samedi 7 mars 2009

Sous-marinier




Ma petite amie est enfin arrivée du Canada il y a trois jours. Avec le noyau de sa vie dans trois valises et deux sacs à dos, elle est venue prendre place près de moi pour un autre bout de chemin.

Petit à petit, elle sort ses trucs et fait se fait une place. En premier, nouveau Mac, un peu de paperasses, sa brosse à dents, des petits cadres-photo à suspendre. Lentement, ses vêtements se réveillent et migrent un par un vers l’armoire. D’ici une semaine, tout devrait être rangé. Comme un chat, elle prend son temps pour se faire aux lieux. Elle renifle, trouve des coins pour une sieste confortable. Pour elle, c’est une nouvelle vie qui commence. Une vraie table rase. Elle passe de boulot-boulot-boulot à rien du tout. Alors je vais la laisser trouver son nouveau « beat ».

Pour moi aussi c’est une nouvelle vie. Un peu d’air frais dans mon minuscule ermitage, où je commençais un peu à m’ensauvager. Ça me fait du bien d’entendre ses petits éclats de rire quand elle lit un de ses courriels rigolos. J’aime beaucoup l’humanité qu’elle porte en elle. Je crois qu’elle m’empêche de sombrer dans mon côté rationnel. Confortable, prévisible, silencieux et efficace. Laissé seul à moi-même, j’ai souvent l’impression de glisser sous la surface de la vie, dans une cadence froide et logistique digne d’Albert Speer.

Quand on est comme moi, on devient vite vieux garçon. J’avais déjà mes petites habitudes bien rodées. J’essaie de chasser ce réflexe. J’ai fait de la place dans la petite armoire de la salle de bain. J’ai jeté quelques trucs déjà inutiles. Ensemble, nous avons fait le Conforama pour un petit bureau de travail. Je devrai sacrifier l’espace habituellement consacré au repassage et au séchage des vêtements. Nous trouverons une autre configuration. Je crois qu’elle aussi fait des efforts : elle revisse le bouchon du dentifrice au lieu de laisser le tube baver sur le lavabo.

Pour des Canadiens, habiter Paris c’est un peu comme vivre dans un sous-marin. Tout est petit, l’espace est compté, il faut optimiser. C’est quelque chose de nouveau pour nous. Je dis à ma copine que c’est un peu comme le camping. On ne se sent jamais vraiment installé. Chez-nous, un beau 100 mètre carrés de permanence au centre-ville, ça fait partie du domaine du possible. À Paris, c’est seulement pour les millionnaires.

Malgré ses sept millions d’habitants, Paris est toute petite. Même que cette ville est trop petite pour moi et mon foie. Après une belle petite soirée à bouffer de petits sushis au petit comptoir d’un petit restaurant, voilà que j’invite ma copine à faire un détour, pour voir la vitrine d’un petit commerce sympa. Une petite idée comme ça, improvisée, juste deux rues à côté de l’itinéraire prévu. Malheur : nous tombons sur mes collègues de travail. Ils sont bourrés, mais pas assez pour ne pas me reconnaître. Délire total. « Paul! Paul! Paul! » Si vous aimez le silence, surtout ne louez pas votre petit chez-vous dans le coin de Bastille. Donc, j’étais cuit. En deux secondes, ils étaient déjà trois sur moi à m’empoigner tout en chantant des chansons de Dunkerque. Dans un bar pas loin, on m’a forcé deux verres de rhum dans le nez pendant que ma jolie alternait entre une coupe de piquette et les haleines d’ivrognes sympathiques mais quelque peu dégoulinants.

Un peu plus tard, alors que mes amis se faisaient virer du bar pour tapage, ma copine et moi sommes sortis pour les attendre dans la rue. Et se sont écoulées cinq secondes salvatrices pendant lesquelles j’ai eu le temps de lui proposer ceci : « On file à l’anglaise? » Elle n’a pas hésité. Beau synchronisme. C’est un beau début, je crois. C’est prometteur. Elle me sauvera probablement la santé. Et pour ce qui est du romantisme, y’a de belles villes à deux heures de train. Paris, c’est trop petit.


2 commentaires:

sylviane a dit…

Et que je suis contente pour toi Paul! Ton amour a tes côtés, ça augure que du bon pour ce printemps qui s'en vient!

Plein de bonnes et belles balades, que la vie vous soit douce, au plaisir et profitez-en bien.

Marie-Julie a dit…

Tellement touchant ce billet! Je suis tellement heureuse pour vous deux! :-)