteint d'une mauvaise haleine perpétuelle.


  13. Passez une nuit dehors au froid, comme dans Les Amants du Pont-Neuf. Trouvez un clochard pour vous faire la réplique.


  14. À Bastille, alors que vous mangez des nems dans un buffet, ayez un éclair de génie et résolvez l'intrigue de Chacun cherche son chat.

Les nems, c'est bon. Source : wikipedia.


  1. Comme Woody Allen pour Minuit à Paris (et la majorité de son oeuvre), tournez une comédie pour intellos impotents dans laquelle vous mettrez en scène vos fantasmes de vieux réalisateur libidineux.


  2. Piquez une mallette à quelqu'un, volez une voiture, et roulez à plus de 160 km/h dans le tunnel des Halles. N'ouvrez jamais la mallette.


  3. Trouvez un pont. Trouvez une fille. Lancez des couteaux à la fille sur le pont.


  4. Découvrez les joies de l'administration française, comme Harrison Ford dans Frantic.


  5. Faites exploser la Tour Eiffel, comme dans G.I. Joe : Le Réveil du Cobra. Ensuite, tentez de fuir sans vous faire tuer, comme Jason Bourne dans La Mémoire dans la peau.


  6. Restez coincé sur un quai de métro pendant 45 minutes à cause d'un "accident de voyageur", et découvrez que la vraie vie va moins vite que dans Subway.


  7. Comme Michel, dans la séquence finale de À bout de souffle, effondrez-vous sur un trottoir du boulevard Raspail et dites "C'est vraiment dégueulasse" en constatant que vous avez les cheveux dans un caca de chien.


  8. Allez vous jeter dans le bassin des phoques du zoo de Vincennes, afin de commémorer l’atterrissage de Big Moustache dans La Grande Vadrouille.


  9. Prostituez-vous entre 14 et 17 heures, comme Catherine Deneuve dans Belle de Jour. Utilisez vos recettes pour un lifting.


  10. Endormez-vous au théâtre Montmartre et manquez Le Dernier Métro.


  11. Dissimulez une bombe dans un couscoussier et faites exploser une école, comme dans Les Sous-doués.


  12. Allez encaisser (et déguster) quelques pots-de-vin au Bistrot La Renaissance, rue Championnet dans le 18e, comme Boisrond dans Les Ripoux.


  13. Pour marquer le 40e anniversaire de la sortie des Aventures de Rabbi Jacob, faites comme la femme de Georges Cravenne, le publicitaire du film, et détournez le vol Air France Paris-Nice. Selon wikipedia, fragile psychologiquement, elle a menacé de détruire le Boeing 727 si le long métrage, qu'elle jugeait "anti-palestinien" et intolérable au vu de la situation internationale, n'était pas interdit. Armée d'une carabine 22 long rifle et d'un faux pistolet, la jeune femme a accepté que l'avion se pose à Marignane pour ravitaillement avant de repartir vers Le Caire. Sur place, au cours d'un échange de coups de feu, Danielle Cravenne a été atteinte à la tête et à la poitrine. Elle est décédée dans l'ambulance qui l'évacuait vers une clinique.


lundi 20 février 2012

Les Français nuls en amour


Psyché ranimée par le baiser de l'Amour,
au Louvre. Source : wikipedia.


Je savais déjà que le Français est nul au lit. Je découvre aussi que le Français est nul en amour. En effet, dans son article "Les 100 choses qu'il faut avoir faites dans sa vie à Paris", le Figaro recense seulement sept petites suggestions pour un moment de romance. Et elles manquent cruellement d'originalité. J'en suis à croire que les lecteurs du Figaro sont de mauvais amants. Voici ce que propose le journal, et mes commentaires en italiques :

  1. S'être embrassé quai de la Tournelle. (Bon, c'est à côté de Notre-Dame, y'a 180 touristes japonais au mètre carré, alors si vous décidez de le faire, ce sera vite fait. N'ayez crainte, les clochards ne sont pas méchants.)
  2. Avoir commandé un cocktail au bar Hemingway du Ritz aux couleurs des yeux de son invitée. (Bon, on voit que pour certains, un lieu branchouille et l'agencement des couleurs compte plus que le reste.)
  3. Avoir loué une chambre d'amour à l'hôtel Chopin du passage Jouffroy. (L'endroit est sympa. L'hôtel est un deux étoiles, donc faut modérer ses attentes.)
  4. Avoir gravé son nom et celui de son amour dans le mur des catacombes. (Je ne sais pas trop, mais l'association entre amour et ossements humains ne me plaît pas trop.)
  5. Avoir joué la carte du doublé gagnant "champagne + plaid" sur le pont d'un Bateau-Mouche pour profiter des lumières sur la ville. (Paraît que ça vaut le coup. Pépère mais potable.)
  6. S'être donné rendez-vous au moins une fois sur le parvis de Notre-Dame, à la fontaine Saint-Michel ou sur les marches de l'Opéra Garnier. (Complètement ordinaire. Tout rendez-vous dans le huitième arrondissement a systématiquement lieu sur les marches de l'Opéra Garnier.)
  7. Avoir pris un verre face au soleil couchant au Bourbon, derrière l'Assemblée nationale. (Une autre place banale, comme il y en a des dizaines à Paris.)

Devant cette désolante collection de pudeur rétrograde, je me dois de renchérir. Je ne suis pas Casanova, mais je vais tenter de faire un petit effort :
  • Vous aimez braver l'interdit ? Essayez un petit coup rapide avec votre tendre moitié (ou quelqu'un d'autre) au sommet de la coupole du Sacré-Coeur. L'endroit est souvent désert, et la vue sur Paris est imprenable. La seule bonne raison d'aller à Montmartre.
  • Faites-vous une balade aphrodisiaque : un plateau d'huîtres chez Bofinger, des chocolats chez Debauve et Gallais, arrêtez pour une bouchée de caviar au café Petrossian, prenez un plat à la Maison de la Truffe. Puis rentrez à l'hôtel faire une petite sieste à deux. (Notez que cette jolie promenade vous fera voir la Bastille, Saint-Germain-des-Prés, les Invalides, les Tuileries, et la Madeleine.)
  • Allez au Louvre, placez-vous devant la Joconde, et faites-vous le French kiss le plus langoureux de l'histoire de l'Art. Persistez jusqu'à ce que la foule vous photographie.

La Joconde, au Louvre. Des voyageurs de tous les continents
rapporteront votre French kiss sur leur carte-mémoire.
Encore mieux que Facebook. Source : wikipedia.


  • Offrez à chérie un vêtement Aubade, à condition qu'elle vous laisse regarder pendant l'essayage.
  • Si votre couple en est à cette étape, allez au Jardin du Luxembourg pour voir les gamins, fous de joie, qui poussent leur petits voiliers sur le bassin principal. C'est totalement mignon, garanti qu'elle voudra essayer d'en fabriquer un.
  • Chez les vendeurs de cartes postales anciennes de la Galerie Montmartre, offez-lui un mot d'amour écrit il y a 100 ans.
  • Faites des séries de photos dans un Photomaton. Osez les choses coquines.
  • Visitez les grands noms de la parfumerie et du soin corporel. Faites quelques achats pour votre bain aux chandelles du soir.
  • Offrez-lui une coupe de champagne et laissez tomber : "J'adore le champagne, c'est le seul truc qui scintille comme tes yeux... Non, c'est pas vrai ; y'a ceci aussi..." Et sortez de votre poche un diamant de chez Cartier.

Bon, je dirais bien au Figaro d'aller se rhabiller... Mais faudrait d'abord qu'il ait le talent de finir tout nu.

vendredi 17 février 2012

Bouffer à Paris


La somptueuse salle Belle-Époque du restaurant
Le Train Bleu, à la Gare de Lyon. Source : (wikipedia).


Cet article du Figaro recense les 100 choses qu'il faut avoir faites dans sa vie à Paris. C'est un point de départ intéressant si vous préparez une semaine en amoureux dans la Ville Lumière. Je vous recommande sa lecture, mais sachez que le public-cible du papier est d'abord le Parisien "bobo-branché" qui a déjà tout fait, et qui cherche de nouveaux trucs pour épater ses potes.

Dans ce billet, je vous annote les items 1 à 28, soit la partie dédiée à la bouffe. Mes annotations sont en italiques. Attention, je suis plus snob que les snobs.

  1. Avoir dîné au Tokyo Eat (XVIe) sans avoir poussé la porte du Palais de Tokyo. (Honnêtement, juste un autre resto de musée. Le Palais de Tokyo est le musée d'art contemporain le plus bordélique de la planète. L'endroit est en rénovation depuis 329 avant Jésus-Christ, alors on ne sait jamais si on est face à une oeuvre, ou simplement devant un tas de déchets du chantier. Et impossible de draguer sa clientèle de pouffiasses qui paradent leur Zadig et Voltaire de vente privée. C'est un style, peut-être que vous aimerez.)


  2. Avoir pris un petit déjeuner sur la terrasse du Café Marly, un Costes parmi tant d'autres. (Cette fameuse terrasse donne sur la cour du Louvre. Donc vous n'aurez pas le café à 99 centimes. Mais ça vaut la peine. Vos photos sur Facebook feront baver d'envie.)


  3. S'être assis autour d'une table à l'Astrance. (Très réputé. Prévoir un budget équivalent à un week-end en amoureux à Venise. Après, à vous de décider ce que vous préférez entre un resto ou Venise.)


  4. Avoir organisé un pot sans départ au Train Bleu, gare de Lyon. (Effectivement un endroit parfait pour vos fantasmes Belle-Époque. Faites comme les lecteurs du Figaro et apportez votre Rolex.)


  5. Avoir dîné chez Lipp, au rez-de-chaussée et côté rue, de préférence près d'une tête connue. (Jamais entré. Si vous voulez vivre dans le passé, libre à vous.)


  6. Avoir mangé une soupe à l'oignon aux Halles. (Oui mais où ? Les Halles sont un repaire de restos médiocres.)


  7. Avoir acheté une glace en cornet chez Bertillon, la maison mère. (C'est possible, si on consent à faire la queue pendant 45 minutes. Et si vous avez déjà mangé du gelato en Italie, vous direz "bof...")


  8. S'être délecté du Paris-Brest de Philippe Conticini à la Pâtisserie des Rêves de la rue du Bac. (Totalement. Mais si on les compare aux standards américains, 80 % des pâtisseries de Paris sont géniales. Alors repérez-en une bonne, et faites-vous un repas complet avec trois beaux desserts. Une fois dans une vie, c'est pas trop décadent.)


  9. S'être fait plaisir en remplissant son panier à la Grande Épicerie du Bon Marché. (Un vrai orgasme gastronomique. Un grand supermarché consacré uniquement aux produits fins. C'est comme Dean & Deluca, mais en 10 fois mieux. Préparez-y le pique-nique que vous n'oublierai jamais.)


  10. Avoir craqué pour le macaron au caramel au beurre salé de Ladurée. (Pierre Hermé ou Ladurée, c'est une guerre de religion. Cherchez un pâtissier qui les fait pas à l'usine. Essayez Acide, un atelier que j'ai découvert grâce à Marie-Ju et MissK. En plus, c'est dans un beau coin du 17e.)


  11. Avoir pris un thé à la menthe à la Mosquée de Paris. (Beaucoup de monde pour boire une infusion au goût de dentifrice sucré. Quand même sympathique, mais ne rêvez pas trop d'Istanbul. Reste qu'on m'a dit beaucoup de bien du hammam.)


  12. Avoir déjeuné tamoul chez Pooja. (Les Français ont horreur des épices et du piment. Donc n'écoutez jamais leurs recommandations en matière de nourriture asiatique. Si vous voulez manger tamoul et bien relevé, allez là où les Tamouls parisiens vivent, près de la station La Chapelle.)


  13. Avoir dévoré une côte de boeuf à deux à 6 heures du matin chez Denise, à La Tour de Montlhéry. (C'est quoi ce délire ? Si vous êtes encore debout à six heures du matin, profitez de l'aube sur les rues désertes pour faire les plus belles photos de votre vie. Vous irez au resto vers huit heures, quand la lumière sera redevenue moche et les rue pleines de gens taciturnes.)


  14. S'être cru à New York en dégustant un club sandwich au Harry's Bar. (Si vous venez d'Amérique, rien de bien exotique à cet endroit, à part une vague légende de la Lost Generation. Mais si vous aimez les scotchs, ça change tout : ils ont une collection unique avec des breuvages hors de ce monde.)


  15. Avoir commandé un plateau de fromages chez Marie-Anne Cantin. (Je ne connais pas cette fromagère. Mais le fromage, à Paris, c'est un des meilleurs rapports bonheur/prix. Une baguette, un fromage, une bouteille de rouge, et le Jardin du Luxembourg vous donneront plus de joie que 70 % des restos parisiens.)


  16. S'être ruiné un dimanche matin au marché bio du boulevard Raspail. (Quand on va au marché bio de Raspail, c'est pas pour ce qu'on y trouve, mais pour s'en vanter le lundi matin au boulot. Allez à Bastille, c'est moins pompeux.)


  17. Avoir déjeuné d'un bento chez Kunitoraya 2. (Attire surtout les wannabes de la branchouille. Lors de mon passage, j'ai vu au moins deux "clients à six pattes", if you know what I mean. Y'a beaucoup mieux sur la rue, en matière de comptoir japonais.)


  18. Avoir trinqué avec les vignerons lors de la Fête des vendanges de Montmartre, début octobre. (Oubliez ça. Montmartre est bondé de mauvais portraitistes 365 jours par année. Imaginez quand c'est les vendanges.)


  19. Avoir mangé un fallafel un dimanche chez l'As du Fallafel , rue des Rosiers. (Délicieuse bouffe-minute, en plein coeur du Marais. Cinq euros pour un sandwich géant garni de falafels et de légumes frais. Super pour une journée de visite chargée.)


  20. Avoir dépensé 80 euros à deux pour un poulet rôti-pommes allumettes chez l'Ami Louis. (Du poulet rôti et des frites... que c'est romantique... Je vous recommande plutôt un joli petit bar à Champagne où m'a amené mon ami Fred, le Point Bulles, en plein Saint-Germain-des-Prés. Pour 80 euros, vous aurez une bouteille de champagne très correct et un repas léger pour deux.)


  21. Avoir trouvé le filon pour aller acheter ses fleurs à Rungis et y manger des huîtres. (Beaucoup trop compliqué... Rungis n'existe que pour alimenter Paris. Alors restez à Paris et Rungis viendra à vous.)


  22. Avoir acheté son thé préféré chez Mariage Frères. (C'est vrai qu'ils font du bon thé. Mais vous le trouverez partout.)


  23. Avoir pique-niqué sur le pont des Arts. (Ça c'est vraiment agréable, même si un peu cliché. Vous allez adorer. Et aucun resto n'offre une telle vue sur la Seine.)


  24. Avoir mordu dans un sandwich libanais avenue George-V pour se croire à Beyrouth. (Pour avoir l'impression que l'Avenue George-V ressemble à Beyrouth, il faut voir pris beaucoup de LSD. Et en 4 ans à Paris, je n'ai pas trouvé un resto libanais digne de ce nom. Allez plutôt à Montréal.)


  25. Avoir fait une pause au New Nioullaville pour se remettre du Nouvel An chinois. (Avez-vous vraiment envie de manger chinois pendant une semaine à Paris ?)


  26. Avoir pris un café au Flore. (Un bon plan si vous êtes nostalgiques d'une époque où vous n'existiez pas, et prêts à payer très cher dans un café tout-à-fait ordinaire pour vous auto-convaincre que ce lieu revêt une importance historique quelconque. Demandez le menu spécial "Gros touriste crédule et exploitable".)


  27. S'être assis devant un petit-déj "plateau" à la Coupole, en habitué, sur les banquettes rouges (surtout pas en terrasse). (La Coupole est effectivement un classique qui comblera votre envie de grande brasserie parisienne. C'est bien fait, juste assez péteux, y'a une bonne ambiance, et c'est pas trop cher. Une sorte de Chartier, mais avec de vrais Parisiens et de la nourriture comestible.)


  28. N'avoir juré que par la tête de veau d'Apicius. (Pour votre info, le menu du midi de cet établissement oscille entre 160 et 200 euros. À ce prix, essayez autre chose qu'un plat composé de museau, de cervelle, de langue et de joue.)

Si j'ai un petit conseil pour votre voyage à Paris, c'est celui-ci : préparez vos adresses de restos. Une des raisons qui motivent un voyage en France, c'est la bouffe. Or, Paris est une des villes au monde où on trouve la plus forte concentration de restos dégueulasses et trop chers. L'explication est simple : 27 millions de touristes par année. Il y a beaucoup de très bonnes tables à Paris, même dans le petit budget. Mais pour chaque restaurateur honnête, il y a au moins quatre arnaqueurs qui se frottent les mains en pensant aux autocars de touristes prêts à se gaver de terrine Leader Price.


N.B. - si un des établissements mentionnés ici vous intéresse, référez-vous à l'article du Figaro pour les liens.

mardi 14 février 2012

Stasi sociale

Cet article rapporte que CNN a suspendu Roland Martin, un de ses collaborateurs réguliers, pour avoir publié des messages homophobes sur son compte Twitter durant le Super Bowl. Martin a écrit : "If a dude at you Super Bowl party is hyped about David Beckham's H&M underwear ad, smack the ish out of him!"

Une traduction honnête de "hyped" serait "excessivement enthousiaste". Donc une traduction honnête du commentaire serait : "Si un des potes à votre fête du Super Bowl est excessivement enthousiaste à propos de David Beckham et de sa pub de slips H&M, frappez-le !"




Avec ce commentaire pour seule preuve, une accusation d'homophobie ne tiendrait pas la route devant un tribunal sérieux. Moi j'ai envie de frapper David Beckham, ou toute personne montrant un enthousiaste excessif à son endroit. C'est seulement que je n'aime pas : le vedettariat, l'espace médiatique excessif accordé à un simple pousseur de ballon, les gens qui mettent trop de gel dans leur cheveux. David Beckham et ses fans m'énervent. Il n'y a aucun lien entre homophobie et beckhamophobie. Alors Roland Martin aurait dû pouvoir bénéficier du doute raisonnable. Mais il a été viré.

Dans le même ordre d'idées, vous souvenez-vous de cette Québécoise en dépression qui avait perdu son droit à ses allocations à cause de photos sur Facebook ? En gros, son assureur avait jugé qu'elle avait une mine beaucoup trop heureuse pour une déprimée.


Big Brother

On se méfie de la surveillance officielle. Dès qu'une autorité gouvernementale tente une manoeuvre coercitive, ou inquisitrice, on se lance dans les références orwelliennes. On devient frileux dès que Google ou Facebook reniflent un peu trop nos données. On sort les grands mots : atteinte à la liberté d'expression, aux droits de l'homme, à la vie privée. Pensez au Patriot Act, ou à l'Hadopi.

Mais avec l'arrivée des réseaux sociaux, j'ai l'impression d'assister à l'émergence d'un Big Brother officieux. Un tribunal de la rectitude populaire où le lynchage est permis. Un mec perd son boulot à cause d'une boutade pas nécessairement homophobe. Une déprimée sourit sur Facebook, et elle perd ses indemnités d'arrêt de travail. C'est la loi de la horde et de la rumeur qui s'impose. C'est la surveillance continue, le contrôle des esprits. On n'a pas droit à l'erreur. Le lapsus n'existe plus. La présomption d'innocence, c'est "out".

Big Brother, c'est pas l'État ou les géants de l'internet ; c'est vous et moi.

Remarquez comment votre comportement sur Facebook évolue à mesure que votre réseau s'enfle d'anciens collègues, de relations professionnelles, ou "d'amis" dont vous ne connaissez pas grand chose. N'avez-vous pas modéré un peu vos élans, depuis que tout sous-directeur des ressources humaines peut remonter un petit bout de votre vie personnelle en tapant votre nom dans Google ? N'êtes-vous pas inquiets de savoir que l'absence d'un profil public est maintenant jugé suspect par la plupart des cabinets de recrutement ? Sentez-vous une sorte de pression à la "normalité" ? Quelle est votre première réaction lorsqu'un ami "vous a identifié dans une photo" ?

Vous vous dites que vous n'avez rien à cacher. C'est vrai, moi non plus je n'ai rien à cacher aux autorités compétentes, aux flics, ou au ministère des finances. Ce qui me fait peur, c'est d'être jugé par les cons du quotidien. Le con qui mettrait mon CV au panier parce qu'il n'aime pas mon dernier statut Facebook. L'intolérant qui ne supporte pas tel genre d'humour, ou tel snobisme. Le frileux qui voudra m'imposer sa morale. Le patron qui cherche juste un prétexte pour me virer. L'inspecteur des assurances qui estime que je n'ai plus mal au dos parce qu'il a vu une photo de moi en train de jouer au ballon avec ma nièce de deux ans.

Les réseaux sociaux sont d'une instantanéité formidable. Mais ils ont aussi favorisé la croissance d'une sorte de "journalisme dégradé". Cette information incomplète, peu vérifiable, mais répétée. Cette info-rumeur, potentiellement mensongère, souvent infirmée après quelques heures.

De la même manière, les réseaux sociaux promeuvent-ils la banalisation d'une justice bâtarde ? Une stasi sociale ?



Pour m'amuser un peu, je vous mets la courbe de croissance du nombre d'agents de la stasi. Et plus bas la courbe de croissance du nombre d'utilisateurs de Facebook. Et si vous adhérez à fond à la nouvelle réalité, sachez que Google offre 25$ à qui lui donnera plus de détails sur ses habitudes de navigation.


Évolution du nombre d'agents officiels
de la Stasi, sur wikipedia.



Nombre d’utilisateurs de Facebook
dans le monde (en millions), sur wikipedia.


lundi 13 février 2012

L'Art pour l'Art

Le Nouvel Obs vient de me faire découvrir mon nouveau héros artistique. Il s'appelle Mark Roberts, il est Britannique, et sa principale oeuvre est de se foutre à poil pendant les événements sportifs (on appelle ça le streaking). Il en a fait la mission de sa vie sur terre. Si vous ne lisez qu'un truc aujourd'hui, lisez le papier du Nouvel Obs (mais revenez ici après).


Le streaking, sur wikipedia.


Dans un monde où Damien Hirst fait des millions avec des animaux découpés, des répétitions de cercles colorés, et des éclaboussures rotatives (selon moi copiées d'un kit créatif Parker Brothers de mon enfance), je trouve que Mark Roberts a aussi droit à sa place au panthéon des Arts. Si Hirst est consacré par le scandale facile d'un crâne humain serti de pierres précieuses, ou a droit aux acclamations pour un mur de pillules sensé nous renvoyer subtilement à notre dépendance au bonheur, alors j'estime que Roberts et son zizi méritent leur couverture sur Beaux Arts Magazine.


LSD par Damien Hirst, sur wikipedia.


Quoi, élever le nudisme alcoolisé au rang d'art ? Absolument. Individuellement, les simples pastilles colorées de Hirst n'ont rien de plus intéressant qu'un sous-bock. C'est leur accumulation et leur répétition sur des surfaces gigantesques qui tout à coup leur confèrent une nouvelle dimension, une voix et une signification.

On peut dire la même chose de Roberts. Avec la multiplication des apparitions, il construit une oeuvre qui sort du cadre, qui souligne par l'absurde le formalisme de nos rituels. Un sorte de lame joyeuse qui vient tirer un trait sur la toile éculée d'un match de foot. Un geste qui, par son ridicule, se place à la même hauteur que les bulletins météos dont nous sommes gavés. Un acte de rébellion humoristique contre l'asservissement de la rectitude médiatique. Un nudisme spontané et dénué d'autopromotion, qui marque le rejet du vedettariat et de ses artifices.

Damien Hirst est l'incarnation artistique du bling-bling, du consommer-jeter, et du logo géant produit en masse dans des usines chinoises. Je suis loin de rejeter sa démarche ; au contraire je crois qu'elle offre un regard pertinent sur notre époque.

S'il reprend essentiellement les même techniques que Hirst (facilité et répétition), Roberts travaille en solo, loin des officines affairistes du marché de l'art contemporain. Il a choisi de planter son style dans une approche artisanale. Ce qui fait son originalité. Roberts est le pendant Art Naïf de Hirst. Une sorte de Douanier Rousseau du scandale.

jeudi 9 février 2012

Paulstradamus

Bon petit peuple, je te sens perdu. Tu es inquiet. Tu as besoin d'un guide, d'une vision pour l'avenir. Alors pour te soulager, j'ai décidé de devenir Marabout. Here we go !


L'hiver et le froid

Il y aura un hiver l'an prochain.
  • Si cet hiver est chaud, les journalistes parleront du réchauffement climatique et recueilleront les témoignages de citoyens inquiets.
  • Si cet hiver est froid, les journalistes parleront de pénurie énergétique et recueilleront les témoignages de citoyens inquiets.
  • Si la température est normale, les journalistes rapporteront que la température est anormalement normale. Ils recueilleront les témoignages de citoyens heureux de cette bouffée de normalité, mais quand même inquiets pour la suite.
Allez voir cette fascinante collection de flocons anciens sur Wikipedia, ça vous détendra.

Source photo : wikipedia.



La Corée du Nord

L'événement géopolitique de l'année, ce sera l'effondrement du régime nord-coréen. Ma prédiction, c'est que ce sera fait d'ici 12 à 18 mois. Le régime n'est plus qu'une mince façade. Et ça soulagera tout le monde. Le trou dans le mur sera creusé du côté chinois. La Chine est le pays le mieux placé pour gérer une transition graduelle vers une économie marché, tout en épargnant la parure communiste. Et elle ne fait plus peur à ses voisins, depuis qu'elle parle la langue internationale du business.

D'ici quelques années, vous irez faire de sympathiques treks dans les montagnes vierges du Kumgangsan. Les locaux, d'un naturel accueillant, seront heureux de vous faire découvrir la culture de la région. Et les satellites photographieront peut-être autre chose que du noir lorsqu'ils passeront au dessus de la Corée du Nord.


Péninsule coréenne la nuit : wikipedia.



2017, Facebook is gone

Bon, Facebook ne disparaîtra pas de sitôt. Surtout avec le délire de son introduction en Bourse. Mais Facebook, c'est le Yahoo de 2017. La plate-forme ne propose rien de mieux que ce qu'elle est déjà. Les gens vont se lasser. Ça sera un peu comme U2, ou les sushis, ou les mojitos, ou Microsoft Word : ça reste dans le décor, c'est sympathique à l'occasion, vaguement ringard. Vous irez de moins en moins souvent. Et à un moment, vous n'irez plus qu'à l'occasion, accidentellement.

Moi, Facebook commence à m'ennuyer. Y'a pas de nouveautés depuis 2 ans, à part les boutons qui disparaissent et réapparaissent ailleurs. Leur dernier gros changement, la "timeline", est un truc cosmétique destiné à caresser mon ego, et qui m'a amusé pendant 10 minutes. Tout ce qui me reste, ce sont mes potes qui mettent des conneries rigolotes. Mais y'en a de moins en moins. Premièrement parce que l'algorithme de sélection de contenu est terriblement réducteur. Deuxièmement parce que patrons et R.H. y sont de plus en plus présents. Dans un groupe social, l'arrivée des R.H. fait le même effet que l'arrivée d'un thermomètre froid dans un orifice chaud.


Facebook en 2005 : wikipedia.


La Crise

La crise va durer 10 ans et je vais changer de métier.

Dans les années 80, la crise à duré 10 ans. Si on fait la moyenne des années 2000, la courbe est plate. La crise, et le surtout le maintien de l'impression-que-c'est-la-crise dans l'opinion, c'est pratique pour les politiciens. Ça permet de s'inventer un bilan quand on n'en a pas : "Nous avons combattu la crise. Si nous n'avions rien fait, la situation serait catastrophique !"

Il faut apprendre des politiciens, transposer leurs rhétoriques dans le couple : "Mais chérie, en ne sortant pas les poubelles, j'ai évité de me faire piétiner par une éventuelle horde de mammouths ! Imagine ta vie sans moi ! Tu l'aurais payé comment, l'appart ?"

Donc la crise va durer 10 ans et me faire changer de métier. On va me virer parce que je suis vieux, afin de me remplacer par un trentenaire qui coûte moins cher. Je ne lui en veux pas, au trentenaire. Ça fait 10 ans qu'il attend un boulot. Dix ans qu'on lui dit "vous manquez d'expérience". Cool pour lui, cool pour moi qui en a marre de toute cette connerie corporative. La vie est tellement courte, ça serait idiot la consacrer à une seule chose.

La crise, c'est pas une question d'époque. C'est plutôt une question de lieu. Dans les années 1990, pendant que l'Amérique de Clinton se roulait dans la croissance, l'Argentine sombrait. Aujourd'hui, c'est l'inverse : en Argentine, personne ne parle de crise.

Tiens, et si j'allais en Argentine ? Ou peut-être aux USA, parce qu'après la pluie... Quoique c'est la même chose en France. Sauf qu'en France, il pleut tout le temps. Quand il ne fait pas froid.


Voiture d'un Okie : wikipedia.