mercredi 28 septembre 2011

Moi, économiste

Si être économiste consiste à se tromper une fois sur deux, moi aussi je peux le faire. Et c'est plus payant que météorologue.

Suivez ce conseil : faites le contraire de tout ce que je vous conseille.

Ces dernières semaines, les banques françaises se sont prises une râclée injuste en raison de rumeurs. Il y a deux jours, l'action de la SG croupissait à 15 euros, et je me disais : "C'est vraiment pas cher, c'est beaucoup trop bas, je devrais en acheter". D'autres boursicoteurs étaient prêts. En deux jours l'action est montée à 20 euros. Moi j'ai encore regardé le train passer, à trop écouter mon cerveau.

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Ceux qui ont encore des francs ont jusqu'au 17 février 2012 pour les convertir en euros. Après, c'est fini. Ils pourront servir de serviettes (napkin) colorées lors des repas d'anniversaire. Il y a quelques jours, je vous aurais dit d'attendre, parce que l'éclatement de la zone euro semblait imminent. Ça aurait été dommage de devoir aller une seconde fois à la banque, cette fois pour convertir vos euros en francs.

Mais pendant le week-end, les traders et économistes ont reçu une grosse livraison d'euphorisants par voie nasale. Alors depuis lundi tout est reparti à la hausse, on fait confiance aux Grecs, l'Europe est sauvée, les banques vont bien, youkaïdi !

On ne nous a pas expliqué pourquoi.

Source photo : wikipedia.


Mon pronostic : afin de limiter les avantages commerciaux de la Chine, qui maintient artificiellement sa monnaie basse, les dirigeants occidentaux on choisi de faire pareil. Leur méthode : se faire peur entre eux. Surveillez le taux de change de l'euro face au dollar canadien. Dès que l'euro passe un peu les 1,40 dollars, on nous parle de la Grèce. Dès lors, les bourses européennes chutent, et l'euro passe à 1,35 dollars. Dans le cadre de cette politique monétaire dite de la "trouille homéopathique", l'euro à 1,40 est un signal de vente. Il est aujourd'hui à 1,39. J'estime qu'on va nous faire peur dans les dix prochains jours.

GRÈCE !

(Je vous ai fait peur ?)

Mais bon, ne vous fiez pas à mon observation, en raison de cette autre observation : le truc "Désastre Grec" commence à avoir fait son temps. Il a bien fonctionné au cours des 18 derniers mois, mais il faut dorénavant claironner de plus en plus fort, pour des résultats de moins en moins durables. Même les expressions corsées comme "éclatement de la zone euro" et "forte exposition des banques aux actifs toxiques" ne causent plus qu'un tiède frisson sur les marchés.

Après l'Irlande, le Portugal et la Grèce, on devra bientôt passer à un épouvantail plus saisissant pour réguler la force de l'euro. Ma prédiction (à ne pas écouter) : "La France, sa dette, et son économie stagnante. A-t-elle les reins assez solide en cas de débandade ?" On fois qu'on aura usé la France pendant une douzaine de mois, on utilisera en dernier recours "L'Allemagne, moteur de l'Europe, souffre d'un ralentissement inquiétant". Après, on verra bien... On aura peut-être permis l'entrée de la Turquie dans l'euro, ce qui nous fournira un bouc émissaire opportun. Ou bien les Chinois auront eu le temps d'acheter 51% de l'Occident, alors le bordel de la dette leur retombera dessus.

mercredi 20 juillet 2011

Simili-pipi

Je ne savais pas ce qu'était le vin avant d'arriver en France. Au Québec, il faut mettre une petite fortune avant d'arriver au bon vin. Dans l'abordable, on trouve surtout des vins "fabriqués", standardisés, pensés pour le plus large marché. En France, on trouve déjà de bons produits à moins de 10 euros.
 
C'est la même chose pour les charcuteries, fromages, pâtisseries. On trouve rapidement de belles choses, un certain soin, un niveau élevé. Idem pour le chocolat, la volaille, les coquillages. Les Français se font une fièrté de ce qu'ils mettent sur leurs tables. Alors je ne comprends pas trop pourquoi, en matière de bière, ils se contentent de pipi industriel.
 
Source photo : wikipedia.


Dans tous les cafés et bistrots, les mêmes trois ou quatre pompes : pipi blanchâtre, pipi jaune clair, pipi ambré d'inspiration belge. D'ailleurs, ce dernier pipi, qui singe les divines Lambic de nos voisins du nord, est selon moi à un doigt de l'insulte. Sous le logo de faux monastère, on trouve truc artificiellement alcoolisé, avec un vague goût de sirop de maïs. Une honte.
 
S'il y a un truc qui me manque de Montréal, c'est bien la bière. Un produit qui, malgré sa composition simple, se décline en nectars divins et complexes. C'est d'ailleurs dans ce petit miracle qu'il trouve sa nobilité. Je pense aux Imperial Stouts, avec leurs parfums de café et de chocolat, et leur présence crémeuse. Aux India Pale Ale, avec leur goût fortement houblonné, une belle amertume qui casse bien la chaleur de l'été. Les blanches à la coriandre et à l'orange. Les porters, les Lambic et les Gueuze, les Cream Ale, les bières à l'orge.
 
À Montréal, tout bar aura au moins un robinet de Boréale, une brasserie régionale qui sort des produits d'une qualité très acceptable. Et au moins un bar sur quatre aura quelques grands crus du houblon. Mais à Paris, c'est le désert. De quoi mourir de soif. Oui, on trouvera quelques boutiques éparses, ou l'occasionnel robinet de Guinness. Mais chercher de la bonne bière à Paris, c'est comme chercher un bon croissant à Montréal : on trouvera, mais faut faire au moins quatre stations de métro.
 
Ce qui me perturbe, c'est que la France est assiégé par des pays aux grandes traditions brassicoles : la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, l'Angleterre. Des nations omniprésentes dans le palmarès annuel de RateBeer.com, la référence sur la bière. Pourtant, la bonne bière se limite aux départements du nord dans son incursion en territoire français. Plus bas, y'a rien, sinon du pipi. Étrange, quand on sait que les Français ont généralement le goût du bon. Avec une consommation moyenne annuelle de près de 40 litres per capita (selon Royal Unibrew), il serait grand temps que le pays cesse de pratiquer ce qui ressemble à de l'ondinisme.

mardi 21 juin 2011

Le Français est nul au lit

Les talents de dragueur du Français sont réputés mondialement. Il est médaillé d'argent du savoir parler au femmes, juste derrière l'Italien. Mais, semble-t-il (et je suis tellement heureux de le diffuser), le Français est nul au lit. Un cancre absolu. Lamentable.

Et qu'est-ce qui me permet de dire ça ? Simplement que l'association Osez le féminisme vient de lancer une campagne nationale pour démystifier le clitoris. Ça s'appelle Osez le clito.

J'adore le titre de la campagne : "Osez le clito". Ça illustre un peu comment ce génial petit organe semble être perçu ici. Un truc accessoire, exotique, voire étrange. On dit "Osez le clito" comme on dirait "Osez le parachutisme", ou bien "Osez le poulet au chocolat" (recette mexicaine délicieuse). Je trouve que ça en dit long sur le (piètre) niveau d'expertise du Français moyen en matière de plaisir féminin.

Je ne suis pas Casanova, mais je sais où trouver un clitoris, et surtout quoi faire avec. Merde, mais c'est l'enfance de l'art ! Environ 9 femmes sur 10 sont clitoridiennes. Ignorer l'existence et le mode d'emploi du clito, c'est comme jouer du piano avec un seul doigt. (Et ne faites pas de mauvais esprit en me répondant : "on peut très bien jouer du clito avec un seul doigt.")

Et cette magnifique petite vidéo, qui en dit encore plus long :



Vous avez remarqué les petits sourires complices, la petite timidité ? Comme si le clito était un truc d'initiés, un secret rigolo. Allo la France ? Réveille-toi un peu. Parce que depuis que tu t'es endormie, en 1850, l'humanité a conquis des lieux inédits, comme l'espace, le fond des océans, et la petite culotte.

En plus, la campagne est mentionnée partout : Elle, les Inrocks, l'Express, 20minutes.fr (d'ailleurs, 20 minutes suffisent amplement à exprimer tout le potentiel du clito, si madame veut bien jouer le jeu). Donc, LA grosse nouvelle, la révélation en France : les femmes aussi ont le droit de jouir.

Ai-je besoin d'ajouter quelque chose ? Ceci, peut-être : mesdames, si vous souhaitez être bien draguée, un Français fera du beau boulot. Mais pour la baise, essayez l'exotisme. Les Québécois, par exemple. Pour eux, votre petit rubis n'a rien d'une bébête étrange. Ils l'adorent.

lundi 20 juin 2011

Le Caca parisien : A.O.C. de demain

Grand jour pour les coprophages et autres gastronomes. Fox News, organe de presse toujours crédible et pertinent, nous annonce que des scientifiques japonais sont enfin arrivés à synthétiser de la "viande" à partir d'excréments humains.

Ayant remarqué que le caca est truffé de bactéries riches en protéines, Mitsuyuki Ikeda, du Okayama Laboratory, a entrepris de nous cuisiner des boues d'égout, auxquelles il a ajouté du soja, des parfums, et des colorants alimentaires. Le résultat est un festin digne de Ferran Adrià : aromatique, peu gras, et très riche en minéraux essentiels.

Bon, avant d'aller plus loin, je dois vous avouer que cette histoire sent mauvais. Mais, en plus de Fox News, la nouvelle a été relayée par Yahoo News, le International Business Times, CBS News, le Huffington Post, et RTL. Alors si on ne peut plus faire confiance aux journalistes, qui croira-t-on ? Les politiciens ?

Source photo : wikipedia.


Pour le moment, le coût de production de cette viande synthétique est 20 fois plus élevé que celui de la viande normale. Toutefois, grâce aux talents de nos industriels et à l'accès inépuisable à une matière première peu coûteuse, on risque fort de voir le produit débarquer dans nos assiettes prochainement.

Certes, sa mise en marché pourra rencontrer quelques écueils. Des approches marketing de pointe devront faciliter la digestion du frein psychologique chez les consommateurs. Un slogan comme "Aussi bon qu'une andouillette" pourrait gagner à la merdoviande une base solide chez certains gourmets. On pourra aussi séduire les ménagères avec des recettes à réaliser soi-même, à la maison.

Sur un marché comme l'Europe, il faudra également tenir compte des particularités culturelles. Certaines régions voudront défendre leur terroir scatologique avec des A.O.C. Les Français accepteront-ils de manger du caca allemand ? De plus, certaines chaînes de restauration rapide devront se soucier de produire des boulettes halal.

La question de la traçabilité est aussi pertinente, et elle présente un défi de taille. Il faudra plus d'un effort pour arriver à livrer cette grosse commande. Un premier projet-pilote prévoit de distribuer gratuitement dans les supermarchés parisiens un papier hygiénique présentant ce motif : "Fait à Paris, le __/__/____ par __________".

J'anticipe déjà le jour où les blogs qui se consacrent au gastrotourisme vanteront certaines destinations pour la qualité de leur "viande". Celle du Périgord, avec son intense parfum de truffe. Ou celle de Kuala Lumpur, exotique et bien relevée. L'archipel nippon pourra même développer toute une variété de sushis qui allieront la finesse de la chair crue à un risque alimentaire grisant, similaire à celui que procure le Fugu, ce poisson aux toxines mortelles.

Réjouissons-nous : l'avenir est sombre. Vous en connaissez déjà la couleur.

dimanche 19 juin 2011

French Touch = Chaos

Ça fait trois fois que cette conne me pousse dans le dos. Pas qu'elle me pousse vraiment ; elle s'appuie un peu. Elle me "souffle dans le cou", comme on dit. Elle n'aime pas que je laisse un espace entre moi et la personne devant. Elle sait que quelqu'un pourrait chercher à s'y glisser. D'ailleurs, elle aimerait bien le faire. Je la sens qui veut me déborder par la droite. Discrètement, un centimètre à la fois. Au risque d'être séparée de son groupe. Dilemme en partie solutionné par le fait que deux de ses potes essaient aussi une progression par mon flan gauche.

La zone embarquement d'un vol low-cost est un excellent endroit pour observer le comportement du Français moyen en file d'attente. Fascinant. Un immense caillot humain qui s'abandonne au chaos, ignorant conscience et consignes.

Tous savent que les premiers à passer seront ceux qui ont payé pour un billet coupe-file. Mais dès l'appel, le troupeau se resserre, interdisant toute pénétration. C'est ensuite les passagers ayant besoin d'assistance qui doivent jouer du coude, béquilles et poussettes à bout de bras, sous des regards fusillants de jalousie. Et malgré les annonces répétitives rappelant la politique stricte d'un seul bagage en cabine, on continue à râler sans se préoccuper de ses trois sacs du duty-free.

La conne cherche toujours à me dépasser. Même si c'est Budapest, et que nous serons d'abord entassés dans un bus, parce que le vieux bâtiment n'a pas de passerelle. Et qu'ensuite, deux portes de l'appareil seront ouvertes pour l'embarquement. Des facteurs de brassage susceptibles d'annuler tout avantage positionnel gagné dans la queue (si on ose appeler ça une queue). Et impossible de feindre l'ignorance, car tout est à portée de vue : les bus qui font cérémonieusement la navette sur les ridicules 20 mètres qui séparent le coucou du terminal.

La conne est conne, aussi parce que les low-cost pratiquent un certain égalitarisme en matière d'inconfort aérien. Que les trois bons sièges ont déjà été pris par les quelques détenteurs de billets easy-je-vous-nique-tous. Mais surtout, parce qu'il y a de la place pour tout le monde.

(Classique gracieusement emprunté à ses créateurs et diffuseurs)



C'est ce qui m'étonne le plus dans la version française du chaos en file d'attente. Entendez-moi, ce chaos n'est pas typiquement français ; je l'ai vu dans d'autres sociétés. Mais à la différence de la France, il s'agissait de sociétés sujettes aux pénuries. La particularité du Français, c'est qu'il conserve ses comportements chaotiques dans des situations non pénuriques.

Aux USA, quand on meurt piétiné sur le linoléum d'une grande surface un 23 décembre, c'est qu'il ne reste plus que 10 poupées Elmo dans toute la ville. En Grèce, quand on fout son doigt dans l'oeil d'une vieille en guise de riposte à ses coups de canne, c'est qu'il n'y a que 20 places dans le mini-bus, pour 62 personnes à la station. À Calcutta, quand on fait un croc-en-béquille au mutilé devant soi, c'est parce qu'il ne reste que deux kilos de riz au comptoir de la Croix Rouge. Toutefois, dès que l'approvisionnement est garanti, ces peuples retrouvent civisme et courtoisie.

Mais pas en France. Les MacDo du pays sont les seuls au monde à ne pas voir défiler des rangs de clients souriants et bien alignés. Ici, on lance comme on peut burgers et sundaes à un mur mouvant de corps humains qui gesticulent et gueulent.

Je trouve ça paradoxal, venant d'une société qui se revendique de Descartes et des Lumières. Au terminal de Budapest, à côté des Français, un beau rang d'Anglais, tout droit et bien espacé, attendait patiemment son vol vers Luton UK. Pas de rouspétage, malgré l'annonce d'un retard de deux heures.

Si je m'étonne du comportement français, sachez que je ne le condamne pas. Je me dis qu'il est peut-être le fruit d'un esprit plus fin, supérieur. Il y a quelques années, j'avais lu dans Science et Vie qu'une simulation informatique avait comparé des modèles d'évacuation chaotiques et ordonnés. À la surprise des chercheurs, les modèles chaotiques s'étaient avérés légèrement plus efficaces.

dimanche 5 juin 2011

Tout le français dans un mot

Peuvent être rassurés ceux qui s'inquiètent de l'anglicisation du français. Même si on l'érode à sa périphérie, la langue de Molière garde son noyau intact. Avec un seul petit mot de français, on peut tout dire. Ce mot, c'est :

Putain

La vidéoblogueuse Michelle Chmielewski, une américaine expatriée à Paris, estime que ces deux syllabes magiques lui permettent de se faire comprendre dans 99,5% des contextes. Et elle nous en fait la démonstration (en anglais) :



Version française. Dans l'ordre, voici ce que Michelle fait dire au mot putain dans sa vidéo :
  • Enchanté.
  • J'ai faim.
  • Je suis perdu.
  • Je suis fatigué.
  • Tu es vraiment joli.
  • J'ai marché dans du caca de chien.
  • Vraiment superbe, ton sombrero mexicain.
  • Je crois que j'ai trop bu de champagne.
  • J'ai perdu mon chemin dans la jungle.
  • J'ai trouvé mon hérisson, et tu en as un toi aussi!
  • Je cherche les WC.
  • Regarde cette fille, son cul est gi-gan-tesque.
  • Je suis devenu mime.
  • Cesse de m'agresser avec ce brin de spaghetti.
  • Je suis coincé et je n'arrive plus à sortir.
  • Vous avez été renvoyé vers un lien faussement pertinent. (Rickrolling)
  • Vous avez été ladygagaïsé.



P.S. - Merci à monsieur C. Muelas, qui m'a fait suivre la vidéo de Michelle.


lundi 30 mai 2011

Je pépie donc je suis

Pour ceux qui douteraient encore de l'inexorable progrès de l'humanité, le site Springwise me rapporte cette nouvelle selon laquelle l'avenir de votre caisse de retraite pourrait être déterminée par les humeurs de Twitter.

En gros, il s'agit d'un fonds spéculatif (hedge fund) lancé par la firme londonienne Derwent Capital Markets. Si j'ai bien compris, ce fonds s'appuie sur un algorithme qui analyse l'état mental des utilisateurs de Twitter d'après leurs commentaires. Petite déprime sur la TwitterSphère ? On vend tout !

Non seulement l'idée n'est pas nouvelle, mais (et c'est ce qui me perturbe plus particulièrement) elle est avérée. En 2010, on a publié les résultats d'une analyse de plus de 10 millions de tweets émis pendant l'année 2008. Il a été vérifié qu'un pic d'anxiété Twitter précédait en moyenne de six jours une chute des marchés boursiers.

Quoi, vous ne saviez pas que des ordinateurs décident de la valeur de l'Euro ? Que de bonnes vieilles puces Pentium donnent à nos gouvernants tout le loisir de couper les retraites en évoquant Ze Crise ? Allons, vous êtes en retard de quelques mises-à-jour. Et sachez que nos amis les microprocesseurs peuvent déjà revendiquer un krach. Le 6 mai 2010, une panique dans les algorithmes de trading automatisé a fait chuter le Dow Jones de 900 points (environ 9% de sa valeur) en quelques minutes. On a appelé ça le Flash Crash.

Je fais de l'informatique dans le monde bancaire. Soyez rassurés, ça ne me donne aucune autorité pertinente en la matière. Mais ça me permet d'observer des choses. Il y a quelques années, je fumais ma cloppe en regardant les pigeons. Ils se rassemblaient sur les arcades de l'ancien siège de la BMO, la Bank of Montreal. Puis comme ça, sans raison, sans qu'il y ait eu pétarade ou livraison de pain rassis, l'un d'eux prenait son envol. Suivi d'un autre, et d'un autre. Et bientôt toute la volée traversait le ciel de la Place d'Armes, faisait la grande courbe devant la cathédrale Notre-Dame, et revenait se poser... sur la BMO.

Place d'Armes, Montréal (source photo)


À l'époque, j'avais trouvé qu'il s'agissait d'une jolie métaphore des marchés financiers. Ben quoi, vous trouvez ça réducteur ? C'est vrai, le comportement des pigeons nous paraît souvent stupide et chaotique. Mais rappelez-vous que cette espèce est plutôt prospère. Et l'arrivée de Twitter dans le monde de la gestion financière me conforte dans ma clairvoyance métaphorique.

Il y a juste un truc que je m'explique mal. De plus en plus de décisions boursières sont prises par des ordinateurs. Et dorénavant, l'orientation des marchés peut être déterminée par les crises d'angoisse d'une masse de technophiles. Alors pourquoi les traders sont-ils si bien payés ?

Certains avanceront que l'explication de la prochaine crise risque de tenir sur 140 caractères. Moi je dirais que seulement cinq caractères suffisent à expliquer toutes les crises : m,é,t,é,o. Et rappelez-vous : je pépie donc je suis (du vebre suivre).


P.S. - Merci à MissK de m'avoir fourni ce sujet. Elle est toujours au courant avant tout le monde. C'est sur elle qu'on devrait brancher les automates de trading.


dimanche 22 mai 2011

DSK : mon choc à moi

Je choisis habituellement le ton de l'humour. Mais le spectacle DSK auquel la France m'a convié au cours de la dernière semaine m'a coupé l'envie de rigoler. Dans la constellation des particularités qui nourrissent mon perpétuel choc culturel, l'une d'elles a rougeoyé plus fort que d'habitude : la France a sa caste d'intouchables. Et elle semble y tenir.

Le samedi 14 mai, les policiers new-yorkais étaient devant deux choses : une plainte pour agression sexuelle et un suspect qui tentait de quitter le pays. Ils ont fait leur boulot. En France aussi, une simple présomption d'agression autorise une garde à vue. Ma mauvaise foi me ferait dire que, compte-tenu de l'attitude française dans le dossier Polanski, les flics américains avaient raison de vouloir coffrer DSK avant le départ de l'avion. Mais au fond, ils n'ont pas à invoquer cette considération : la loi américaine justifie pleinement leur action.




Dès le lundi, le Lady Gaga philosophe qui sert d'intellectuel à la France s'est employé à dénoncer la procédure policière. Comme si DSK, vu son rang, devait être soumis à un processus parallèle, un peu plus V.I.P. Au mépris de la plaignante, évidemment. Il a aussi pointé le spectacle odieux de la presse, organe qu'il aime pourtant bien quand vient le temps de diffuser ses divagations.

Après trois ans ici, je suis habitué à la connerie du penseur au trigramme. Mais ce qui m'a choqué, cette fois, c'est que son délire bigot a trouvé écho dans la majorité. Toute la semaine se sont multipliées les tournures médiatiques visant à minimiser l'acte présumé de DSK. Un sondage a confirmé l'avis du complot. On a tenté de créer le doute sur la réputation de la victime. Une campagne s'est mise en place, via les sous-entendus et formules latérales, autant à la caméra que sur les forums : DSK, le grand citoyen, mérite qu'on taise le cri d'une femme potentiellement violentée.

La France majoritaire aurait pu faire acte de réserve, pour quelques jours. Elle a plutôt choisi de revendiquer immédiatement quelque chose qui va au delà de la présomption d'innocence. La France a présumé de "la culpabilité impossible" de DSK.




Je me fous bien de la vraie histoire. Complot politique, machination, chantage après une relation sexuelle financièrement intéressée, véritable agression ? C'est le boulot du tribubal de tirer ça au clair. Moi, ce qui me perturbe, c'est plutôt le sentiment favorable à l'exonération d'un puissant, au mépris d'un système judiciaire dont la mission est de protéger l'égalité entre citoyens.

Égalité, un bien beau mot... Je viens d'un continent naïf qui ose y croire. D'un pays où le déni d'égalité devant la justice est matière à indignation. Je sais très bien qu'une fois en cour, l'inégalité ressurgit dans les moyens financiers qu'on peut consacrer à sa propre défense. À ce chapitre, DSK n'est pas à plaindre. Mais, au moins, je me rassure à l'idée que les grands aussi peuvent se faire passer les menottes.

La France n'hésite pas à agir dès qu'il y a soupçon d'antisémitisme, et c'est très bien comme ça. On pense notamment à Galliano. Même une observation en principe esthétique sur le régime Nazi est passible d'opprobre, comme l'a appris Von Trier à Cannes. Pourquoi en ferait-on moins lorsqu'il est question d'une agression à caractère sexuel contre une femme ? Pourquoi cette envie de disculper DSK avant la procédure ? Gravé sur les arches des écoles françaises, le mot "égalité" est-il seulement décoratif ?

dimanche 15 mai 2011

DSK : la vraie histoire

Ceux qui doutent encore de la toute puissance de la présidence française sur le plan international doivent lire ce qui suit. Il s'agit de retranscriptions d'enregistrements ultra-secrets, que j'ai obtenus grâce à mon tentaculaire réseau de taupes bien placées.

Source photo : wikipedia.


Palais de l'Élysée, 9 mai 2011, 15h13 (heure locale) :
Obama : Hi Nick ! Comment est-ce que tu vas bien ? Je t'appelle pour te remercier, you know, pour le certificat...
Sarkozy : Il est beau, hein ? Je l'ai commandé aux graphistes de Paris-Match. Ils sont vraiment pros dans les retouches. Alors, t'as aimé ?
Obama : C'est vraiment du beau boulot. Super nice. Got rid of my little problem with the Republicans. And you, comment ça va ?
Sarkozy : Ça va, ça va... Je suis un peu stressé. Avec la Lybie. Et ma pré-campagne pour 2012. Et y'a DSK : viendra, viendra pas. Ça nous empêche de finaliser notre stratégie.
Obama : I understand.
Sarkozy : Et Le Pen nous oblige à nous placer à droite. Ça laisse un trou dans lequel DSK tentera de s'insérer.
Obama : Is there any way I can help, Nick ?
Sarkozy : Ah Barack, c'est gentil de proposer. Mais tout ce qu'on peut espérer, c'est un événement fortuit, tu comprends ?
Obama : I see what you mean, Nick... Well, nice talking to you. Take good care, buddy.
Sarkozy : Toi aussi Barack. À plus.



Sofitel New-York, 14 mai 2011, 10h58 (heure locale) :
Agent Pinky : Geronimo sort de la douche. Je répète, Geronimo sort de la douche. À vous de jouer, Blue. Do you copy ?
Agent Blue : Copy. J'enchaîne.



Sofitel New-York, suite 2806, 14 mai 2011, 11h00 (heure locale) :
Geronimo : Mais... mademoiselle... vous pourriez frapper avant d'entrer, non ?
Agent Blue : Je suis vraiment désolée monsieur, je croyais que... mais c'est qu'il est minuscule !
Geronimo : Qu'est-ce qui est minuscule ?
Agent Blue : Bah... le petit truc, là, qui pendouille.
Geronimo : Comment osez-vous !
Agent Blue : Pardonnez mon rire nerveux, mais je n'ai jamais vu d'effets personnels aussi minimalistes.
Geronimo : Je vous interdit de... Non mais attends un peu pouffiasse ! Je vais te montrer, moi !
(La suite de la conversation est inaudible.)


Palais de l'Élysée, 15 mai 2011, 7h09 (heure locale) :
Bruni : Mon poussin, tu as vu sur le site du Nouvel Obs ? DSK a été arrêté à New York. Incroyable !
Sarkozy : Ouais, mes services me l'ont annoncé hier, un peu avant le dîner.
Bruni : Mon chou, t'es vraiment trop fort. Et tu crois que sa carrière est finie ?
Sarkozy : Bof... Ici, c'est pas comme aux USA : un mec tue une actrice connue et fait seulement quatre années de taule. Alors pour une simple histoire de main au cul, je ne sais pas trop... Mais ces Ricains, ils manquent vraiment d'imagination.
Bruni : Qu'est-ce que tu veux dire, mon trésor ?
Sarkozy : Non, rien... une réflexion, comme ça... Tu veux un autre café, ma petite chouquette adorée ?


mercredi 4 mai 2011

30% plus de mieux !

Je suis à une gare de RER. Devant moi, un grand panneau me vend un nouveau téléphone. L'affiche dit : « Le premier mobile à écran incurvé. » Et en dessous, quelqu'un a écrit au feutre : « On s'en tape. »

J'ai l'impression de vivre dans un monde où on me sert des nouveaux produits selon un échéancier prédéterminé. Peu importe l'importance des nouveautés, ce qui compte, c'est que ça soit nouveau souvent.

Et les galériens de cette machinerie commerciale, ce sont les créatifs. Pauvres créatifs ! Non mais, pensez-y une minute : vous êtes un créatif, et votre client débarque avec sa grosse envie de sortir un truc nouveau. Il est obsédé par ses chiffres, et surtout ceux de ses compétiteurs. Sa marque doit rester pertinente sur l'échiquier. Il a la pression, le gros stress. Et son calmant, c'est la publicité.

Client : Alors voici la nouvelle version de notre biscuit Douceur Picarde.
Vous : Qu'est-ce qu'elle a de particulier par rapport à l'actuelle ?
Client : Elle sera fabriquée à Toulon. La version actuelle est faite à Caen, mais on va délocaliser parce que c'est moins cher.
Vous : Et quel est le bénéfice pour votre consommateur ?
Client : Je sais pas. C'est votre boulot de trouver. D'ailleurs vous me coûtez une fortune, alors démerdez-vous. Mais il me faut la nouvelle campagne sur toutes les chaînes dans deux semaines.


Le nouveau Paul : 30% plus de mieux !


Je ne suis pas créatif, mais j'ai beaucoup d'empathie pour ceux qui font ce travail. De manière récurrente, ils sont obligés de sexifier l'insexifiable. Parfois, ils ont des coups de génie. Mais la plupart du temps, ils accouchent de souris. Les délais sont serrés et le nouveau produit n'a rien de nouveau. Malgré les nuits blanches, ils n'arrivent qu'à de petites accroches qui bandent mou. Des trucs comme « Le nouveau Douceur Picarde : toute la France dans une bouchée. » Ou bien « Le premier mobile à écran incurvé. »

Si on ne ralentit pas l'échéancier de la pseudo-nouveauté, nous épuiserons nos créatifs. Le monde publicitaire deviendra morne et gris. Votre vie sera truffée de slogans insipides.
  • Le lait Papi Albert : c'est pas juste du lait !
  • La lessive White : comme avant, mais en mieux !
  • Le nouveau Front : encore plus National !
Imaginez à la télé. Si même les pubs deviennent moches, que nous restera-t-il ?


N.B. : un « créatif », en France, c'est un « publicitaire » au Québec.