dimanche 23 janvier 2011

Cuisine moléculaire

N'en déplaise aux Espagnols, la cuisine moléculaire a été inventée par les Français. Ce sont eux qui, avec les moyens d'une autre époque et par des méthodes empiriques, ont su combiner bactéries et éléments chimiques pour nous produire de grands classiques de l'alimentation.

Parmi les mets les plus appréciés en France, il y a cette préparation au lait infestée de bactéries, qu'on recouvre de moisissures du type penicillium candidum. Ce qui plaît surtout, c'est cette odeur particulière, due notamment à la présence d'ammoniac et de cadavérine, une molécule issue de la putréfaction de tissus animaux. Je parle ici du célèbre Camembert.


Cadavérine. (Source photo)

Au royaume du fromage, le savoureux Roquefort n'est pas en reste. Putréfié dans des grottes, il contient de l'acide butyrique. Cet odorant composé, aussi présent dans le beurre rance et le liquide gastrique (lire vomi), a déjà été utilisé comme répulsif contre des équipages de baleiniers japonais. Comme quoi la gastronomie peut aussi servir les causes environnementales.

Si vous aimez la compagnie, je vous recommande la Mimolette. Vous partagerez alors ce délicieux fromage avec les milliers d'acariens qui peuplent sa croûte. Ces petites bêtes ne font pas souvent le ménage chez elles : la belle couleur grise de la croûte provient de leurs excréments et carapaces.


Acariens gastronomes. (source photo)

Véritables maîtres dans l'art de faire moisir les choses, les Français ne s'en tiennent pas qu'au lait. Votre plat de choucroute, une excellente source de vitamine C, provient de choux qu'on a laissé fermenter, sans réfrigération, parfois jusqu'à huit semaines.

Autre preuve que le temps est un luxe, ce magnifique Sauternes, si liquoreux, et qui vous a coûté un bras. Son goût délicat vous est acheminé par botrytis cinerea, un champignon qui vide le raisin de son eau, ce qui concentre les sucres. Autrement dit, on vous a vendu du jus de raisins pourris. Santé !




mardi 18 janvier 2011

Z'enfants de la patri-i-e

C'est avec un plaisir sans mesure que j'ai dévoré le dernier numéro du Point, paru le 13 janvier (et toujours en kiosque au moment d'écrire ces lignes). Le thème de la semaine : « Les Français ».

Évidemment, et c'est le style hexagonal, on y trouve de nombreux textes de ce que j'appelle la poésophie. Par exemple, voici le deuxième de seulement (et heureusement) six paragraphes sur l'identité nationale, par la philosophe et historienne Mona Ozouf : « Trop de fées disgracieuses entouraient ce berceau : une guerrière, partie pour terrasser l'hydre du communautarisme ; une rusée, qui prétendait, à des fins politiciennes, faire rejouer aux Français un beau sursaut républicain ; une jacobine, qui avait confié l'identité à un ministère et imaginé de faire voyager la discussion à travers préfectures et sous-préfectures, du haut vers le bas, du centre vers la périphérie, de l'État vers la société ; une maladroite, enfin, qui avait couplé la question avec celle de l'immigration en cherchant si grossièrement à en camoufler la figure centrale, celle de l'islam, que celle-ci était aussi voyante que dans les devinettes de notre enfance la figure du voleur de pommes dans les ramures du pommier. »

Petit aparté : j'aime bien qu'on puisse lire une phrase à voix haute sans risquer l'asphyxie. Encore mieux quand c'est concret. Mais bon, la France étant ce qu'elle est, il faut toujours écrire en se laissant une porte de sortie. Un texte décorativement flou permettra de parer la critique avec le conciliant « vous avez mal interprété ma pensée », ou le plus agressivo-défensif « vous déformez scandaleusement mes propos ».

Mais allons au sujet de mon plaisir. Le numéro du Point est couvert de petites statistiques amusantes sur les Français. Évidemment, ma mesquinerie est légendaire. Donc, je ne vous rapporte que les chiffres qui m'ont fait sourire.

S'il y a une expression bien franco-française, c'est « boire comme un Polonais ». Dans les faits, avec une consommation moyenne d'environ 20 litres d'alcool par année, les Français de 1980, véritables goldoraks de l'alcoolisme, buvaient deux fois plus que les Polonais. Leurs plus proches rivaux à l'époque, les Néerlandais, roulaient sous la table à seulement 11,5 litres. Les Français se sont calmés depuis, la moyenne nationale ayant chuté à 12,6 litres. Ils sont maintenant deuxièmes, juste derrière les Irlandais. Mais ils boivent toujours plus que les Polonais (10,3 litres). Difficile d'abandonner ses paradis artificiels : les Français de 16 ans sont champions d'Europe de la consommation de cannabis.


Source photo : wikipedia.


Le Français ne travaille pas beaucoup. Statistique pour le prouver : il passe annuellement 1564 heures au boulot, contre 1804 heures pour un Américain. C'est vrai, la productivité française est une des meilleures au monde. Certains en profitent pour claironner : « Le Français travaille moins, mais mieux ! » Ça fait un joli slogan, mais c'est surtout dû au positionnement de la France dans les secteurs à forte valeur ajoutée, comme les technologies de pointe et les produits de luxe. Position que la France défend bien, il faut l'avouer. Reste qu'en bout de ligne, ce sont patrons et actionnaires qui en profitent : le niveau de vie moyen en France est 30% moins élevé qu'aux USA. Socialisme, vous avez dit ?

Si vous le voulez bien, passons au pieu, où certaines réputations semblent un peu surfaites. Le rapport sexuel français dure en moyenne une quinzaine de minutes. Avec 8h50 de sommeil par jour (dont probablement 1h50 au bureau – mon ajout), les Français sont champions du monde du plumard. Statistique éloquente, s'il en est une, les Françaises déclarent en moyenne 4,4 partenaires sexuels, alors que ces messieurs en déclarent 11,6. Étrange, n'est-ce pas ? La différence s'explique peut-être par le nombre d'Américaines qui viennent briser la nef de leurs fantasmes romantiques sur l'écueil de la productivité française (15 minutes par coup, faut-il le rappeler).

En guise de conclusion, mesdames les Parisiennes, si votre modèle masculin est un fainéant, buveur, paresseux tant au lit qu'au travail, je suis peut-être l'homme qu'il vous faut. Dernier petit point, mais non le moindre : en moyenne l'homme français mesure 175 cm et pèse 77,4 kg. Je suis donc statistiquement plus grand et moins gros que votre mec actuel. C'est déjà ça de plus.

dimanche 9 janvier 2011

Is it All Over Now, Baby-Boomer Blue ?

(Ce billet est en réaction au texte Questions d'image - Le tremplin et le bouchon de Jean-Jacques Stréliski, paru sur le site du Devoir, le 20 septembre 2010.)

Premièrement, une petite correction. Monsieur Stréliski dit que les baby-boomers sont « nés durant ou à la fin de la Seconde Guerre mondiale ». La définition classique parle plutôt de la période allant de 1946 à 1964. Bon, commençons...

La plupart des boomers que je connais se glorifient des années 60 et 70, et ça me saoule royalement. En 1965, les boomers n'avaient que 19 ans. Ils faisaient du rock'n'roll. Certains posaient des bombes dans des boîtes aux lettres. D'autres se faisaient charcuter au Vietnam. Mais ils ne décidaient rien du tout.

J'aimerais que les boomers cessent de revendiquer leurs glorieuses années 60 une fois pour toutes. (Et qu'ils arrêtent de nous passer des documentaires sur le sujet à la télé.)

Pierre Trudeau n'était pas boomer. Ni Michel Chartrand. Ni René Lévesque. Ni Lise Payette. Ni Jean Drapeau. Ni Fidel Castro. Ni John Kennedy. Ni Neil Armstrong. Ni Salvador Allende. Ni Mao. Ainsi de suite. Même Reagan (voir Reaganisme et Chute du Mur) n'était pas boomers. Tous nés avant la guerre.

Martin Luther King, Woody Allen, Brigitte Bardot, Marlon Brando, Jane Fonda, Al Pacino, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jean-Paul Belmondo, Noam Chomsky, Andy Warhol, Niki de Saint Phalle, Mohammed Ali : ils ne sont pas boomers. Même John Lennon n'est pas un baby-boomer !


Source photo : wikipedia.


Dans les années 60, les boomers ne contrôlaient pas grand chose, sinon une nouvelle manière de consommer. Et pas beaucoup plus dans les années 70.

Mais qui sont-ils ?

  • Premiers ministres canadiens boomers : (Joe Clark), Brian Mulroney, (Kim Campbell), Paul Martin, Stephen Harper.
  • Les PM québécois boomers : Pierre-Marc Johnson, Daniel Johnson, Jean Charest.
  • Les présidents américains boomers : Bill Clinton, George W. Bush, Barack Obama.
  • Les présidents français boomers : Nicolas Sarkozy.
  • Chanceliers allemands boomers : Angela Merkel.
  • Premiers ministres britaniques boomers : Tony Blair, Gordon Brown. (David Cameron est né après le boom.)


Quand les boomers cherchent à fair leur bilan, ils regardent trop loin dans le passé en se concentrant sur les décennies 60 et 70. Certes, ils ont joué un rôle à cette période dans les domaines avides de sang neuf, comme le sport ou la culture. Mais on doit remarquer que, pour ce qui est de la culture, le terrain avait été bien préparé par les Miles Davis, Jackson Pollock, Boris Vian, Allen Ginsberg, Serge Gainsbourg, Marguerite Yourcenar, Simone de Beauvoir, Betty Friedan, Jack Kerouac, Mick Jagger... (tous nés avant le Baby-Boom)

La vraie sphère d'influence des boomers, il faut la chercher dans les décennies 80, 90, et 2000. C'est à ce moment qu'ils détiennent les postes influents.

Et faut pas oublier que les boomers qui partent à la retraite ajourd'hui sont ceux nés au début de la vague, en 1946. Les autres, ceux nés en 1955 ou en 1960, ont encore quelques belles années de boulot devant eux. Les boomers sont encore bien présents.

Faire un bilan ?

Monsieur Stréliski parle de bilan. Je crois qu'il est encore trop tôt. On peut commencer à dresser une silhouette de bilan, mais pas plus.

On peut parler d'explosion des dettes nationales et des fonctionnariats. Mais d'un autre côté, les boomers ont participé à la création de filets sociaux assez précieux. On peut évoquer les délocalisations et l'ultra-libéralisme. Mais les boomers sont aussi la première génération consciente de l'environnement. Individualisme, mais aussi protection des droits de l'individu (sauf sous George W. Bush). La fin des tabous. Une liberté d'expression assumée.

Y'a un domaine que les boomers devraient revendiquer un peu plus, selon moi. Bill Gates est un boomer. Steve Jobs aussi. Et Tim Berners-Lee. Vous ne connaissez pas Tim Berners-Lee ? C'est lui qui a inventé le html. Mark Zuckerberg (Facebook), Larry Page et Sergey Brin (Google), Pierre Omidyar (E-Bay) ne sont pas des boomers. Mais sans Tim Berners-Lee, ils ne seraient pas là où ils sont. Et vous ne seriez pas en train de lire ce blog.

Si y'a une bonne note que je veux bien accorder au boomers, c'est la démocratisation de l'informatique et la création d'internet tel qu'on le connaît. À mes yeux, c'est aussi important dans l'histoire de l'humanité que l'invention de l'imprimerie. Les sociologues le remarquent déjà : ça change notre manière de consommer, de socialiser, de communiquer, de réfléchir, de voir le monde.

Barack Obama a financé sa campagne grâce à internet. C'était la première fois que les dix dollars d'un quidam du Massachusetts battaient les millions des corporations lors d'une présidentielle américaine. Et qu'est-ce qui fait trembler le pouvoir traditionnel aujourd'hui, sur quoi essait-il de mettre le baillon ? Internet.

Dans les années 60, les boomers sont descendus dans la rue. Sciemment ou non, ils ont fini par apporter la rue dans votre salon. Pour bien boucler la boucle, j'espère qu'ils tenteront, avec les plus jeunes, d'assurer la pérénité de ce formidable moyen de communication libre.

mercredi 5 janvier 2011

Avec des amis comme ça

Pour qui s'intéresse à la politique, c'est-à-dire « la science relative à la gouverne d'un État » (ou la science de se faire des couilles en or en invoquant la raison d'État), la France offre un spectacle fascinant.

En Amérique, nous sommes habitués à un style britannique : les partis tentent de présenter un front uni. Certes, chaque formation possède ses ambitieux qui se livrent des batailles sanguinaires. Mais tout cela reste généralement bien caché derrière les sourires crispés et les discours lénifiants de bon aloi. Tout au plus verra-t-on, à l'occasion, un regard assassin, ou un peu d'ironie bien accidentelle.

Mais la France est une démocratie à la proportionnelle. Elle est gouvernée par une coalition d'organisations mouvantes et malhabilement soudées derrière un sigle : UMP, PS, etc. Il devient donc intéressant pour l'ambitieux de fonder son petit truc avec un nom vaseux, disons la COCU (Coalition Organisée de la Charente Unie), et d'attendre la meilleure offre d'un des ténors.

Donc, si le parti politique canadien est une sorte de noyau atomique à forte gravité, son homologue français devra plutôt être vu comme un amas moléculaire à l'équilibre fragile, constamment soumis à la tentation opportuniste.

La politique française prend ainsi des allures de Feydeau où se succèdent claquements de portes, mariages de raison, et dénonciations dans la presse. Tout politicien français se trimballe au moins dix couteaux : cinq dans la poche et cinq dans le dos.


Source photo : wikipedia.


Par souci de clarté et d'honnêteté, mais surtout pour notre plus grand plaisir, trahisons et assassinats politiques se déroulent en public. Peu importe qu'il s'agisse d'un héritage de la révolution (coupe-coupe-coupe), ou du respect d'une vieille tradition romaine (du pain et des jeux), le bon peuple français peut compter sur une dose quasi hebdomadaire de déchirements et de rebuffades.

Petit échantillon d'avant Noël :


(Parlant de Ségo, cet article du Monde qui résume sa dernière année politique. Tout simplement délicieux, à lire absolument.)

Un des éléments les plus savoureux de la politique française, c'est sa langue de bois d'une élégance et d'un raffinement sans pareil. Le monde est petit, et le politicien qui veut durer le sait bien. Dans la guerre au positionnement, les amis sont les ennemis de demain, mais aussi les frères d'après-demain. Il faut donc maîtriser l'art subtil de fermer une porte tout en la laissant entrouverte.

Ici, chaque déclaration politique recèle de trésors dignes de figurer à l'anthologie de la phrase creuse. On reniera un « pacte » pour parler plutôt « d'une alliance fraternelle ». On dira qu'une « autre France est possible ». On se présentera comme un « allié loyal mais indépendant ». On évoquera les « valeurs d'un humanisme social et libéral ». Et quand on a du talent, on saura, tel un barman des mots, concocter pour le premier micro qui passe une délectable et pétillante déclaration passe-partout : « La gravité de la crise sociale, morale, économique, le recul de l’impartialité de l’Etat et de la séparation des pouvoirs, l’explosion des déficits, la montée de la misère, le recul de toutes les sécurités, tout cela exige des réformes difficiles et donc une majorité large capable de réaliser un programme crédible, porteur de confiance, de justice et d’espérance. » (Quel talent ! Qu'on la prononce à Tokyo, en Bolivie, ou lors du Congrès des comptables agréés du Missouri, cette phrase garde toute sa pertinence, peu importe le moment de l'année. Et on pourra la réutiliser au moins jusqu'en 2047 !)

Le seul petit problème, dans tout ça, c'est les médias. Ah, les méchants médias, ces paresseux : au lieu de se consacrer au vrai travail des politiciens français, ils ne font que s'attarder sur les guerres intestines. Constamment, ils supputent les manoeuvres de tous et chacun, comme dans ce genre de papier. Il suffit de regarder la page politique du Monde : la majorité des textes, au lieu de s'orienter sur l'action concrète, s'occupent plutôt de faire résonner les malhonnêtes rumeurs de tactiques carriéristes. La colère de l'un, la fidélité de l'autre, la stratégie d'un troisième. Ce sont les médias qui font de la politique française une sorte de concours de beauté. Un étatique Secret Story (Loft Story au Québec). S'ils se consacraient aux réalisations tangibles des politiciens français, le bon peuple pourrait enfin dormir tranquille. Comateusement tranquille.

samedi 25 décembre 2010

Joyeux Noël

Comme le dit si bien Villeray : Joyeux Noël et bonne année, du bonheur et d'la santé.

Je vous ai laissés en plan en décembre. Le temps de préparer mon voyage au Canada (c'est-à-dire prendre 7 cuites avec les copains avant de partir), puis de faire mon voyage au Canada (c'est-à-dire prendre 7 cuites avec les copains avant le retour).


Source photo : wikipedia.


Ces derniers mois, je vous ai offert un regard gentil avec de jolies photos. Mais soyez patients, car 2011 marquera le retour de ce bon vieil impitoyable moi. Vous apprendrez notamment :
- Comment la révolution a accouché de Secret Story (Loft Story au Québec).
- Pourquoi les Français râlent toujours et en tout lieu et ont raison de le faire.
- Que les Baby-Boomers oublient de s'aimer eux-mêmes.
- Que la boîte de conserve en fer blanc (invention française) surpasse le IPhone.
- Et encore bien plus : tigres, singes, dames en collants sur un fil de fer.

D'ici là, rendez vous utiles en donnant amour à votre famille, vos amis, votre barman.

À bientôt, je vous embrasse tous, plus ou moins longuement selon ce que vous souhaitez.

dimanche 28 novembre 2010

Petit cadeau pour MissK

MissK adore tout ce qui brille. Si elle était ici, à Paris, je sais qu'elle irait sur l'avenue des Champs-Élysées pour se remplir les yeux de toutes les décos de Noël. Alors pour lui faire un petit cadeau pré-Noël, je suis allé me geler les doigts avec mon appareil, question de lui faire quelques petites cartes postales. Bisous MissK !

La nuit est presque arrivée. Aux Tuileries, Le Bel Costumé de Jean Dubuffet envoie la main à la grande roue.



La totale : la grande roue, la tour Eiffel, et l'Obélisque.



Madame la grande roue, vue des Tuileries.



Madame la grande roue, vue de près.



Sur l'avenue, les gens ont faim. Ils bouffent des crêpes.



Ils achètent des churros au Nutella. (Que ça sent bon ! Mais j'ai pas fini mon régime. Tragédie prodonde qui frappe mon coeur...)



Les gens font la queue pour du vin chaud.



Et pour des marrons chauds.



Et pour du sau... du saumon de Norvège grillé au feu de bois ?!?



On se réchauffe les doigts aux colonnes de feu.



On cherche les petits cadeaux.



Ceux qui ne peuvent s'étourdir au vin chaud montagnerussent.



Même les plus vieux.



Et les gamins carrousellent.



Ou tobboganent.



L'avenue est lumineuse.



Un dernier tour de roue avant la nuit.



Réflexions florentines III

Suite et fin de mes quatre jours à Firenze, Italia (how glamourous !)

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L'italien, c'est facile. Sur un simple crostini de pain frais et bien fait, on m'a mis de gros morceaux de champignons porcini, juste poêlés avec un peu d'ail et du persil plat.

Mais ce n'est pas que ça. Les champignons sont frais. Ils viennent du Mercato Centrale, juste derrière. Je les ai vus ce matin, en achetant un peu de provolone picante pour m'improviser un petit déjeuner. J'ai vu aussi ces ridicules mais essentiels petits camions qui les livrent partout en ville. Les champignons sont soyeux, avec leur intense parfum de beurre et de terre. Dans ma bouche, ça sent les noisettes, les feuilles mortes, l'automne.

Sur la table, y'a l'huile d'olive. Une bouteille d'huile ordinaire, un peu trouble. Machin de supermarché. Je ne suis pas chez Bocuse; juste dans une trattoria de quartier pleine de rugbymen italiens. Mais je sais. Je sais que cette qualité d'huile nous est vendue trente dollars au Canada. Alors je fais un truc que j'ai appris des Andalous. Un peu d'huile dans l'assiette, une pincée de sel, surtout pas de vinaigre. On trempe le pain, et ensuite on accède à la béatitude. Révélée par le sel, l'huile est douce, pas acide, mais surtout d'une richesse en parfum. On croirait mordre un fruit, en même temps qu'on mange un pré.

Pas de MOF. Pas de bling-bling, pas de Dentelle de meringue à la vanille de Madagascar et sa feuille d'or inca. C'est simple l'italien. Et ce n'est que l'entrée.

Mon plat principal arrive en même temps qu'un couple de Français. Ils râlent. La météo. Il pleut un peu. « C'est quoi bruschetta ? », demande le mec à sa femme.

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Pourquoi le café n'est jamais aussi bon qu'en Italie ? Les italiens sortent des millions de cafés parfaits à tous les jours. Pourquoi on n'y arrive pas, nous ? Pourtant, c'est la machine qui fait tout, non ?

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À mes yeux, la grande cuisine, c'est aussi les spaghettis. Quand t'arrives à donner tant de bonheur avec si peu d'ingrédients dans une préparation simple; quand t'arrives à faire de la magie pour six euros tout en assurant ton profit; c'est vraiment de la grande cuisine.



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Au Mercato Centrale, le matin. Tout est coloré, tout est frais. Il est huit heures et j'ai un peu faim. Mais j'aimerais avoir la plus grande faim du monde, pour tout goûter.

Le vendeur de légumes prépare son étal.



Et les magnifiques jambons.



Le petit boucher reçoit sa livraison, et la p'tite dame fait la comptabilité.



La belle grosse viande qui servira à préparer la fameuse bistecca a la fiorentina, un gros T-Bone juteux et épais grillé sur les braises.



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J'ai vu beaucoup de beauté à Florence. Malgré toute la bouffe, quand j'entendrai le mot « florentine », je ne penserai plus aux épinards. Ni à ces petits palets aux amandes pralinées et au chocolat. Ni à la bistecca. Je vous laisse deviner de quoi je parle.

jeudi 25 novembre 2010

Réflexions florentines II

La suite de mes quatre jours à Firenze, Italia (how glamourous !)

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Le terme « Renaissance » a pas mal été galvaudé. Mais faut vraiment aller à Florence pour prendre la pleine mesure de ce qui a été une véritable révolution artistique. Un saut quantique.

Pendant les 500 années qui précèdent la Renaissance, on peint comme ceci :

(Oeuvre romane au Musée des arts Catalans, Barcelone)


Et on sculpte comme ceci :

(Oeuvre romane au Musée des arts Catalans, Barcelone)


Et puis, en l'espace de 50 ans, les proportions aléatoires et les aplats du Moyen Âge sont remplacés par un réalisme parfait et le respect de la perspective. En quelques décennies, on arrive à ceci :

(Détail du portrait d'Éléonor de Tolède, par Angelo Bronzino. C'est ma photo d'un poster publicitaire, parce que les photos étaient interdites au Palazzo Strozzi. Vous verrez mieux l'oeuvre ici. Et ceci mérite un coup d'oeil.)


Et c'est la même chose en sculpture :

(Enlèvement des Sabines, de Giambologna, à la Loggia dei Lanzi.)


Pour bien vous faire sentir la chose, je dirais que la Renaissance a été aussi révolutionnaire que l'avènement du drop-shadow dans Photoshop, vers 1995, qui soudainement faisait paraître comme archaïques toutes les réclames publicitaires de la décennie précédente. Un déferlement de chefs d'oeuvre, comme en font foi ces tableaux de Botticelli, Lippi, Piero di Cosimo, Lorenzo di Credi, Pietro Perugino, et Ghirlandaio.

Ce qui impressionne aussi de la Renaissance, c'est la soudaine compréhension, la maîtrise totale de ce que j'appellerais les justes proportions. Considérez le Neptune de la Piazza della Signoria, par Bartolomeo Ammanati :



Remarquez cette précision, ce souci du détail, et surtout l'exactitude parfaite des dimensions naturelles :

(En passant, si vous aimez ce genre de choc, faut visiter la Basilica di santo spirito. Vous y verez cette oeuvre de Michel-Ange. Je dois vous avouer que j'ai ressenti un certain malaise à contempler le p'tit machin du P'tit Jésus.)

En fait, au bout d'un moment à Florence, on réalise que soudainement tout s'accomplit en quelques années. Et qu'après la Renaissance recommence une sorte de stagnation. Un lent chemin vers l'ultime précision, qui ironiquement arrive à peu près en même temps que la photographie, vers le milieu du 19e. La révolution argentique déclasse les peintres. Ils n'ont même pas le temps de se glorifier un peu de leur maîtrise si chèrement acquise, qu'ils doivent déjà réinventer leur art. Avec ceci. Puis ceci. Puis plus tard, ceci et ceci.


P.S. - En me relisant, je réalise que j'ai surtout affiché dans ce billet des gourmandises pour Madame. Mais sachez que Florence plaira aussi à Monsieur :




mardi 23 novembre 2010

Réflexions florentines I

Je viens de passer quatre jours à Firenze, Italia (how glamourous !)

Heureusement pour vous, j'avais mon Blackberry, sur lequel j'ai pu noter mes réflexions. Et voilà, je vous les déverse en vrac. Vous pourrez ainsi mesurer la profondeur de mon idiotie tout en vous cultivant un minimum.

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Les moineaux adorent le gelato. J'ai pu le vérifier au cours d'une de mes orgies de bouffe. Comme je venais de m'envoyer un cannolo, je n'avais plus très faim. Au sol, deux moineaux me regardaient en salivant (ici je présume que les oiseaux ont des glandes salivaires, mais ce n'est pas nécessairement avéré). Je leur ai donc balancé une bonne motte de fior di panna par terre. À mon grand étonnement, ils se sont jetés sur la glace sans hésiter. Et ils ont tout bouffé. En plus, ils n'arrêtaient pas de crier "Più ! Più ! Più !"

En route vers l'aéroport, je suis tombé sur cette sculpture de Botero. Coïncidence ?



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Il a beaucoup plu pendant mon séjour a Florence. Novembre n'est probablement pas le meilleur moment. Mais j'ai vu une plaque marquant le niveau d'une crue de l'Arno, en novembre 1966. J'étais à presque deux kilomètres du fleuve, et la plaque était a un mètre au dessus de ma tête. Comme quoi, malgré tout, j'ai été chanceux en matière de flotte.



Vous trouverez photos et infos sur la crue dramatique ici (en anglais).

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Difficile de rapporter des souvenirs photographiques de Florence. No foto dans les musées, dans les églises, les boutiques. Dès qu'on remarque mon appareil : no foto !

Au Palazzo Strozzi, le mec à l'entrée me regarde de haut en bas et voit mon appareil (photo). Il sourcille, mais il ne dit rien. Donc je présume que pour une fois, c'est foto si ! Joie.

Mais plus loin, alors que je vais documenter un superbe Bronzino, la gardienne de la salle s'élance vers moi en gesticulant. Ses yeux me fusillent, je la croirais prête a me planter un poignard dans la jugulaire :
- no foto !
- (moi en langage des signes) même pas sans flash ?
- no foto !
- même pas pour atténuer l'ignorance crasse de mes amis grâce a mon splendide blogue ?
- no foto !
- (je mime toujours) êtes-vous en train de me dire que la lumière naturelle réfléchie par ces chefs-d'oeuvre les altère irrémédiablement lorsque, un peu plus loin sur sa route, elle découvre qu'elle est en voie d'être captée par un dispositif photosensible non organique ?
- NO FOTO !!!
- ok, ok, no foto...

Des photos, ils en vendent à la sortie de tous les musées. Dans les boutiques. Dans les églises, aussi.

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Je ne sais pas combien de fric j'ai laissé à l'Église catholique. J'ai visité pas mal de lieux de culte. Plusieurs ont leur petit bookshop où on peut acheter un rosaire en plastoc officiel, approuvé par le Vatican, ISO Jesus-Christ, avec la photo du pape dessus. Si j'étais eux (les commerciaux du Vatican), je créerais une ligne de chapelets de luxe, en association avec la maison Cartier. Ça ferait fureur chez les trafiquants mexicains et les nouveaux riches polonais, deux classes sociales qui ont la réputation d'être très pieuses.

lundi 22 novembre 2010

Nuit belge

MissK vous a parlé in extenso de notre week-end à Bruges dans un billet récent. Cette ville est une véritable carte postale. Je m'y suis amusé avec les fonctions de nuit de mon appareil-photo. C'est vraiment un appareil d'entrée de gamme, je ne suis pas photographe, et ça fait du flou dès que je bouge un peu. Mais bon, voici quelques souvenirs.