dimanche 14 mars 2010

Je voyage toujours en première



Avec sa chanson Le Poinçonneur Des Lilas, Serge Gainsbourg chante la crise de nerfs d’un poinçonneur du métro de Paris, un pauvre homme abruti par ses p’tits trous. Dans la célèbre rengaine, y’a un vers qui m’a toujours titillé : « Des trous d’seconde claaaaas-se, des trous d’première claaaaas-se. » Pardon ? Des wagons de première classe dans un métro ? Je n’ai pu résister : j’ai fait enquête.

Eh oui, il y avait bel et bien un espace exclusivement réservé aux nantis dans le métro de Paris. En 1900, le prix du billet en seconde est de 15 centimes, et celui en première est de 25 centimes. Les wagons des riches sont rouges ou jaunes. La plèbe, pour sa part, fréquente les wagons verts ou gris. D’après les quelques photos que j’ai pu trouver, la première classe offre des sièges capitonnés. Et pour la populace, les sièges sont en bois.



Des sièges de bois pour les pauvres.



Et du mou pour les riches. Les photos viennent du site de Sprague-Thomson, concepteur des voitures. Un lien aussi vers ce blog, où vous trouverez une vidéo des rames en action, tournée lors d'une Journée du Patrimoine.


Là, je vous entends me dire : « Ouais, mais c’est de trucs de l’ancien temps. Ça date de la Belle Époque. C’est la Vieille France. » Mais selon cette page wikipedia, la première classe a existé dans le métro parisien jusqu’au 1er août 1991. Deux ans après la chute du Mur. Et surtout, allez lire ce savoureux extrait des débats du Sénat sur la question. On y apprend que des contrôleurs avaient pour mission de débusquer les malins qui auraient voulu monter en première avec un billet de seconde. Belle manière d’assurer le plein emploi, tout en protégeant les privilèges d’un certains citoyens. On y découvre aussi que les abolitionnistes ont dû militer pendant 33 ans pour la suppression de la première classe. Comme quoi les traditions sont tenaces, et qu’une révolution ne se fait pas en un seul jour. Notez enfin que de tous les métros du monde, celui de Paris était le seul à implémenter un tel type d’apartheid financier. On n’était pas loin de la dualité white vs colored si chère à certains sudistes américains.

Bon, bon, bon, j’arrête mes sous-entendus gauchisants et sentencieux. Reste que cette histoire de métro me ramène à l’esprit une espèce de logique typiquement française. Pour décrire la chose, j’ai parfois parlé de traditions, ou de conformisme. On fait les choses comme ça parce qu’elles ont toujours été faites comme ça. J’imagine très bien les premiers ingénieurs du métro discuter de leurs futures rames : « Un train, ça a deux classes, non ? Et pis un métro, c’est un train, non ? Ben le métro aura deux classes, et puis c’est tout. »

Je vous laisse avec Gainsbourg... Petit question quiz : de quelle station il parle ? Parce que sur la ligne 11, il y a les stations Mairie des Lilas, et Porte des Lilas. Observez bien la vidéo.




8 commentaires:

Anonyme a dit…

Pour ton Quiz, c'est Porte des Lilas: http://www.anecdote-du-jour.com/le-poinconneur-des-lilas-et-l-ancienne-ligne-3-du-metro-parisien/

Facile ;-)

Mon nom est Paul a dit…

:-)

Olivier a dit…

Les rames de métro parisien se composent de cinq wagons (ou voitures, pour être précis). La voiture de première se trouvait au milieu, cernée par le peuple. Dans les métros des 40 dernières années, les "secondes" étaient bleue avec une bande jaune (si je ne m'abuse, elles sont encore comme ça), et les "premières" étaient... attention : jaunes avec une bande bleue! Ça valait donc vachement le coup de payer un supplément, surtout que, contrairement au Sprague, les sièges étaient rembourrés partout de la même façon.

Quand je voulais me sentir hot, je faisais une station en première...

Olivier a dit…

Wow, je lis les brèves du Sénat que tu as mis en lien, et je me rends compte que ma mémoire me restitue d'un jet cette poésie impérissable : "les places numérotées sont réservées en priorité aux mutilés de guerre, aux aveugles civils, aux invalides du travail, aux infirmes civils, aux femmes enceintes et personnes accompagnées d'enfants de moins de trois ans".

Anonyme a dit…

Histoire d'empirer encore le tableau... les premières classes ont été supprimées dans le RER, le train-métro de banlieue, le 1er septembre 1999 seulement.
Oui les privilèges ont encore la vie dure en France

GG a dit…

Deux classe en 1900 dans le métro parisien, c'était déjà une avancée vers la mixité sociale! En Europe dans les chemins de fer, et jusqu'en 1956, il avait trois classes! En Allemagne, avant-guerre, il avait même une quatrième classe... Et le métro de Londres, du temps où il était géré par des compagnies privées avait aussi une troisième classe. Le métro de Paris a mis simplement plus de temps que les autres pour supprimer ses classes...

Elsa Brémont a dit…

Je me demande ce que vous avez compris au métro parisien car il y faisait bon voyager, la première classe ne permettait que d'être plus "tranquille" mais en deuxième classe, les gens voyageaient debout, et ne traversaient pas la capitale, donc l'abolition de cette première classe a remis les choses à plat !

N'oubliez pas (mais non, vous ne pouvez pas le savoir !) que les trains des chemins de fer avaient trois classes, imaginez le confort en troisième pour des voyages beaucoup plus longs !

Voilà, ça s'appelle un "coup de gueule" de la part d'une fille qui a aimè le métro parisien traditionnel!

Vous n'êtes pas obligé(e)s de m'apprécier mais je n'aime pas qu'on parle de choses quand on ne connait pas !

LadyLindy.



Jean-Louis BARRAT a dit…
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